La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié de Laurence Parisot

Libération publie un texte très drôle de Laurence Parisot. Si, si. Il y a plusieurs gags, mais l’un d’entre eux, surtout, m’a réjouie.

 

 

 

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Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de reprendre l’ex-dirigeante du Medef sur les réalités économiques, alors on ne va pas se priver. Ainsi donc, on trouve le lien avec l’article de Libération ici, Laurence Parisot explique dans les colonnes du journal pourquoi elle ne signe pas l’Appel des 40, qui, modestement, demande à ce que les rémunérations des patrons soient plafonnées à 100 SMIC, soit environ 115000 euros par mois, autant dire la misère. Elle explique pourquoi.

C’est déjà très rigolo parfois, mais n’entrons pas dans les détails. Elle trouve injuste qu’on s’en prenne seulement aux patrons, et quand je dis patrons, entendez ceux dont les salaires annoncés amènent les gens un peu limités, comme moi, à recompter les zéros pour être sûrs d’avoir bien suivi. Des gens qui s’en mettent plein les poches et dont on n’envisage pas de limiter les gains, il y en a d’autres , que diable, s'enflamme-t'elle. Parmi ces riches, elle recense, exemple, «  un écrivain à succès qui empoche 1,8 million de droits d’auteur et qui ne fait travailler personne ».  J’en déduis hâtivement que Laurence Parisot ne lit que de sacrés best-sellers, adaptés au cinéma ( Hollywood) et traduits dans 178 langues. Parce qu’ 1,8 million de droits d’auteur, même Pierre Gattaz pourrait lui dire que ce n’est pas gagné, lui qui en mars et malgré une promotion d’envergure, n’a vendu que 100 ou 200 exemplaires de son œuvre selon l'Express. . En plus, Pierre Gattaz ne donne pas dans la divagation littéraire, il parle de choses vraiment importantes, lui, comme la France qui renoue avec le succès.

J’ai bien compris – elle trouve « dingo » qu’avec ces règles contraignantes certains cadres du public gagnent plus que leur patron – que Laurence Parisot mesure l’utilité ( et donc la rémunération, critère numéro un) de l’individu au nombre de personnes qu’il fait travailler. Déjà, il y a là un problème de perspective.

Et l’écrivain ne fait travailler personne ? A en croire le ministère de la Culture, la chaîne du livre fait vivre 80 000 personnes – allez, éditeurs, graphistes, maquettistes, correcteurs, bibliothécaires, libraires, attachées de presse, diffuseurs – j’en omets sûrement, et l'on ne compte pas les imprimeurs qui ne dépendant pas entièrement du livre, voire les bûcherons ou les fabricants de pâte à papier. Certes, on ne publie pas que des écrivains, et même loin de là. Mais cela fait quand même du monde, quand on y songe, car là bas, en début de chaîne, tout au bout, il y a l’écrivain, cet acharné du clavier ou du stylo. S’il y avait grève totale des écrivains ( ce qui est encore plus improbable qu’une grève commune Renault-Nissan  pour protester contre les émoluments de Carlos Ghosn, l’écrivain ne pouvant s’empêcher d’écrire, c'est son point faible, d'un point de vue tactique) , ça en ferait, du monde  inoccupé.

 Oui, il est très rigolo, le texte de Laurence Parisot. Tellement hors sol que ça fait penser à ce malheureux Serge Dassault entrant dans un supermarché et s’interrogeant sur les « petits véhicules », à savoir les caddies ( c'est à 2:40).

Après, on vérifie la page Wikipedia de la dame, qui est membre du conseil d'administration de BNP Paribas, membre du conseil d'administration d'EDF, membre du conseil de surveillance de Michelin, membre du Conseil économique, social et environnemental. C’est moins drôle. Enfin, espérons qu’elle aura envie d’écrire un livre, et que, comme tant de ses pairs, elle cherchera un écrivain pour mettre tout ça en forme. Vu l’échelle des revenus qu’elle a en tête, ça devrait rapporter.

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