Alliance française, son rayonnement est aussi radin que le soleil de l’été 2017

Histoire d’un jeune professeur de Français langue étrangère (FLE) qui n’aura pas de retraite.

Pourquoi ne pas rebondir sur l’article de Fabien Cazeaux « Fronde contre Jérôme Clément, patron de l'Alliance française » pour afficher ma perplexité face à cette « vitrine de la France et de la Francophonie » ? Ma perplexité s’est installée il y a deux ans lorsqu’un proche, dûment équipé du DAEFLE, le diplôme nécessaire pour l’enseignement du Français langue étrangère (FLE) et parfaitement hispanophone, a été engagé par l’Alliance française pour enseigner dans un pays d’Amérique du Sud.

Postulant depuis la France, il s’est d’abord vu signifier que le billet d’avion serait à sa charge. Bon. Il est vrai qu’un jeune diplômé peut tout de même se payer un billet à 800 euros pour donner un coup de pouce à la brillante carrière qui se présente (héhé, y’en a bien qui doivent contribuer au sauvetage de la France et de l’Europe à raison de 5 euros par mois). Quand on aime, on ne compte pas, et ces jeunes professeurs ont les crocs, l’enseignement pour passion, l’esprit d’aventure et le dévouement à leur patrie et à sa langue chevillés au corps.

Et puis la paie de 700 US$ est sacrément motivante ! Après tout, ils n’auront qu’à se loger, s’équiper, se nourrir, se blanchir, et éventuellement, se payer un billet de retour vers la France. Rien à dépenser en fariboles, y’a pas le temps, il faudra préparer les cours. Alors roule !

Et surtout, ferme-la. Comme le dit Fabien Cazeaux, la fronde contre Jérôme Clément « est un conflit qui fait désordre, dans une institution peu habituée aux polémiques et aux règlements de comptes en interne ». Ferme-la quand on t’explique ton programme à l’arrivée : une classe de chaque niveau — de la sixième à la terminale ­­— ça occupe, en terme de préparation de cours, pas le temps de dépenser des sous au troquet. Ferme-la quand on te glisse ces 700 US$ de la main à la main, tu vas niquer les impôts ! Ferme-la quand tu t’étonnes de l’absence de feuille de salaire, y’a pas de salaire !

Eh oui, voilà ce que notre jeune travailleur a appris de son premier poste : les cotisations sociales (ah oui, les charges) sont un poids dont l’Alliance française, « rattachée directement au Quai d’Orsay » comme le précise Fabien Cazeaux, a su s’affranchir. La sécu ? Ben de toutes façons, ça ne marcherait pas ici. Le chômage ? Dans l’enseignement, ce n’est pas vraiment une tradition... La retraite ? Bien le temps d’y penser, et de toutes façons, les retraites, dans quarante ans, que seront-elles devenues ?

Ne demande pas ce que tu as comme assurance de toucher comme convenu tes 700 US$, « Aie confiance ! ». L’Alliance française a pour objectif de faire rayonner la culture française à travers le monde, et toi, jeune professeur, tu es un de ses rayons ! Peut-être la crise que traverse aujourd’hui cette honorable intitution, « la plus aïgue de son histoire » va-t-elle redonner de la voix à quelques rayons de l’Alliance française de par le monde. J’aimerais bien les entendre.

 

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