Réforme Blanquer et lecture

La fin d'un prix littéraire, merci Monsieur Blanquer...

Les effets discrets de la réforme Blanquer.

     Il n’y aura pas de 3ème édition du prix des deux L, à la rentrée prochaine, au lycée Hélène Boucher (Paris, 20ème).

     La réforme du lycée, qui sera mise en place en septembre prochain, a suscité bien des réactions, mais on n’a peu parlé de ce qu’elle supprimait et qu’avait établi en son temps la réforme précédente. Depuis 2012 en effet, les élèves de seconde pouvaient choisir des enseignements d’exploration ; parmi ceux-ci étaient apparue une nouvelle matière (au sens de matière à penser…) à laquelle les élèves de seconde consacraient une heure et demie chaque semaine: « Littérature et société » ; sa caractéristique était de combiner deux disciplines, ici le français et l’histoire.

        C’est dans ce cadre que nous avons créé un prix littéraire : le prix des deux L. Enseignants de français et d’histoire au lycée Hélène Boucher (Paris, 20ème), nous avons saisi l’occasion qui nous était donnée de rapprocher nos deux matières pour tenter cette expérience non pas inédite mais assez inhabituelle.

       L’idée était de faire lire à une classe de seconde, en sept mois, huit romans ou récits publiés dans l’année et parmi lesquels la classe devrait élire le lauréat. Ainsi, au fil des semaines, les élèves accumulaient les lectures mais rédigeaient aussi des notules, écrivaient aux auteur.e.s, concevaient un logo, un trophée, organisaient la cérémonie de remise du prix, participaient au projet Corps et Lecture du photographe Christophe Beauregard, échangeaient avec notre libraire partenaire, Nicole Zagouri, etc.

Venait enfin le grand jour du choix qui permettait de débattre et de défendre les œuvres les plus appréciées pour désigner le ou la lauréat.e. Regarder les élèves lire, voir ceux ou celles qui y peinaient plus que d’autres mais qui quand même baignaient dans cette atmosphère de lecture, écouter les élèves débattre, leur ardeur à se faire entendre, tout cela nous paraissait précieux.

Ce projet permettait de faire venir au lycée des intervenants extérieurs : libraires, romanciers ou romancières, éditeurs ; il impliquait à des titres divers des élèves parfois « brouillés » avec la lecture et qui n’en revenaient pas qu’on leur demande de lire autant, pour un profit « scolaire » aussi mince (aucune note, aucun contrôle) et qui pourtant se sont pour la plupart embarqués dans l’aventure.

En 2018, le premier Prix des deux L avait été remis à F. H. Désérable pour Un certain, monsieur Pikielny et cette année, le prix a récompensé Benoît Cohen pour Mohammad, ma mère et moi.

         Hélas, il n’y a aura pas de 3ème édition du Prix des deux L et plus de « Littérature et société », à la rentrée 2019. Emportée par la réforme. On nous dit « Mais ouvrez-donc un club lecture », mais un club lecture attire surtout ceux qui lisent ; là l’idée était aussi, et peut-être surtout, d’amener à la lecture.

Cet enseignement qui disparaît emporte le prix avec lui, mais surtout cet espace de liberté dans lequel les élèves pouvaient découvrir autrement la littérature de leur époque. C’est dommage, non ?

 

Dominique Fouchard et Christophe Lambert.

 

 

 

 

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