JE SUIS MIGRANT

Oui, je suis migrant, je suis migrant non pas comme « je suis Charlie « ou « je suis Paris » , je suis migrant parce que je suis migrant, et je vis dans la jungle de Calais .Il ne s'agit pas de savoir ce que je fais ici, si j ai le droit d’être ici, il s'agit de savoir que je SUIS ici. AU SECOURS, HELP, AIDEZ NOUS

 

JE SUIS MIGRANT

 

 

 

Oui, je suis migrant, je suis migrant non pas comme « je suis Charlie « ou « je suis Paris » , je suis migrant parce que je suis migrant, et je vis dans la jungle de Calais . J'ai pris un stylo, une feuille de papier, humide, comme tout ici, pour vous raconter ma vie, enfin ce qu'il en reste, je viens de las bas, vous savez las bas ou on lâche des bombes, chaque heure, du jour, de la nuit . Savez vous au moins ou se trouve la Syrie. Souvenez vous, vous, Français, vous avez connu la guerre il y a 70 ans, vous avez oublié ? Quand les Allemands on envahi la France par le Nord, vous vous êtes sauvé, avec vos enfants, vos familles, vos valises,je crois que l'on appelle ça l'exode n’est ce pas ? J'ai quitté mon pays il y a 5 mois avec ma femme, ma petite fille de 4 ans, j'ai quitté ce pays que j'aimais, détruit, la vie est devenue invivable. On tue, on décapite, on brûle, on viole, on crève de faim, on vit dans la terreur, la nuit, comme chez vous il ya 70 ans on entend les bombes siffler, ces bombes « ciblées » tuent aussi des enfants, nos enfants. On crève aujourd’hui en Syrie, dois je le dire encore, on crève, encore ?Nous avons pris la route, ma petite sarah sur mes épaules, ma femme accrochée à mon bras, nous avons évité deux tentatives de viol, les passeurs et les flics en Hongrie ; les passeurs, j'ai du payer 3000 euros pour embarquer vers l'Italie, 27 sur un zodiac, sans eau, sous la chaleur, avec cette odeur de fauve et d'excréments, d'urine. Vous vous souvenez des convoies vers Auschwitz ? Il aurait fallu que je laisse ma femme dans les mains de ces passeurs, j'ai payé 1000 euros de plus.Vous français, vous vous souvenez de l'holocauste ? Ces images insoutenables derrière les barbelés, vous vous souvenez ?, Les camps de transit en Hongrie ; les mêmes images en couleur, sauf les gens, plutôt noirs que blancs.Vous pleurez encore devant le film « la rafle » ? je doute.

 

Nous avons marché longtemps, sous la pluie souvent, sarah sur les épaules me demandant sans cesse « c'est quand qu'on arrive » , que l'on arrive ou ? On nous parlait de l'Angleterre, les passeurs surtout, las bas il y a du travail, un logement, un peu d'argent. Nous sommes arrivés à Calais, 1000 euros de plus pour la fin du voyage, en voiture, entassés à 6 , les pieds meurtris, gonflés, les épaules, le dos. Sarah a perdu son sourire, sa joie de vivre, sa peluche, son doudou, perdus. Un homme , une femme nous ont donné des couvertures, une tente, à manger. Nous avons pu voir un médecin pour nos pieds, des associatifs et médecins sans frontière, restes de l'humanité.

 

Des policiers, des policiers partout, casqués, en gilet pare balles,armés. Qu’avons nous fait de si mal, nous avons fui la guerre, nous revoyons les armes. Il fait froid ici, nous sommes trempés, sales. Nous n'avons pas trouvé de chaussures pour la petite, elle erre pieds nus dans la boue, elle regarde ses pieds avec dégoûts, bleus, elle les nettoie avec des feuilles de papier. Nous faisons chaque jour deux heures de queue pour avoir un repas, servi par des bénévoles d’Emmaüs, sur le camion il y a une photo d'un vieux prêtre à la barbe blanche, faut il être curé pour nous venir en aide !

 

La France combat Daesh pour ses atrocités, mais qui combat la France pour son inhumanité ? Quand nous sommes arrivés en France j’ai vu inscrit sur le fronton d'une école « liberté, égalité, fraternité », j'ai souri heureux à ma femme et à ma fille.

 

La nuit nous nous serrons ensemble dans la tente, j'ai peur pour elles, nous sommes gelés, Sarah tremble dans son sommeil, de peur et de froid. Demain nous tenterons de monter dans un camion. Si nous n'y parvenons pas j'irai au chenil municipal , on offre le gîte et le couvert aux chiens errants.

 

Il ne s'agit pas de savoir ce que je fais ici, si j ai le droit d’être ici, il s'agit de savoir que je SUIS ici.

 

 

 

Y a-t-il quelqu'un quelque part qui nous écoute ?, y a t'il encore quelqu'un, ou êtes vous, est ce bien ici la patrie des droits de l'homme, sommes nous encore des hommes ?

 

Y a til quelqu'un qui m'entend ?

 

 

 

AU SECOURS, HELP, AIDEZ NOUS.

 

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