De la nécessité de créer des maisons de retraite low cost

Nos maisons de retraite sont trop chères, à qui la faute? elles pourraient l’être beaucoup moins, avec un peu de bon sens et une volonté politique, celle ci existe t elle vraiment? De la nécessite de créer des maisons de retraite low cost

 

         De la nécessité de créer des maisons de retraite low cost.

 

Dans peu de temps le nombre de personnes très âgées va augmenter de façon très significative, conséquence du « baby boom » qui suivit la deuxième guerre mondiale. Par ricochet cet accroissement sera corrélé d’une augmentation tout aussi impressionnante du nombre de personnes âgées dépendantes voire très dépendantes, nécessitant des soins journaliers ainsi qu’une aide quasi permanente.

Actuellement le niveau de ressources des personnes de plus de 75 ans est en moyenne d’environ  1452 euros par mois, avec une tendance à la diminution d’année en année.

Or, le coût mensuel d’une place en maison de retraite médicalisée, EHPAD, est en moyenne de 1700 euros en province, 2300 euros en banlieue des grandes villes et 2900 euros à Paris, part restant à charge du résident, aides déduites.

On comprend donc que la maison de retraite est déjà et sera de plus en plus réservée à une petite partie de cette population très âgée et dépendante. L’autre volet de l’alternative, à l’approche de la dépendance, consiste à rester au domicile, avec toutefois des aides. Celles-ci ne peuvent être que ponctuelles, car très coûteuses, surtout quand elles atteignent un volume horaire important, notamment quand elles sont indispensables pour permettre une surveillance de nuit souvent rendue nécessaire par l’état cognitif défaillant de la personne concernée. Restent les aidants familiaux, eux-mêmes bien souvent âgés et ne disposant pas de revenus suffisants.

Il faut donc créer rapidement un autre système de prise en charge, moins coûteux, mais quand même sécurisant et de qualité. Il est évident que l’équation n’est pas simple.

Pourtant il y a 30 ans ce système existait, il s’agissait des « hospices », lieux de soins et de vie, souvent tenus par des sœurs ou dépendant du système hospitalier. L’hébergement n’y était pas toujours de grande qualité, les chambres étaient doubles voire plus, et le matériel vieillot…Ces établissements hébergeaient à bas prix les dépendants âgés, ailleurs que dans l’enceinte de l’hôpital et offraient un minimum de prestations, mais ils avaient le mérite d’exister pour ce type de population.

Dans un souci « d’humanisation », ces maisons de retraite se sont restructurées, bien souvent ont étés rasées et remplacées par des constructions flambant neuves dans le début des années 80. Le prix de journée pour les résidents s’en est trouvé naturellement porté à la hausse, le coût des investissements, capital et intérêt, étant répercuté sur le prix de l’hébergement. Mais malgré tout, il était encore possible de prétendre à un hébergement de bonne qualité à un prix accessible pour beaucoup.

Vingt ans plus tard, c’est-à-dire il y a une dizaine d’années, les bâtiments et installations étaient devenus vieillots et des travaux furent rendus nécessaires, avec l’obligation de répondre à des normes strictes imposées par les pouvoirs publics, normes de plus en plus contraignantes, dans les domaines par exemple de l’accessibilité, de la sécurité incendie, de la sécurité alimentaire, de la configuration de chambres à un seul occupant, de la médicalisation…Evidemment ces transformations occasionnèrent des dépenses importantes pour le porte-monnaie du résident, sommé d’en supporter le coût. Puis il y eut la canicule de 2003 et ses conséquences néfastes sur la mortalité des personnes âgées, à leur domicile le plus souvent et finalement peu en structure où elles étaient encadrées. Cette canicule eut comme conséquence pour les établissements l’obligation d’installer la climatisation au moins dans une salle au départ, puis rapidement dans toutes les pièces de vie et parfois dans les chambres, sous forme d’investissements supplémentaires…toujours à la charge du résident.

Dans le même temps, la politique de médicalisation imposa la présence d’un médecin coordonnateur à temps partiel dans chaque maison de retraite, au rôle mal défini, puisque ce patricien, pourtant salarié de ladite maison,                       ne pouvait prescrire. Puis furent imposées la présence d’une psychologue pour coordonner la prise en charge des personnes désorientées, la présence d’une diététicienne dont le rôle est d’assurer des repas équilibrés, la présence d’une animatrice en charge des animations, celle d’un ergothérapeute ou d’une psychomotricienne, enfin celle d’une infirmière coordonatrice des soins. Autant de salaires à verser par le gestionnaire dont la plus grande part à la charge du résident.

Vers 2005, de nouvelles instructions furent décrétées en faveur des résidents atteints de la maladie d’Alzheimer. Ceux-ci devront dorénavant être hébergés à l’écart des autres pensionnaires car leur prise en charge était différente. Il fallut donc construire des unités de vie qui leur étaient destinées, lourd investissement à la charge de tous les résidents même en état cognitif normal.

En 2007, la tempête dite du siècle eut comme conséquence la mise en place de groupes électrogènes dans chaque structure…Puis l’informatisation des dossiers de soins…

Résultats de toutes ces adaptations imposées par les pouvoirs publiques: en 15 ans, le prix de journée des EHPAD a doublé. On peut s’interroger raisonnablement sur l’importance du bonus en terme de qualité de vie qu’elles ont engendrée ?

Conclusion : si rien ne bouge dans les prochaines années la situation risque fort d’être assez difficile pour ces personnes très âgées et dépendantes, qui n’auront pas accès aux structures faute d’avoir les moyens financiers de payer leur séjour, dont le prix sera exorbitant. Il faut donc inventer un autre mode de prise en charge, sans doute moins sécuritaire, mais plus abordable financièrement parlant. Quelques idées pleines de bon sens permettront d’établir des pistes de réflexion ouvertes ensuite à toutes les discussions.

 

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Il s’agirait de supprimer d’abord certains emplois qui, certes, ne sont pas inutiles, mais accessoires en cas de crise.

En l’occurrence le médecin coordonnateur, chaque résident ayant par ailleurs son patricien, économie réalisable 10 000 euros par an, ainsi que l’Infirmière coordonatrice, une infirmière expérimentée peut très bien coordonner, tout en assurant ses soins, économie 30 000euros par an.

L’Animatrice. Installer comme aujourd’hui une animatrice pour 70 résidents n’a aucun sens. Economie 10 000 euros par an pour le budget animation et 25 000 euros pour le salaire du poste.

La Diététicienne. Un cuisinier digne de ce nom connaît la diététique, économie 5 000 euros par an

Enfin, partant du principe que la réunionite est une maladie très répandue dans certaines administrations, il conviendrait d’annuler les rencontres pour la plupart inutiles et forcément coûteuses en temps passé, le travail du directeur s’en trouverait allégé, en même temps que son temps de présence, donc son salaire. Economie 15 000 euros.

Chaque emploi à temps plein coûte au budget de la maison plus de 25 000 euros par an.

Autre suggestion : redonner aux familles la place qui doit être la sienne auprès du parent hébergé.

Comment ?

Demander aux familles de prendre à sa charge le ménage de la chambre occupée. Beaucoup d’entre elles accepteraient volontiers, en sachant la perspective d’un coût journalier amoindri de façon non négligeable. Economie de deux postes d’agent de service,  50 000euros par an.

Demander aux familles d’aider, à tour de rôle, au service en salle à manger aux moments des repas, cela prendrait peu de temps et permettrait d’économiser deux emplois à temps complet. Économie 50 000 euros par an.

Demander aux familles d’assurer chacune dans son domaine de prédilection des animations, musique, lecture, cuisine, jeux…

Eventuellement, si les familles sont d’accord, leur laisser assurer l’entretien du linge de leur parent, contre ristourne évidemment.

Le bénéfice de ces mesures serait double : diminuer de façon importante les coûts en dépenses de personnel, resserrer les liens sociaux au sein de la maison de retraite. Celle-ci deviendrait un nouveau lieu de vie, complémentaire du domicile.

Les postes d’aides-soignantes et d’infirmières resteraient inchangés en nombre pour assurer les soins plus spécifiques.

Il faut aussi responsabiliser chacun aux économies d’énergie. Est-il utile de chauffer la salle de bain 24H sur 24 alors qu’elle n’est utilisée tout au plus qu’une heure par jour ? Un programmateur peut rendre d’utiles services et l’économie réalisée est alors substantielle.

Enfin, est-il normal que le seul résident ait à sa charge financière les coûts  des investissements, coût qui dépasse parfois les 300 euros par mois rien que pour le paiement des emprunts. Les collectivités propriétaires doivent assurer le remboursement d’une partie de ces emprunts en prélevant un impôt local « dépendance » sur les taxes foncières des contribuables, chacun d’entre eux contribuant ainsi à la baisse des prix de journée, avec le sentiment qu’un jour, ils pourraient accéder à la structure, à un coût raisonnable.

 

Il sera bientôt urgent de repenser les EHPAD, dans le sens d’un allégement des coûts, sans sacrifier les conditions du bien-être des résidents. La participation des familles, par les idées évoquées ci-dessus, est une piste à étudier, ainsi qu’une optimisation des compétences du personnel, dans le sens également évoqué. La maison de retraite de demain devra être plus simple, moins chère afin de ne pas obliger les plus dépendants de nos aînés à vendre les biens qu’ils désirent laisser à leurs héritiers.

C’est aux  politiques à d’abord prendre conscience des problèmes puis intervenir pour encourager, susciter la création de nouveaux types de structures et faire d’autre part en sorte que les organismes de tutelles, ARS et conseils généraux, modifient leur conception du « bien être » en EHPAD. Il faut à ces décideurs une véritable volonté  de changement, à l’heure où, dans les instances gouvernementales, on réfléchit à la prise en charge de ce nouveau risque « dépendance ». Et c’est là malheureusement où le bât blesse…

 

 

 

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