Scandale au collège : les "séquences d'observation" obligatoires

Mon Empireur,

J’ai grande consternation à te partager à propos de ton collège.
Depuis 2005, les élèves de troisième doivent faire une « Séquence d'observation en milieu professionnel ». C’est absolument obligatoire et ça a été signé par de Robien, alors ministre de l’enseignement de ton collègue Galouzeau de Villepin. On sait avec quelle intelligence pédagogique de Robien s’est illustré lorsqu’il occupait le maroquin.

Mais ne l’accablons pas tout seul ; Xavier Darcos (l’actuel), qui a été ministre délégué à l’enseignement lorsque Fillon était l’antépénultième ministre de l’enseignement, n’est peut-être pas si éloigné de la conception d’une telle idée. La chose a pris place dans un ensemble de « dispositifs d'aide et de soutien pour la réussite des élèves au collège ». Jusque là, fort bien.
Ça a quand même fait beaucoup moins de bruit que les agitations grandiloquentes à propos de l’enseignement de la shoah aux élèves de 10 ans. On pourrait pourtant, à bon droit, s’interroger sur la chose.
J’en entends parler aujourd’hui, parce que mon fils vient d’entrer en troisième, et que dans son collège, son prof de technologie et sa principale ont « briefé » les élèves.
Mon fils est rentré du collège et en guise de « séquence d’observation », il m’a dit « je dois faire un stage en entreprise »… Déjà là, on sent que le message a été brouillé quelque part.
Pour te dire la vérité, mon Empireur, en fait de « soutien pour la réussite », il leur a juste été dit qu’ils avaient obligation de trouver un lieu de stage d’observation dans un milieu professionnel (enfin, une entreprise) pour la deuxième semaine de décembre… A part ça ? Circulez, y a rien à voir. Le seul document qu’on leur a remis à cette occasion est une copie du contrat qu’ils auront à faire signer par la direction de l’entreprise trouvée… plus que choisie. Pour le reste, comme parent, j’ai pas reçu le moindre document, la moindre indication sinon l’injonction transmise par la bouche de mon fils d’aider à trouver le « stage »…

Oufti !

Donc de « soutien », il faut bien le dire… il n’y en a nulle trace.
La chose est organisée de façon à ce que le carnet d’adresse des parents fasse le travail.
Enfant, mon ami, si ton père est maçon… pourquoi veux-tu être autre chose que maçon… ?
Ce n’est pas un mini scandale.

D’autre part, si cette « séquence d’observation » est obligatoire pour les élèves de troisième – ils sont environ 800.000 en troisième cette année, donc 800.000 places d’observateurs à trouver – aucune entreprise n’a le devoir de les accueillir. Donc mon fils, qui a courageusement rédigé des lettres de demande pour lesquelles il n’a que très peu de réponses – est-on en train de lui apprendre que quand on envoie un CV dans une entreprise, on a aucune chance d’être traité correctement ? - , s’est entendu répondre lorsqu’il a insisté un peu « pour ce genre de place, nous ne prenons que des enfants du personnel… ».
Ah bon, en plus de l’apprentissage de l’échec (et non du soutien à la réussite), on apprend aux élèves de troisième qu’ils vont rentrer dans le monde du népotisme et de la discrimination…

Parfait, mon Empireur, ton école prépare de mieux en mieux au marché de l’emploi.

En conclusion, mon fils m’a déjà rapporté que « plein » de ses copains « ont déjà un stage ».
- Ah bon ? Mais comment ils ont fait ?
- C’est leurs parents qui ont trouvé…
- Et les enfants dont les parents n’ont pas ces relations… ?
- …

Une nouvelle fois, un principe passé bêtement en une loi donne exactement le contraire de l’objectif qui était visé.
Les enfants dont les parents ne peuvent assurer un encadrement structuré, positif, valorisant pour leur enfant, feront encore une fois l’expérience de la mise à l’écart, du plan de seconde zone. Merci, mon Empireur, d’agiter si fort les bras autour de questions médiatiquement porteuses et de garder ce silence consternant sur les impasses mises en place par la droite depuis 2002. Mais elle est où "l'égalité des chances" ?


Ce qui est mis en place-là, c’est pire que les huit heures journalières passée dans une école qui t’apprend l’ennui. Ceux qui se disent, « une fois sorti de là, je ferai ce que j’aime », on leur montre que non, « plus tard c’est pire ».

Enfin, si je peux te dire précisément de quoi il s’agit, c’est que j’ai cherché sur internet les fondements de ce bazar. Parce que, du côté collège, nada. Nada à un tel point que j’ai découvert tout seul que les enfants de moins de 14 ans n’avaient pas le droit d’aller observer en entreprises privées. Mon fils a 14 ans, les choses sont un peu plus ouvertes. Mais ma fille n’aura pas 14 ans quand elle sera en troisième. Donc, j’imagine que dans la classe de mon fils, l’un ou l’autre n’a pas 14 ans… Pas un mot de l’établissement scolaire pour expliquer le cadre et cette exception d’âge… Qui soutient qui dans cette histoire ? Le collège lui-même n’a pas l’air de savoir dans quoi ils lancent les mômes dont ils ont la responsabilité éducative. Un néant consternant.

Pas d’obligation sans des droits qui rendent possible d'y accéder, c’est l’esprit de nos lois, non ?

Mon Empireur, tout ça, c’est n’importe quoi ! Cette « séquence d’observation », c’est The Wall :

http://www.dailymotion.com/video/x29mi_pink-floyd-another-brick-in-the-wal_music


En fait de soutien à la réussite, on dit implicitement aux adolescents « mets tes rêves dans ta poche, et vois toi-même : les places disponibles sont des places de comptables ».
Ô mon Empireur, je te le dis, je ne laisserai pas ton école casser les rêves de mon enfant. La vie sans rêve, sans utopie, c’est même pas la peine. Et, figure-toi, il y a d’autres rêves que les rêves de Rolex !

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