La chose politique se niche dans les détails.
C’est une maxime bien connue.

L’on aura glosé sur les Jeux Olympiques dans bien des postures, durant ces quinze jours.
Mon billet de ce jour n’a pas pour vocation de clore tous les débats légitimes soulevés (dopage, égalité des sexes, tricherie, apolitisme de façade…), mais d’étudier les résultats, et d’apporter une petite pierre supplémentaire à l’ensemble de ces débats-là.
A l’heure des bilans, chacun se réfugie derrière ses résultats.
Tandis que certains posent la question économique.

Il m’est apparu soudain que résultats et économie pouvaient sûrement se mêler. Et qu’à tout prendre, cela pourrait peut-être dessiner quelques lignes politiques à jeter en réflexion.

 

Il est donc admis depuis dimanche soir, clôture des JO, que le classement des vainqueurs est le suivant :

 

 

Le palmarès complet est bien plus long. On le trouve partout sur le net. Je vous laisse le chercher. Ce classement tient compte du plus grand nombre de médaille d’or obtenu. Ensuite viennent ceux qui n’ont eu que des médailles d’argent, ensuite les bronzés. Un ex æquo en médaille d’or se départage par la différence de médaille du rang inférieur (argent), et ainsi de suite.

 

C’est un classement objectif. Qui vaut ce qu’il vaut. Et qui est un jouet propice à exalter le nationalisme. La France peut s’enorgueillir d’avoir la septième place. Mondiale !

Ouaif.

 

Je me suis dit qu’il était sûrement possible de classer autrement.
Puisqu’il s’agit de comparer les nations, étalonnons-les quelque peu.

 

Dans ce billet, je me contenterai de réviser le classement des médailles d’or. C’est déjà stupéfiant (et en matière de JO, ce mot n’est pas trop fort). Les calculs que j’ai fait pour les autres médailles sont tout aussi bouleversant (bouleversant la hiérarchie communément admise), mais je ne la détaillerai pas.

 

Primo,
je me suis dit (bien d’autres en ont parlé aussi) que pour comparer valablement la récolte de médaille selon la taille d’une nation, l’on devait pondérer le résultat brut par la population exprimée en million de personnes.

 

Le classement devient le suivant :

 

Où l’on découvre que la France chute de la 7ème à la 27 ème place, juste devant les Etats-Unis et l’Allemagne. La Hongrie passe de 9 à 6 et la Nouvelle-Zélande passe de 15 à 3. Avec son unique médaille d’or (sur 400 mètres), la Grenade performe à mort. Bahamas et Jamaïque brillent excellemment.

La Chine fait un mouvement inverse à la Grenade. Eh oui, ils sont 1,5 millards... Ça laisse quelque place à la probabilité. L’Inde qui n’a récolté que de l’argent est un troublant absent de ce tableau « or » malgré son 1,2 milliard d’habitants. Mais le Pakistan ou le Nigeria, qui comptent respectivement 179 et 170 millions d’habitants, brillent aussi par une absence totale de médaille qui étonne, si l’on ne se fie qu’à la taille de la population.

 

 

Un classement rapporté au nombre d’habitant a certes un intérêt. L’on peut certainement y lire déjà des effets du hasard, du dopage et des politiques publiques plus ou moins efficaces…

 

Mais à ce titre, il est plus éclairant sûrement de rapporter le nombre de médailles à la puissance économique d’un pays.

 

J’ai d’abord retenu le critère du PIB/habitant. Il a l’avantage de distinguer les puissances économiques et de pondérer par le nombre d’habitants.

 

Le classement est évidemment totalement différent : 

 

 

La France, l’Allemagne sont au coude à coude en milieu de tableau. Les USA et la Grande-Bretagne avec leur système éducatif élitiste tirent mieux leur épingle du jeu (ils passent de 1 et 3 à 8 et 9 tout de même). Mais les grands gagnants de ce mode de calcul sont les Ethiopiens qui ne sont que 24è au classement officiel. La Chine tient sont rang.

 

Dans ce classement, les absents les plus visibles sont les luxembourgeois, largement dominateurs en terme de PIB/habitants, et qui n’ont aucune médaille (avaient-ils des représentants ?).

 

Faut-il voir dans ce type de classement, non plus la marque du hasard (un grand champion qui naît dans un tout petit pays contre toutes les lois de la probabilité), mais la marque plus certaine du dopage ?

 

Il y a aussi la question de la répartition réelle des finances par les pouvoirs publics. Si le PIB/hab pondère la puissance d’un pays par son nombre d’habitants, il est clair que le PIB/hab ne correspond pas aux revenus réels de la population. Plus l’écart est grand entre les plus riches et les plus pauvres, plus le système éducatif crée des écarts. Il est donc logique peut-être que les USA se trouvent largement devant les allemands.

 

J’ai donc réalisé un dernier classement, qui tienne mieux compte de la puissance des nations telle qu’elle est reconnue par les unes et par les autres. J’ai pondéré le nombre de médaille par le pourcentage des contributions des différents pays au budget de l’ONU.

 

Ces contributions sont calculées en fonction du PIB, mais aussi du poids de l’endettement et des finances publiques (existence d’un état suffisamment financé…).

 

Le classement devient alors le suivant :

 

 

Tous les pays qui paradaient en tête de liste s’effondrent brutalement dans ce type de classement.  C’est peut-être le classement qui montre le mieux la part du hasard et du dopage, dans le haut du classement. C’est celui qui pointe le mieux aussi l’impéritie des puissances publiques, dans le bas du tableau.

Aucun des plus grands contributeurs de l’ONU n’est absent du tableau des médailles. Certains ne sont pas là, parce qu’ils n’ont obtenu qu’argent ou bronze.

 

Voilà.

Je ne laisse pas plus de commentaires et vous charge de faire vos propres analyses de ces chiffres pas plus ubuesques que les données brutes vendues pour ce que l’on sait.

 

 

 

 

 

 

 

P.S.  Les chiffres joints aux listes ne sont pas des nombres de médailles, mais un nombre de « points » obtenus à l’issue du calcul de pondération.

 

P.S.2 : J’ai fait les calculs pour les autres médailles et les publierai peut-être plus tard. Il faut classer, ça prend du temps. De plus, de médailles gadgets comme « beach volley » viennent un peu modifier artificiellement les tableaux. Mais l’on pourrait imaginer des recherches plus fines sur le nombre de médaillées féminines par rapport à une population ou une puissance financière, par exemple. Je gage que nous aurions encore l’air de ce que nous sommes…

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