Lacombe Lucien

Je sais c’est anecdotique : j’ai un garçon de 9 ans. Dans son école, on a fait la minute de silence. C’était un moment grave et intense.

Je sais c’est anecdotique : j’ai un garçon de 9 ans. Dans son école, on a fait la minute de silence. C’était un moment grave et intense.

T’ai-je dit, mon Empireur,
Que le gros avantage des minutes de silence…
C’est justement le silence ?
Le silence qui tue le bavardage, le prêche, et le pathos.

Or donc, toi, tu n’as pas pu t’empêcher,
Tu as fait taire tout le monde pendant une minute et puis tu as pris la parole pour qu’on comprenne bien… qu’on comprenne bien… quoi ? mmh.

Et ça, pense-tu, c’est une posture de Président.

Euh…
Non. Je dis non.

Au dessus du Maître, il y a le prêtre, le rabbin ou l'imam, et au-dessus du prêtredurabbindelimam il y a... le Président  ?

Je reviens à mon garçon.
Son meilleur ami de classe s’appelle David.
C’est avec lui que nous partons en vacances, parfois, pour agrandir la fratrie.
Bon, non, en vrai il ne s’appelle pas David,
Mais dans les journaux, on fait toujours ça,
On change les prénoms.
Donc, il s’appelle Jacob. Enfin, tu vois, c’est pas Jacob, ni Shimon.

Abigaël, il est dans une école de la République,
Une école publique,
Il a la même vie que mon garçon (je te donne pas le prénom non plus, tu remarques ?).

Et dans l’école, il y a eu la même minute de silence.
Toute une minute.
Bien expliquée par les maîtresses.
Selon la consigne du Président.
Et Elie est rentré chez lui.

Il faut que je t’explique que l’école, où Samuel est en CE2 avec mon garçon, cette école, elle jouxte un collège.
Habituellement ça n’a aucune importance… Mais là, avec ce que tu as ajouté à ta minute de silence… Eh bien… comment dire… David il est persuadé que le tueur d’enfants… comment dire… « le tueurs d’enfants comme tous les autres »… et en tout état de cause, tout à fait comme lui, eh bien, le tueur, il était là, à côté, dans le collège, en train de tuer là.

Pourquoi il a pensé ça ? Je ne sais pas.

Et que, s’il fallait se taire, c’était simplement pour pas que le tueur les entende, les enfants.
Le tueur qui était là tout à côté.
Parce que le tueur, il pouvait aussi bien s’en prendre à eux.
Qu’il allait s’en prendre à eux.
S’il entendait qu’il y avait des enfants, là, dans l’école.

Alors il s’est tu.
Comme on lui a dit.

Mais, Noam, avant de rentrer chez lui, en longeant le mur du collège, il a quand même chuchoté un « connard » adressé au tueur qui était là, à côté.

Et maintenant, ce petit Benjamin, il a la trouille, parce qu’il se dit que le tueur a pu l’entendre, et qu’il va reconnaître sa voix, et qu’il va le retrouver… et que c’en est fait de lui.

Ô mon Empireur, quelles raisons as-tu de jouer avec la peur des enfants ?

 

 

 

Post scriptum : moi, je l’ai faite, la minute de silence. Mais il me prend une envie de gueuler.

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