D'un 21 à un 22 avril, dix ans de Sarkozite. La preuve par l'image.

Je sais que l’anti-sarkozysme ne tient pas lieu de politique.
Mais enfin,
L’on ne peut tout de même pas laisser passer 10 ans de Sarkozite aigüe
sans tirer quelques conclusions :

 

Celles qu’imposent la création d’un ministère de l’Identité Nationale et de l’Immigrations.
Celles qu’imposent le pseudo débat qui s’en suivi.
Celles qu’imposent le discours de Dakar.
Celles qu’imposent le discours de Grenoble.
Celles qu’imposent le délicat distingo entre les civilisations, et leur hiérarchisation.
Celles qu’imposent le coup de menton martial quant à Schengen.
Celles qu’imposent le durcissement des paroles à propos de l’immigration légale.
Celles qu’imposent les conditions d’accueil des étudiants étrangers.
Celles qu’imposent le ressassement de racines chrétiennes qui justifient les clochers et disqualifient les minarets.
Celles qu’imposent la revendication, dès 2007, des croisades.

 

En 2002, Sarkozy était au ban de la droite.
Il y eut un 21 avril…
Jean-Marie Le Pen avait précisément recueilli 4.804.772 bulletins de vote à son nom.
Ce fut le coup de massue à la gauche qui permit à Sarkozy de tenir son discours et de monter à droite. Il tenait là le motif de sa reconquête. Chirac lui-même étant atteint par la vague brune de l’époque.
Pourtant Le Pen ne faisait guère mieux qu'en 1995 (4 571 138 voix tout de même, déjà, et pas de déflagration de cette importance) ni même qu'en 1988 (4 376 742 voix).

Durant 5 années, au ministère de l’Intérieur principalement, Nicolas Sarkozy rôdait ses comm’. Du Kärcher aux civilisations inférieures, tout a été pensé pour récupérer de l’électeur d’extrême droite afin de prendre le pouvoir à la droite classique. Il fallait faire payer la droite qui l’avait exclu.

Eh bien, l’on peut dire, ils ont payé.

 

En 2007, Le Pen avait perdu un petit million d’électeurs. Il lui en restait tout de même 3.834.530. Les 5 années de coups de jugulaires de Sarkozy lui avaient ramené une partie des électeurs de Le Pen.

 

A droite, on disait « chapeau l’artiste ». A gauche, l’on était raillé lorsqu’on pointait l’insidieuse banalisation des propos outranciers. Et l’impasse dans laquelle elle allait immanquablement conduire.

 

Après 5 nouvelles années d’outrances (les derniers mois donnant lieu à une multiplication exceptionnelle des dérapages afin de tenter de garder l’électorat gagné en 2007), Marine Le Pen, avec le même discours que son père, recueille 6.421.808 bulletins de vote.

 

En 10 ans de Sarkozite, prétendument nécessaire pour réunir le pays autour de valeurs nationales, le lepénisme a gagné 1.617.036 électeurs ! Un million six cents mille ! Malgré ce qui a été dit et fait ? Mais pourquoi pas rétablir la peine de mort comme peine unique pour l’ensemble des crimes, des délits et des contraventions. On aurait au moins une chance d’efficacité. La clarté de la sanction. La lisibilité des interdits.

 

L’Empireur, qui a capté un temps 1 million d’électeurs lepenistes, rend tous les électeurs captés à Le Pen et lui en  fabrique 1,6 million supplémentaire !

 

Un rendement de 160%.
Voilà un crédit chèrement payé.
On rêve d’une pareille efficacité sur la croissance.

Ah oui ! L’on peut dire que le politique est capable de volontarisme efficace.

 

1 million 600 mille électeurs de plus.
Là où il y avait 48 électeurs pour Le Pen en 2002, il y en a 64 aujourd’hui !

 

Du coup, depuis ce 22 avril-ci,
je ne peux plus me défaire de cette image vue à la télé,
durent le quinquennat de l’Empireur.
Vous souvenez-vous ?
Sur TF1.
Des questions posées à Sarkozy par 10 français.

TF1. Sarkozy face aux questions des Français TF1. Sarkozy face aux questions des Français

Une façon de donner la parole au peuple.
Un peuple trié sur le volet,
des questions soigneusement circonscrites. Passons. On l’a déjà dit et redit.

 

 

 

Moi, je n’avais pas osé pointer du doigt ce que j’avais vu.
Regardez.
Ici.

 

La table de débat. La table de débat.


C'est une photo de la table qui accueillait l’ensemble des intervenants.
Tarabiscotée, la table.
Elle aurait pu être ronde, la table.
Une sorte d’égalité pour tous.
Pas de préséance.
La place au peuple.
Elle aurait pu.

Mais non.

 

Elle n’était pas ronde.
Elle était tarabiscotée. Bicolore et anguleuse. L'oeil cherche la forme.
Et moi, j’ai pas pu m’empêcher de voir ça :
un drôle de S sur le bas de la table.
Vous le voyez ?
Ici :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis le malheur, c’est qu’une fois qu’on a vu le premier S,
c’est impossible de n’en pas trouver un second.
Un deuxième un peu fondu dans le décor pour que ce ne soit pas ostentatoire.

 

Etait-ce inconscient de la part du décorateur ?
Vraiment personne n’a vu ça ?

Ça me surprend.

Sarkozy juste entre les deux, au sommet...

 

 

 

 

 

 

Et maintenant,
maintenant que j’ai vu ça,
eh bien,
l’affiche de campagne de l’Empireur,
l'affiche de la France Forte,
je n’arrive plus à la décoller du livre de Marine Le Pen,
publié quelques semaines avant.

Tous les deux sont devant la mer pour nous parler de la France.

 

Et dans ma tête, ça donne ça :

 

Personne n’a pensé à ça, dans l’équipe de campagne de l’Empireur ?

Ça me surprend derechef.

 

Voter pour Sarkozy aujourd’hui,
ou s’abstenir en lui laissant la possibilité de passer par le trou de l’aiguille,
c’est créer les conditions d’une majorité pour Le Pen dans 5 ans.

 

Pensons-y !

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