Sarkozy: «Cette mauvaise spécificité française: avoir si longtemps un FN si fort»

Il s'agit de te rafraichir la mémoire, ô mon Empireur, qui n'a jamais si bien porté son surnom ;et par effet surérogatoire d'analyser quelque peul'enchaînement des logiques politiques,d'où elles partent,où elles mènent.
Sarkozy à propos du FN en 1999 - "mauvaise spécificité française : un FN si fort" © domiwitto
Sarkozy à propos du FN en 1999 - "mauvaise spécificité française : un FN si fort" © domiwitto

Il s'agit de te rafraichir la mémoire, ô mon Empireur, qui n'a jamais si bien porté son surnom ;
et par effet surérogatoire d'analyser quelque peu
l'enchaînement des logiques politiques,
d'où elles partent,
où elles mènent.
Et collatéralement, d'observer les effets de sémantique.

En 1999, lors d'un débat télévisé sur TF1,
pendant la campagne des élections européennes
(où, si mon souvenir est bon, tu as pris une rouste monumentale : 12,82% des suffrages),
tu t'exprimais en ces termes :

"J'ai été de ceux qui ont pensé,
ces dernières années,
que la démocratie française ne permettait pas d'éclairer suffisamment les grands choix pour les français,
qu'il n'y avait pas assez de différences entre la gauche et la droite.
C'est ce qui, d'ailleur, a expliqué
en grande partie
cette mauvaise spécificité française,
d'avoir pendant si longtemps un Front National si fort."

Le débat t'opposait, déjà, à François Hollande.
Et l'on peut le regarder intégralement en replay sur le site de TF1.
Pour ceux qui n'ont pas envie de se retaper tout le débat, j'ai fait copie de la citation non tronquée.
Ci-dessus en  vidéo.

Alors ?

Alors trois choses.

Primo,
tu n'hésitais pas,
à l'époque,
à qualifier la position du FN dans l'électorat français de "mauvaise spécificité".
Cela vaut bien condamnation, non ?
Tu as changé d'avis.

Deuxio,
à cet "effet" ("un FN si fort"), tu trouves une "cause" principale :
"pas assez de différence entre la gauche et la droite".
L'on peut te suivre avec aisance, dans ta pensée.
Beaucoup se sont plaints, sous Jospin, du peu de différence entre les politiques économiques de la gauche et de la droite.

D'où l'on peut conclure qu'il y a une logique à la politique (tout sécuritaire, tout anti-immigration) que tu as voulu mettre en place ensuite.
Il fallait bien mettre une vraie différence entre la gauche et la droite.
Il y en eut d'autres, économiques : réformes fiscales, culpabilisation des chômeurs, détricotage des 35h... J'en passe.

Sur le terrain du tout-sécuritaire, tout-anti-immigration, l'on peut voir sans peine le démarquage de la gauche...
qui correspond, hélas, avec un net rapprochement des thèses du FN.
C'est un euphémisme.
Aujourd'hui, il y a l'épaisseur d'un papier à cigarettes entre ton discours et celui de Marine Le Pen, sur ces thèmes.

Tu aurais pu te démarquer du discours de gauche en pensant tout autre chose.
Non.
Tu as préféré recycler une partie du discours FN.


On est obligé de constater, 13 ans plus tard,
que le démarquage de la gauche a signifié un rapprochement colossal des thèses du FN.
On pourrait penser que ce "rapprochement" conduirait à un syphonnage des voix de l'extrême droite, vidant le parti de ses adhérants, et sciant, du coup, le reste de ses autres thèses extrêmistes.

Et c'est là qu'on passe au Tertio.

S'il est possible à quelques uns de te suivre sur le thème de "le FN est trop fort, affaiblissons-le en parlant leur langue à qui il plaît"...
il faut constater qu'après 13 ans d'une telle sémantique, s'appliquant ensuite en programme,
le FN passe de 4 millions d'électeurs à 6,4 millions d'électeurs.

Il y a donc là la preuve d'un rattage total de la politique conduite.
Avec un effet pervers (qui était prévisible, à mon avis, et c'est pourquoi je me suis toujours opposer à ta politique et à tes systèmes de pensées) non négligeable : non seulement le FN n'est pas affaibli (Ah ! le sublime "cette mauvaise spécificité française d'avoir pendant si longtemps un FN si fort"), mais il sort du traitement colossalement renforcé.

Echec. Echec. Echec.

Et cette semaine, tu veux nous en remettre une louche.
Et tu tiens à faire la morale à la gauche ?

Tu te rapproches encore d'un pas du FN ?
"Je vais les aspirer, ils seront chez moi et démocrates..."

Ô mon Empireur, ne comprends-tu pas que, ce faisant,
tu le fais monter tant et plus. Et qu'à continuer sur ce chemin, le FN arrivera au pouvoir.
Eux montent, et toi, tu baisses.
C'est eux qui t'aspirent.
Ne vois-tu pas les chiffres ?

Chers amis électeurs et abstentionnistes,
qui êtes, sur le spectre de l'échiquier politique,
entre le centre-droit et l'extrême gauche,
comprenez-vous qu'une élection supplémentaire de Nicolas Sarkozy pour un second mandat
nous conduira immanquablement vers un FN fort de 8 à 9 millions d'électeurs en 2017... ?

Est-ce cela que nous voulons ?
Pouvons-nous nous abstenir ?
N'est-ce pas un luxe hors de portée ?

J'aimerais me tromper.
Je n'ai nulle envie de jouer pour voir...

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