Modeste Contribution

Plus que quelques minutes avant tes vœux.Il y eut les vœux de 2008, ceux de 2009…2011 va céder la place. 2012 est sous nos fenêtres.C’est beau, ces cycles. La roue éternelle du temps.Les éternels recommencements.Le « toujours la même chose » dans le « toujours autrement ».Ô mon Empireur !Je t’imagine déjà devant les personnels en premières lignes cette nuit de St Sylvestre.

"Modeste Contribution" © D.WIttorski "Modeste Contribution" © D.WIttorski
Plus que quelques minutes avant tes vœux.
Il y eut les vœux de 2008, ceux de 2009…
2011 va céder la place. 2012 est sous nos fenêtres.
C’est beau, ces cycles. La roue éternelle du temps.
Les éternels recommencements.
Le « toujours la même chose » dans le « toujours autrement ».
Ô mon Empireur !
Je t’imagine déjà devant les personnels en premières lignes cette nuit de St Sylvestre.

(tiens ! petit aparté :
C’est marrant le nom de cette nuit de changement calendaire - Sylvestre !
De Sylvestre, je n’en connais que deux, assez vaguement, il est vrai,
mais je n’ai aucune envie de les fêter ni l’un ni l’autre.
Le commandant Sylvestre est la quintessence de ce qu’il y a de pire dans le néocolonialisme capitaliste, et l’autre Sylvestre, c’est Jean-Marc, c’est tout pareil)

 

Bon. Fin de digression.
« Tous ici, vous étiez mobilisés cette nuit, pendant que la plupart de nos concitoyens se retrouvaient en famille ou entre amis pour fêter la nouvelle année. Parce que vous étiez là, parce que vous avez veillé sur eux, vous leur avez permis de passer ces réjouissances en toute tranquillité. »

Ces mots sont les tiens et datent de 2008.
Ce qui comptait déjà pour toi, c’était la tranquillité du citoyen.
La sécurité.

 

C’est revenu en 2009.
En 2010.

 

Chaque année, on a dénombré les voitures incendiées.
Et comme ça montait, ça montait, ça montait (contrairement à la bourse),
Tu as décidé de ne plus publier les chiffres
(tiens, c’est peut-être une piste pour la bourse, ça, non ?).

Faut que le peuple se sente en sécurité,
Et la publication, ben, c’est pas bon pour le sentiment de sécurité.

 

Ah ben oui ! De nos jours, il est plus question du sentiment que l’on a, que des faits.
Les faits, on les emploie juste pour faire émerger un sentiment,
Et le sentiment, on le sollicite en espérant un vote.

 

Or donc.
C’est Nouvel An !
Période de vœux et de sentiments.

 

Si tu me le permets, ô mon Empireur,
Je vais te le dire, mon sentiment, et t’exprimer mes vœux.

 

Mon vœu le plus cher,
C’est que tu viennes me voir au théâtre, cette année.
Je joue ma « Modeste contribution »
du 4 janvier au 25 fevrier 2012, au Lucernaire**,
du mardi au samedi à 19h00.

Et cette « Modeste contribution »***, j’aimerais vraiment que tu la voies.


C’est qu’en matière de sécurité et d’économie,
Je touche-là, je crois, au sommet de ce qui est possible et souhaitable.

 

Permets-moi d’abord de te donner l’entièreté du titre de mon ouvrage.
Il t’éclairera sur le contenu.
« Modeste contribution
à la nécessaire rénovation
des voies, modes et moyens de sanction des crimes et délits
en vue d’assainir les déviances comportementales humaines,
de manière à protéger la société des délinquants récidivistes et rédhibitoires,
avec l’effet surérogatoire d’humaniser les lourdes peines
en organisant l’espérance d’échapper aux sentences inéluctables
»

 

Tu vois que j’ai puisé ma question principale à bonne source : la tienne.


Il s’agit d’un expert
qui a longuement réfléchi aux questions de sécurités qui nous bouleversent tous, chaque jour, et qui nous les présente dans un débat public qui pourrait être télévisé.

 

Tiens, un extrait :

 

L’Expert (souriant) : La première loi écrite avait vertu de clarté, elle tenait en dix lignes gravées sur deux tables. C’était la Loi. Tous la connaissaient. Nous nous sommes inspirés de sa limpidité. Voici la nôtre, plus dense encore : rétablissons la peine de mort.


L’Animatrice (coupant la parole comme convenu, avec une émotion feinte) : Mais la preuve a été faite que la peine de mort n’a jamais épargné aucun assassinat.


L’Expert : Permettez-moi de vous répondre fermement qu’il me sera impossible d’exposer sereinement le tout du système, qui a sa cohérence, si, dès la première phrase, je me trouve abruptement interrompu. Laissez-moi aller au bout de la pensée, vous hurlerez ensuite si vous le jugez nécessaire.
Revenons à la peine de mort. Il ne s’agit pas de la rétablir pour les crimes de sang les plus odieux, non, nous demandons le rétablissement de la peine de mort comme peine unique pour tous les crimes et délits. Il serait bon de l’étendre également aux contraventions : coups portés sans blessure, dégradations diverses, irrespect, diffamation et injures, menaces et même manquements au code de la route…
Une seule peine pour toutes fautes, voilà qui a le mérite de la clarté.


L’Animatrice : Si vous le permettez, nous pourrions poser la première question. (L’expert acquiesce, s’en suit un court dialogue très commun d’amabilités convenues) Je me dirige vers ce spectateur qui s’agite, là-bas... Allez-y monsieur, je vous passe le micro...


(Elle se dirige vers le spectateur qui a reçu le carton donné par l’expert au début)


Le Spectateur : C’est complètement démesuré, injuste !


L’Expert (souriant) : Quittez immédiatement ces idées de Justice, il s’agit de Paix sociale non d’équité. Comment ne le comprenez-vous pas ? (il fabrique son émotion) Quelle équité pourrait rendre un enfant assassiné à l’amour de ses parents ? L’équité est sœur de la vengeance. Oubliez aussi la vengeance. (souriant à nouveau) Seule la Paix sociale nous importe. La Paix est une valeur sans prix. Donc ! Quelle que soit la faute, la mort pour punition. Ça aura le mérite de la clarté pour tous, et, chers amis, soyez convaincus qu’il n’y a que ceux qui ont quelque chose à se reprocher qui trembleront ; le Juste, lui, n’a rien à craindre de cette sévérité, il ne commet pas de faute !
Non, nous ne craignons pas de le dire : la peine de mort nous semble la seule forme de châtiment suffisamment important pour qu’il soit clair pour tous qu’il y a plus à perdre qu’à gagner à se laisser glisser sur la confortable pente qui mène aux crimes. Et même, plus l’infraction sera petite, plus il sera aisé de montrer qu’il est utile de l’éviter, que la perte sera grande. Abscisse, ordonnée : faute, châtiment… le choix économique sautera aux yeux des plus amblyopes.

 

Je pourrais t'en dire plus, mon Empireur, mais je voudrais vraiment que tu viennes voir.

 

Allez, tiens, pour toi, un petit extrait vidéo.
Il s’agit de l'introduction de l’expert.
On la trouve sur le web, ici : http://www.dailymotion.com/caro173#videoId=xeukk5
L’hébergeur de la vidéo a cru utile de la faire précéder d’une publicité de 30 secondes.
C’est pas mon choix, c’est le monde tel qu’il est après que tu aies interdit la publicité à la télé publique.
Donc, patiente

 

 

 

Je te donne donc rendez-vous, mon Empireur,
pour te donner l’entièreté de mon sentiment sur cette question de sécurité.


Si d’aventure, tu ne pouvais venir, sache que tu peux acquérir le texte de cette expertise,
chez Actes Sud Papiers, dans toutes les bonnes librairies, voire même par correspondance.

Si, pour gagner ta confiance, je dois te donner plus de gage de qualité, va faire un tour là-bas :

http://wittorski.dominique.perso.neuf.fr/modeste_spectacle.htm

tu trouveras quantité d’infos sur le spectacle.
Et ici http://wittorski.dominique.perso.neuf.fr/modeste_critique.htm des critiques parues dans la presse.

 

Bonne année 2012, mon grand.

 

Ton dévoué.

 

 

 

 

 

** : Le Lucernaire 53 rue Notre Dame des Champs 75006 Paris – réservations : 01 45 44 47 34

*** : « Modeste Contribution » du mardi au samedi, du 4 janvier au 25 fevrier 2012 à 19h00 (relâches les 20 et 26 janvier) – texte de Dominique Wittorski publié aux éditions Actes Sud Papiers.

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