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Billet de blog 7 janvier 2016

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Propriétaire de médias, un métier d’influence

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À retrouver également ici : Propriétaire de médias, un métier d’influence


 À ces causes économiques et politiques s’en ajoute une autre, là encore bien caractéristique des médias. En effet, si dans l’ensemble des secteurs d’activité on n’investit que dans ce qui semble rentable, dans celui des médias on achète alors même que le secteur est réputé en berne depuis des décennies, notamment – mais pas seulement – dans la presse papier [10]. Dans ce cas, quel intérêt à racheter des médias qui ne cessent de perdre de l’argent malgré les nombreuses cures d’amaigrissement dans les rédactions, rachats qui ne peuvent donc être motivés par la perspective d’une rentabilité financière à court ou à long terme ? En réalité, en dehors même des montages financiers et fiscaux qui peuvent rendre ces pertes profitables à l’échelle du groupe [11], les bénéfices sont ailleurs et se récupèrent sous d’autres formes.Celles de l’influencede la contribution à « l’image de marque » d’un groupe industriel (elle-même génératrice de profits via les autres activités du groupe), d’un relatifcontrôle de la parole médiatique et d’une synergie entre offres d’abonnement à Internet ou à un réseau téléphonique et « contenus » en exclusivité [12].

Plusieurs journalistes et économistes des médias ont vu dans les stratégies de certains patrons de presse une tentative de peser sur la présidentielle de 2017 [13]. Une explication qui n’est pas à négliger, surtout lorsque l’on sait les amitiés politiques d’un Bolloré ou d’un Arnault, mais qui ne saurait à elle seule justifier certains rachats (ceux de Patrick Drahi, par exemple). Mais avancer que par l’achat de médias on s’achète de l’influence, symbolique, politique, économique se vérifie dans tous les cas de figure. Ainsi, coup triple pour Patrick Drahi : en investissant dans la sphère médias, il compte bien assurer sa stratégie offensive sur le marché des câblo-opérateurs [14], trouve par la même occasion de quoi alimenter ses multiples tuyaux et se positionne comme un acteur incontournable de l’économie française.

Ainsi Arnault s’offre avec Les Échos et Investir de quoi faire mousser le joyeux monde des entrepreneurs. Quant à Bolloré, s’il n’hésite pas à se servir de ses organes de presse pour faire la pub de ses enseignes, il s’en sert aussi pour défendre ses (gros) intérêts en Afrique de l’Ouest, en parfaite adéquation d’ailleurs avec ceux de la Françafrique [15]

Enfin, les trois propriétaires (Pierre Bergé, Xavier Niel, et Matthieu Pigasse, dit « BNP ») du groupe Le Monde ont chacun des raisons de s’être approprié des titres de presse à l’histoire prestigieuse (Le Monde, L’Obs,Télérama, Courrier international, entre autres) qui n’ont rien à voir avec l’amour de la presse libre. Ainsi Xavier Niel déclarait-il tranquillement en juin 2011 à propos de ses emplettes dans la presse : « Quand les journaux m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix » (Le Monde diplomatique, juin 2011).

Pour autant, ces actionnaires n’ont que rarement une influence directe sur les lignes éditoriales de leurs médias, et leurs intérêts n’y sont pas toujours mécaniquement relayés. Et s’ils peuvent dans une certaine mesure orienter ces lignes éditoriales, en particulier en choisissant judicieusement les personnels occupant les postes clés dans les rédactions, l’influence politique obtenue par l’acquisition d’un médiaconstitue surtout une force de dissuasion. Le magazine Capital (août 2014) l’explique de façon limpide :« On y regarde à deux fois avant d’attaquer le patron d’un journal. L’obscur boss de Numericable, Patrick Drahi, n’était qu’un “nobody” quand il est parti à l’assaut de SFR. Moyennant quoi il fut attaqué sur tous les fronts : exil fiscal, holdings douteuses aux Bahamas, nationalité française incertaine...D’où Libération. »

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