Alep: indignation sélective

Ces derniers jours nous avons le droit à une campagne de presse ultra-agressive et des indignations de tous bords concernant le sort des civils à Alep-est (par contre ceux qui meurent sous les missiles des rebelles, à l'ouest, ne sont presque jamais évoqués, apparamment ils ne méritent pas les indignations de la presse et de la communauté internationale). Après plusieurs années de guerre & de massacres en Syrie, tout le monde se réveille et vient dénoncer ce qu'il se passe à Alep-est. Tout d'un coup les civils qui meurent dans cette partie de la ville uniquement, et dans cette ville uniquement, sont d'une importance particulière.

Pourquoi est-ce qu'on n'entend pas l'ONU & les médias allignés derrière les chancelleries s'indigner au sujet de Mossoul? Pourquoi les civils qui meurent à Mossoul ne méritent pas d'être entendus? Les bombes américaines & irakiennes ne tuent personne? Et les bombes qui tombent en Lybie elles ne tuent pas de civils? Elles sont efficaces car elles sont lâchées par des avions démocratiques?

Pourquoi on ne lit presque jamais des journalistes qui s'indignent du sort des civils dans les zones contrôlées par le gouvernement syrien? Pourquoi nous ne lisons presque jamais d'articles mentionnant les actes criminels des rebelles sur les populations coincées dans les zones sous leur contrôle? Pourtant ces témoignages existent, dans la presse arabe ou internationale, c'est uniquement un choix (pathétique) de la part des rédactions.

Pourquoi nos médias multiplient les articles orientés sans citer leurs sources et l'orientation de leurs sources (très souvent pro-rebelles) ? Lorsque les sources sont citées, ce sont toujours les mêmes: des sources soit anonymes, soit qui ne sont pas sur le terrain, soit qui sont sur le terrain mais qui sont révelées comme affiliés à des groupes armés rebelles.

De plus, la majorité des médias occidentaux saturent leur couverture avec des articles rédigés par des journalistes installés confortablement dans les filiales étrangères des groupes de presse (ici en l'occurrence à Beyrouth au Liban). Les conflits dans le Moyen-Orient sont majoritairement couverts par des journalistes basés au Liban. Ces journalistes font leurs "enquêtes" via Skype et réseaux sociaux principalement. Ces journalistes ne sont même pas sur place pour vérifier les informations qu'on leur relaie depuis la Syrie. Ces reporters ne savent presque jamais lire l'arabe, et sont soit entièrement dépendant de traducteurs ou ne vont même pas faire l'effort de chercher des informations dans la presse arabe.

On se fout de qui? On appelle ça du journalisme?

C'est incroyable de voir à quel point les médias adhèrent à la propagande des chancelleries de leurs pays respectifs (ces mêmes pays qui soutiennent directement, ou indirectement, les rebelles et souhaitent le départ de Assad depuis le début du conflit).

Il suffit de comparer comment les médias reprennent les derniers cris d'alertes de l'ONU concernant les crimes & massacres qui seraient commis ces derniers jours. L'ONU elle-même dans ses communiqués précise qu'elle ne peut pas vérifier indépendemment les informations qui lui ont été rapportées. Mais les médias eux ne mentionnent jamais ce point. Ils publient des allégations comme faits avérés. 

Un consensus concernant Alep (et plus généralement le conflit syrien) s'est fermement installé, et bon courage à ceux qui osent dénoncer l'aveuglement des médias à ce sujet (soulever ces erreurs & fautes journalistiques engendre immédiatemment des accusations de soutien envers Assad ou la Russie).

Le sort de la Syrie n'est plus décidé par le peuple syrien depuis un bon moment, le mythe du printemps arabe en Syrie et d'une rebellion encore menée par des citoyens syriens révoltés est un énorme mensonge. Tous ces articles qui parlent encore d'une guerre civile en Syrie, sérieusement? On se fout de la gueule de qui? Sans le Qatar, l'Arabie Saoudite, la Turquie, Israel et plusieurs pays occientaux souhaitant le départ de Assad dès le début du soulèvement populaire, et sans leur énorme soutient logistique envers les différents groupes rebelles (modérés, non modérés, ainsi que Daesh) le conflit n'aurait jamais duré aussi longtemps. Les rebelles n'auraient jamais tenus face à une dictature qui a la main mise sur l'appareil sécuritaire d'Etat depuis des décennies, et qui a par le passé violemment réprimé les tentatives de soulèvements populaires.

Les médias au sujet de la Syrie s'enferment dans une analyse manichéenne du conflit. Soit on est dans le camp des gentils (les rebelles modérés, féministes, laiques & pro-démocratie) soit on est dans le camp des méchants (Assad, Russie, Iran, etc). Il faut vraiment avoir abandonné tout sens critique pour accepter de telles conneries.

En ce qui concerne la Syrie et son peuple, il n'y a que des perdants dans ce conflit. Rien de bien ne pourra ressortir de cette guerre (comme dans toutes les guerres), peu importe le camp "victorieux". Tous ceux qui vendent une sortie victorieuse grâce à la victoire d'un camp ou de l'autre ne font que vendre mensonges & mythes.

PS: à ma connaissance, à ce jour, seul le Monde diplo couvre encore sérieusement le conflit. Tout le reste est devenu illisible.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.