« Schengen n’est-il pas déjà mort ? »
La France, l’Allemagne et l’Autriche ne sont pas les seuls États à avoir rétabli des contrôles à leurs frontières. Le long du parcours des réfugiés, ceux qui ne l’ont pas fait font désormais figure d’exception. La Hongrie et la Slovénie (aux bordures extérieures) ainsi que le Danemark et la Suède (à l’intérieur) ont de facto suspendu l’application des accords de Schengen qui assurent la circulation sans visa à l’intérieur de l’UE. Ces mesures, auxquelles s'ajoute pour certains (Autriche, Hongrie, Slovénie, Coratie, Macédoine et Grèce) la construction de murs, ont été prises en ordre dispersé en l’absence de toute concertation.La Suède elle non plus n’a donc pas échappé au mouvement, malgré sa tradition et la réalité de son accueil – plus de 160 000 réfugiés ont été enregistrés en 2015, soit la proportion la plus élevée par habitant dans l’Union européenne. Face au manque de solidarité, ce pays, avec l’Allemagne, s’est retrouvé en première ligne. Ses capacités d’hébergement arrivant à saturation, le gouvernement social-démocrate a décidé fin décembre, la mort dans l’âme, de durcir sa politique. Depuis le 4 janvier, toute personne franchissant le pont de l’Oresund, sur lequel transitent près de 15 000 frontaliers chaque jour, principale porte d’entrée dans le pays pour les réfugiés, doit présenter des documents de séjour en règle, sous peine d’être reconduite à la frontière.Cette mesure a aussitôt provoqué une réaction en chaîne du Danemark, qui a annoncé le retour de contrôles à sa frontière avec l’Allemagne.
Il est ainsi surprenant d'observer les États membres s'alarmer de la disparition de Schengen, alors qu'ils sont les premiers à causer sa perte en se repliant sur leurs égoïsmes nationaux. Un temps à l'initiative, la Commission européenne paraît aujourd'hui dépassée par ces stratégies individuelles, incapable de reprendre la main depuis que son plan de répartition des demandeurs d'asile a échoué. En l'absence de solutions viables mises sur la table, les réfugiés, malgré les politiques de fermeture, continuent d'arriver à un rythme élevé. Certains meurent, d'autres parviennent, frigorifiés, à se faire un chemin au travers de cette Europe devenue hostile.