mot de passe oublié
1 euro 15 jours

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Accédez à l'intégralité du site en illimité, sur ordinateur, tablette et mobile à partir d'1€.

Je m'abonne
Le Club de Mediapart mar. 27 sept. 2016 27/9/2016 Édition du matin

Biologie synthétique: et voilà les super OGM!

Mardi 3 mars se tenait la conférence de lancement du cycle sur la biologie synthétique organisé par l’association Vivagora et la Cité des Sciences. Je ne ferai pas un compte-rendu scientifique là-dessus, je n’en suis pas une, mais juste apporter un débat, qui paraît-il, devrait être soumis aux citoyens.

Qu’est-ce que c’est la biologie synthétique ? Rien de moins que la fabrication de dispositifs biologiques et de systèmes vivants qui n’existent pas dans la nature. Jusqu’à présent, on lisait le code génétique supporté par la molécule d’ADN. On a ensuite commencé, dans les OGM, à transférer des gènes existant dans certains organismes comme des bactéries, dans d’autres, comme des plantes. Aujourd’hui on cherche à écrire de nouveaux codes, assembler de nouvelles séquences, et même ajouter de nouvelles bases d’écriture aux quatre existantes (GATC).

Les OGM se contentaient d’insérer un gène de ceci dans une séquence appartenant au génome de cela, ce qui faisait s’exprimer tel caractère pour une fonctionnalité recherchée. Le projet de la biologie synthétique est de créer directement l’organisme pour la fonction voulue. Enfin, l’organisme, c’est un peu vite dit, parce que du génome à l’organisme, c’est très loin.

Alors pour l’instant des équipes de chercheurs ont réussi à synthétiser des petits génomes, très prometteurs, destinés à des microorganismes pouvant par exemple produire de l’hydrogène, pour les piles à combustibles –notre énergie de demain-, ou bien des médicaments, du tissu vivant, ou encore des biocarburants et des recycleurs de déchets, ainsi que des dépolluants. Bref, on a déjà les applications en point de mire.

A en croire les intervenants de la session, on n’y est pas encore. Mais ça va venir, ça vient, et en terme de moyens, les Etats et les industriels mettent le paquet. Et évidemment les Américains sont en avance ! L’Europe craint d’être en retard dans la compétition …. Pas le temps de se poser de questions, le top départ a déjà été sifflé.

Malgré cela certaines équipes de chercheurs- en France notamment- sont intéressées par le potentiel de la bio synthétique pour la production de connaissance fondamentale qu’elle peut apporter. Parce que créer la vie c’est mieux la comprendre. En effet ils se demandent par exemple quel est le génome minimum nécessaire à la vie. Qu’est-ce qui est indispensable dans un génome ? Comment un génome prend le contrôle de la cellule ? Est-ce qu’on pourrait produire un organisme programmé pour une seule fonction ? Il reste de grosses questions pour comprendre les mécanismes de la vie.

Un des intervenants a aussi fait remarquer que la biologie ne sait pas prédire. On comprend de mieux en mieux les mécanismes de l’évolution, on peut reconstituer le passé mais on ne sait pas faire de prédictions.

Et c’est là que ça nous interroge, nous le public.

Comment ne pas se demander si l’on ne ferait pas mieux de continuer à chercher des réponses à ces questions de fond avant de commencer à produire industriellement des organismes synthétiques ? S’il s’agit vraiment d’organismes vivants, on peut s’interroger sur leur comportement. Les molécules chimiques, d’accord, elles n’ont que des propriétés, c’est stable une propriété, mais le vivant, c’est différent, ça se « comporte » ! Par exemple tout système vivant se reproduit, ou plutôt produit de la descendance. Donc ça évolue. Qui peut dire comment ? Est-ce si inimaginable que certains d’entre eux prennent les devants et « innovent » fortuitement ? Et d’une façon désagréable, peut-être.

Ou bien alors il ne s’agit pas d’organismes, mais seulement de séquences de gènes, et l’on aimerait bien que les promoteurs de la biologie synthétique soient très clairs là-dessus : si « organisme » est une manière de parler, du bluff quoi, pour allécher les investisseurs, qu’ils nous mettent dans la confidence, on leur dira rien.

 

D’habitude aux objections sur les thèmes de la dissémination, fuites accidentelles, on nous répond « confinement ». Mais on nous a déjà fait le coup, et on sait que le confinement parfait n’existe pas, et surtout si on fait de ces organismes synthétiques un usage industriel. Et l’on a des exemples pour montrer à quel point les bactéries ou les virus savent nous mettre en échec.

La biologie synthétique fait travailler conjointement les compétences des chimistes, des informaticiens, physiciens, en plus des biologistes. C’est le côté sympathique de l’affaire, la coopération, ces chercheurs échangent librement leurs trouvailles, des séquences circulent d’ores et déjà en accès libre sur le web (il y en a aussi plein qui sont brevetées mais bon). Mais qui nous dit que ces connaissances seront exploitées pour le bien commun ? C’est certes un vieux problème mais on aimerait savoir quelle législation encadre la production de ces organismes nouveaux. Si c’est la même que celle des OGM végétaux on peut se faire du souci …L’aspect économique risque encore d’entacher le tableau scientifique.

On pourrait aussi parler d’usages volontairement nuisibles, sans chercher à se faire peur, ce ne sont pas les intentions belliqueuses qui manquent dans ce monde, semble-t-il.

La question de l’éthique de la recherche était très présente à cette conférence. Les scientifiques sont très demandeurs d’échange sur ces questions, à nous de nous emparer de ces sujets.

Une question a été posée ce 3 mars après les exposés. Elle venait d’un biologiste inquiet : Qu’est-ce qui nous garantit que ces organismes nouveaux n’échapperont pas à leurs créateurs ? La réponse a été : il n’y a pas de mécanisme par lequel ils pourraient « échapper ».

Alors je demande : s’ils sont vivants, alors ils se reproduisent, ils transmettent leur information génétique, il peut alors advenir des mutations, certaines seront gardées si elles procurent un avantage pour tel ou tel milieu. La sélection naturelle, quoi, le voila le mécanisme qui pourrait … Il est quand même bien connu ! Alors pourquoi, comment la sélection naturelle ne pourrait faire là ce qu’elle fait depuis l’origine ? On ne devrait pas avoir une confiance excessive dans le bien fondé des résultats de la sélection naturelle, le résultat elle s’en fout, et l’histoire de l’évolution est jalonnée d’expansions et de disparitions d’espèces plus ou moins ratées ou réussies, peut-être il faudrait faire attention avec ça….

Et si parmi nous il y avait un biologiste qui pourrait me dire si oui ou non, c’est bien d’organismes vivants qu’il s’agit, ce serait bien….

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires
Le principe de précaution doit jouer, d'abord. Ensuite c'est aux citoyens ou à leurs représentants dûment mandatés de décider quels risques peuvent être courus au regard de quels avantages attendus. Donc: démocratie et écologie... Rien n'interdit d'y penser le 7 juin.

Construisez l'indépendance de Mediapart

onze euros par mois

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et téléchargez notre application mobile.
Je m'abonne

Le blog

suivi par aucun abonné

Le blog de dopsis