Le système des ristournes aux consommateurs pour réduire le poids de l’informel

Le système des ristournes aux consommateurs pour réduire le poids de l’informel dans les économies d’Afrique Subsaharienne

 

 

Le système des ristournes aux consommateurs

pour réduire le poids de l’informel dans

les économies d’Afrique Subsaharienne.

 

 

Par :

Cyrille Dorien Chaptchet, MSc., DESS, MBA, Adm.A.

Consultant senior en stratégies d’affaires et Ingénieur financier

 

 

Table des matières

     1.  Les différents secteurs d’une économie. 3

        1.1.       Secteur formel 3

        1.2.       Secteur informel 3

        1.3.       Secteur interdit 3

     2.  Existe t-il un secteur informel dans les économies avancées ?. 4

     3.  Les causes de l’informel 4

     4.  Les conséquences sur les économies d’Afrique subsaharienne. 5

     5.  Quelles solutions pour juguler l’attrait et le grossissement du secteur informel ?. 5

     6.  Programme des ristournes aux consommateurs. 6

       6.1.       Description du programme des ristournes aux consommateurs. 6

       6.2.       Analyse et explication. 7

     7.  Référence : 9

 

 

 

 

 

Le secteur informel reste prépondérant dans la plupart des économies d’Afrique subsaharienne. Sa contribution au PIB varie dans une fourchette de 25 % à 65 % et représente entre 30 % et 90 % de l’emploi, excepté le secteur agricole. Il est évident que la part du secteur informel dans une économie, décroît avec l’augmentation du niveau de développement. Le secteur informel est généralement constitué des intervenants que l’on peut qualifier, de vulnérables et qui ont besoin d’accompagnement. Il ne serait pas judicieux d’augmenter abusivement les taxes sur ce secteur sans un travail de fond préalable. 

Le défi auquel sont confrontés les dirigeants et responsables des politiques économiques en Afrique subsaharienne est de mettre en place un référentiel qui puisse favoriser la progression des opérateurs du secteur formel, tout en améliorant le niveau de vie des intervenants du secteur informel. Mais aussi, en facilitant leurs passages de l’informel au formel. Dans cet exposé, nous préconisons l’utilisation du système des ristournes aux consommateurs, afin de répondre efficacement à ce défi. Pour ce faire, nous allons décrire brièvement les différents secteurs que l’on peut retrouver dans une économie. Ensuite, nous allons présenter les causes de l’explosion du secteur informel dans les pays d’Afrique subsaharienne et ses conséquences sur ces économies fragiles. Enfin, nous allons nous focaliser sur le système des ristournes aux consommateurs, qui en notre sens, présente de nombreux avantages pouvant aider à juguler ce phénomène qui plombe considérablement les économies d’Afrique subsaharienne.

 

1.     Les différents secteurs d’une économie

 

1.1.   Secteur formel

Le secteur formel est décrit comme un secteur dans lequel les acteurs possèdent des patentes, où il existe une main d’œuvre bien enregistrée et déclarée, un locale fixe et reconnu, une activité déclarée, les impôts à payer, des charges fixes auxquelles il faut s’acquitter, tel qu’un loyer à payer, les factures d'électricité, d’eau et autres.

 1.2.   Secteur informel

Le secteur informel est décrit comme un secteur dans lequel il n’existe pas a priori d’interdit, très facile d'accès dans la mesure où il n’y a pas de barrières à l’entrée. Il n’y a pas d’impôts ou quasiment pas, les prix de vente sont très faibles, il n’y a généralement pas de main d’œuvre reconnue ou déclarée, car ce sont des activités à caractère familiale. Dans une dynamique d'évolution normale, ce secteur peut être considéré comme un secteur de transit vers le secteur formel. Ce secteur est interdit par la loi dans les pays développés. Mais dans les pays sous-développés, les autorités n’ont pas de choix que d’accepter cet état des choses, surtout lorsqu’elles n’ont pas de produit de substitution à proposer aux acteurs de ce secteur. 

1.3.   Secteur interdit

Ce secteur est en parties, dilué dans les activités du secteur formel et du secteur informel et résulte de la perversion du système. Il est la principale source d'irrigation de l'économie souterraine. Il englobe toutes les activités interdites telles que : 

Le travail dissimulé, également appelé travail au noir ou travail clandestin, il est tout ou partie d'un travail, d'une activité réalisée et non déclarée. Dans plusieurs pays, il est introduit dans le Code du Travail.

Les drogues diverses, qui représentent un marché florissant.

Le terrorisme, considéré comme une forme de crime. Il est défini comme étant l'emploi de la terreur à des fins politiques. Il existe quatre grands types :

  • Le terrorisme individuel, provoqué par des rebelles, des anarchistes, ou des nihilistes ;
  • Le terrorisme organisé, prôné par des groupes défendant des idéologies différentes ;
  • Le terrorisme d’état ;
  • Le cyberterrorisme.

2.     Existe t-il un secteur informel dans les économies avancées ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent, le secteur informel existe dans toutes les économies du monde, à la seule différence que dans certaines économies, il est considérablement réduit et est il est parfois voulu (les économies développées) et dans d’autres, il s’étend considérablement et il est subi (les économies fragiles). 

Prenons un exemple, pour mieux comprendre. En occident, dans la plupart des universités, la quasi-totalité des activités estudiantines rémunérées sont exonérées d’impôts. Ceci pour permettre aux étudiants de se faire un peu d’argent. Parfois, certaines de ces activités sont rémunérées au-dessus de la moyenne salariale. Ceci est un exemple typique de secteur informel au sein des économies développées et c’est bien connu et voulu par les autorités qui estiment que les étudiants font partie d’une catégorie qualifiée de vulnérable et de ce fait, méritent cet avantage. Nous pouvons brandir plusieurs exemples de ce type, ce qui nous permet de répondre à la question posée par l’affirmative. En outre, il est important de noter que ces pays, du fait de la maîtrise de l’ensemble des activités économiques sur leurs territoires, peuvent jouer à temps voulu sur ce levier, pour actionner un mécanisme quelconque d'assouplissement à l’endroit d’une catégorie d’intervenants économiques, facilement identifiable.

Maintenant, concentrons-nous sur les économies fragiles d’Afrique subsahariennes.

 

3.     Les causes de l’informel

Les facteurs qui contribuent au grossissement du secteur informel sont nombreuses :

  • L’exode rural, la concentration massive des entreprises et du marché se trouve dans les zones urbaines. Ainsi, plusieurs personnes sans diplômes, sans formations et sans informations, quittent les campagnes en espérant avoir une vie meilleure dans les grandes métropoles. Lorsqu’ils y arrivent, la désillusion les pousse à survivre avec n'importe quels salaires dans n’importe quelles activités.
  • La pauvreté, l'incapacité des ménages à accéder aux crédits, souvent dû à un manque de garanties, ne leur facilite pas le passage de l’informel au formel. Ils sont pour la plupart, condamnés à rester dans le secteur informel.
  • Le secteur formel, du fait des économies extraverties avec un secteur formel assez réduit, incapable d’absorber une main d’œuvre plus grande, ce secteur condamne les opérateurs du secteur informel a y rester.
  • La charge fiscale, une pression fiscale forte sur les opérateurs du secteur formel, peut encourager les activités économiques du secteur informel à y rester. 
  • Le taux de chômage, un taux de chômage élevé indique un mauvais fonctionnement de l’appareil étatique qui ne parvient pas à absorber une bonne partie de sa main d’œuvre  dans le secteur formel. Par conséquent, les personnes qui n’arrive pas à s'insérer dans le formel n’ont pas d’autres choix que celui de se trouver une place dans l’informel avec toutes ses conséquences y afférentes.
  • La formation, quoiqu’on dise, ces économies souffrent d’un problème de formation. Parfois, les sujets reçoivent des formations de mauvaises qualités, parfois les formations sont mal ciblées et pas adaptées. On oublie souvent une chose importante, lorsqu’une économie ne se porte pas bien, il y a des formations charnières qui produiront des professionnels outillés pour affronter les vrais problèmes et ainsi, renverser la tendance [4].

4.     Les conséquences sur les économies d’Afrique subsaharienne

Nous allons retenir trois principales conséquences sur les économies fragiles.

  • Premièrement, sous un angle fiscal, il n’y a pas ou quasiment pas d'impôts et donc l’État n’enregistre pas de recettes fiscales. 
  • Deuxièmement, cette absence d'impôts dans le secteur informel a de gros impacts sur le secteur formel. Généralement, les gouvernements n’ayant pas ou plus de possibilités en termes de recettes, actionnent une pression fiscale énorme sur le secteur formel, ce qui peut réduire considérablement la productivité des entreprises du secteur formel et provoquer des faillites ou tout simplement des passages dans le secteur informel.
  • Troisièmement, le manque de valeurs ajoutées fait baisser la croissance économique.

 

5.     Quelles solutions pour juguler l’attrait et le grossissement du secteur informel ?

Avant de plonger dans la solution que nous proposons, il est important de bien préciser que certaines solutions ont déjà été implémentées dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Mais après une ou deux décennies, les résultats ne se font pas ressentir. Alors que ces solutions ont produit de très bons résultats sous d’autres cieux. Cela pose l'épineuse question de l'exécution et de l'évaluation des projets dans ces pays. Il s’agit : Des microcrédits accorder aux ménages désirant de sortir de l’informel ; Des allègements fiscaux proposés à travers les coopératives, afin de favoriser les produits du terroir ; l’entreprenariat avec des incitatifs fiscaux permettant aux petites entreprises du secteur formel de recruter un minimum de personnes.

Nous proposons la création de projets commerciaux, à tailles petites ou moyennes, bien structurés et déclarés. Dans le même temps, la mise en place des systèmes de franchises commerciales dans divers secteurs. Et pour leur assurer une clientèle sûre et pérenne, il faut créer l’outil magique, à savoir : Les programmes de ristournes aux consommateurs.

 

6.     Programme des ristournes aux consommateurs

  6.1.   Description du programme des ristournes aux consommateurs

 

Prenons l'exemple d’une entreprise canadienne nommée Petro-Canada [6], évoluant dans l’industrie pétrolière. Juste pour permettre une mise en contexte, Petro-Canada était une entreprise canadienne spécialisée dans l'exploitation et la commercialisation du pétrole. Elle est devenue une marque de commerce de Suncor  Énergie Inc. (également une entreprise canadienne), suite à la fusion datant du 23 mars 2009. En ce moment, Petro-Canada exploite un réseau de stations d'essence et distribue des produits lubrifiants. Cette société gère un programme de ristournes aux consommateurs (En anglais Rewards Program).

Lorsque vous êtes inscrit à ce programme, vous détenez une carte magnétique, qui vous permet d’accumuler des Petro-Points. Par exemple, pour chaque litre d’essence acheté, vous obtenez 10 Petro-Points, pour chaque produit lubrifiant ou produits d'épiceries achetés dans les points de ventes logés au sein des stations d’essence, vous obtenez 10 Petro-Points par dollars dépensés.

Voici à quoi ressemble une carte de Petro-Points chez Petro-Canada.

 

Petro-Points card with number © Dorien Petro-Points card with number © Dorien

À ce stade, vous vous posez bien la question de savoir à quoi servent ces fameux Petro-Points. Votre question est bien légitime. 

Ces Petro-Points sont équivalents à plein de choses gratuites, dans la mesure où, chaque 1000 points échangés, vous donnent 1 dollar de rabais dans un réseau commercial bien précis. 

Petro-Canada est en partenariat avec plusieurs compagnies routières, ferroviaires et aériennes, ce qui rend possible une conversion de vos Petro-Points en obtenant des rabais sur les tickets et billets de voyage.

Il est possible de changer vos Petro-Points contre des cartes-cadeaux dans divers secteurs, notamment électronique, grande distribution, restauration, etc.

Il est possible de lier votre carte Petro-Points à votre carte de crédit bancaire et obtenir plus de points dans les programmes similaires au niveau de votre banque.

Il est possible de lier votre carte Petro-Points à votre carte de réduction dans un centre commercial ou chez une marque bien précise, et obtenir plus de points dans les programmes similaires au niveau du centre commercial ou chez une marque.

  6.2.   Analyse et explication

Nous avons pris l’exemple de la compagnie Petro-Canada, pour permettre une bonne compréhension du système de ristournes aux consommateurs. Imaginez maintenant à l'échelle d’un pays, un système  où plusieurs entreprises dans divers secteurs auraient la possibilité de faire comme la compagnie Pétro-Canada. Vous convenez avec moi que le système de ristournes aux consommateurs deviendrait nébuleux et à très forte valeur ajoutée. Parce que, les possibilités d’achat que vous obtenez par le biais de vos points accumulés, vous coûtent 0 (zéro) en termes de temps, elles sont juste une conséquence de votre capacité à consommer.

Ainsi l’argent généré par ce système pourra être orienté précisément vers les artisans, petits entrepreneurs et tous les autres opérateurs commerciaux qui accepteront de participer à ces projets de passage du secteur informel au secteur formel, afin de leur assurer une clientèle sûre et pérenne. L’État pourra tirer son épingle du jeu en prélevant les taxes de manière évidente. Il est important de mentionner que les projets auxquels nous faisons allusion ici, sont des projets calqués sur les besoins réels des populations. Par ce système, nous devons privilégier une production qui pallie les besoins réels des populations et non aux besoins occidentaux. En retour, les populations doivent consommer ce que la nation produit.  

Une simulation faite sur le secteur de l’exploitation des réseaux de stations d'essence. En utilisant les scenarii les plus pessimistes, nous établissons qu’un pays qui a une consommation journalière de 30 kbbl/j (c’est-à-dire 30 milliers de barils de pétrole par jours), peut générer jusqu'à 3 milliards de Petro-Points par mois. Ce qui avoisine 2.5 milliards de FCFA de possibilités de dépenses, en considérant qu’un litre d’essence permet d’obtenir 20 Petro-Points et que 500 Petro-Points donne droit à un rabais d’environ 400 FCFA. Si les taxes de l'administration fiscale représentent, environs 20 %, alors, elle s’en sortira avec au moins un demi-milliard de FCFA.

Remarquez ici, que notre raisonnement porte sur un seul secteur, notamment celui de l’exploitation des réseaux de stations d'essence. Si nous l’extrapolons aux secteurs des transports, bancaire, Artistique, spectacles et loisirs, hébergement et service de restauration, les débits de boissons, etc. On peut arriver à des sommes astronomiques et booster l'économie de façon inimaginable. Étant entendu que les règles d’affaires peuvent être de plusieurs ordres, il est possible de paramétrer le système à sa guise. Les détails techniques, c'est-à-dire liés aux questions d’ordre juridique, économique financière, comptable, relèvent du domaine des experts. Mais nous souhaitons par ces explications vous mettre au courant sur l’existence des solutions pouvant permettre à ces économies d’avoir une bouffée  d’oxygène.

 

Finalement, mes chers/chères et fidèles lecteurs, vous constatez bien que, nous partons des ristournes octroyées aux consommateurs sous forme de points destinés à la consommation pour arriver à une création monétaire. Il est important de bien comprendre que cette création monétaire, n’est pas initiée par la banque centrale, mais par les grandes entreprises en collaboration avec le gouvernement. Notons aussi bien que cette création monétaire a une particularité, celle de se faire dans une approche Bottom UP, contrairement aux mécanismes usuels de création monétaire opérés par la banque centrale dans une approche Top DOWN. Cette approche Bottom UP, a pour avantage qu’elle est taillée sur mesure et permet d’adresser de façon millimétrée les desideratas des populations. Ce système de ristournes aux consommateurs a vu le jour aux États-Unis sous la mandature du Président Bill Clinton et de son Vice-président Al Gore (1993-2001) et a eu un énorme succès. Plusieurs pays développés et émergents l’ont implémenté dans leurs économies.

Ce qui est curieux, c’est que, quel que soit le bout par lequel vous prenez les problèmes qui minent les économies d’Afrique subsaharienne en particulier celles de la zone CFA. Vous arrivez à la question cruciale de leur modèle économique. C'est important de dire qu’en l’état actuel, leur modèle économique n’est pas adapté à une quelconque émergence durable ou un quelconque développement. Ces économies peuvent même brandir des croissances à deux chiffres, mais dans la réalité, une chose est claire, le quotidien des populations reste inchangé.


7.     Référence :

[1] Philippe Hugon, « L'informel » ou la petite production marchande revisités quarante ans après », Mondes en développement 2014/2 (n° 166), p. 17-30. DOI 10.3917/med.166.0017

[2] Feige, E. 1979. «How Big Is the Irregular Economy? » Challenge 22: 5–13. 

[3] Cagan, P. 1958. «The Demand for Currency Relative to the Money Supply.» Journal of Political Economy 66: 302–28.

[4] Bruno Lautier, « Secteur informel et emploi : l'enseignement des pays sous développés », Revue Tiers Monde 2013/2 (n°214), p. 151-167.

DOI 10.3917/rtm.214.0151

[5] Loayza, N. 1997. «The Economics of the Informal Sector: a Simple Model and Some Empirical Evidence from Latin America. » World Bank Policy Research Working Paper No. 1727. World Bank, Washington, DC.

[6] Site internet de Petro-Canada :

https://www.petro-canada.ca/fr/personnel/a-propos-petro-points

Consulté le 07 Août 2020 à 22h 05

[7] Site internet de l’Agence Ecofin

https://www.agenceecofin.com/

Consulté le 07 Août 2020 à 23h 00

 

Le pouvoir des ristournes aux consommateurs © Dorien Le pouvoir des ristournes aux consommateurs © Dorien

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