DTS : Outil de financement des économies africaines ou Piège

La conférence sur le financement des économies africaines. © Dorien La conférence sur le financement des économies africaines. © Dorien
On ne saurait comprendre les DTS sans invoquer les concepts importants comme la liquidité internationale, le déficit des soldes intermédiaires et la balance de paiement d’un État.

Mentionnons d'entrée de jeu que le système des DTS est entré en vigueur en 1969. Ce qui signifie que le concept n'est pas nouveau. Même si beaucoup y voient aujourd’hui un  système salutaire pour les économies africaines.

          1. Définitions et problématique

On appelle Liquidité Internationale, l'ensemble des réserves monétaires brutes de divers pays dans le monde.

On appelle balance des paiements, le  document de comptabilité qui recense, pour une période donnée, l'ensemble des transactions commerciales, financières et monétaires internationales, que les résidents d'un pays, c'est-à- dire les particuliers, les entreprises ou l'État, ont réalisées avec le reste du monde.

La balance des paiements est constituée de plusieurs soldes intermédiaires qui peuvent être excédentaires ou déficitaires.

La problématique sous-jacente de la création des DTS en 1969 fut la suivante :

Comment s'assurer que la liquidité internationale continuera d'exister, en permanence et en quantité suffisante. Sachant que le niveau de crédit est variable d'une part, que les balances externes des différents pays pourraient s'équilibrer d’un point de vue général d'autre part ?

Cette problématique, très complexe, n'a jamais pu trouver de réponse adéquate depuis la création des DTS en 1969, jusqu'à ce jour.

On n'a pas besoin d'aller à l'école pour comprendre que l’objectif d’équilibre des balances externes de l'ensemble des pays n’est pas du tout réaliste. Car la probabilité pour qu’un tel événement se réalise est quasiment nulle. Puisque cette donnée dépend fortement des facteurs propres à chaque économie.

Détourner l'objectif premier des DTS, pour faire croire à l'opinion africaine que subitement, ce système serait pour eux une voie de développement. C’est faire preuve d’une indécence caractérisée.

Il est important de mentionner qu'à l'origine, les DTS ont été définis en or, mais on n’a pas souhaité qu'ils soient convertibles en métal. Car, il était important de faire une différence entre les constituants de la liquidité Internationale qui étaient le Dollar, les positions de réserves et les DTS. Cependant, sa gestion par rapport aux monnaies nationales, était passive, c'est-à- dire qu’elle était indexée sur la gestion de l’or par rapport aux monnaies nationales. L'idée était de créer une monnaie qui ne soit pas fondée sur le crédit, car lorsqu’une monnaie est fondée sur le crédit, il suffit que l’encours du crédit baisse pour que la liquidité internationale suive mécaniquement cette dynamique.

Détourner l'objectif premier des DTS, pour faire croire à l'opinion africaine que subitement, ce système serait pour eux une voie de développement. C’est faire preuve d’une indécence caractérisée.

Les DTS comportent de multiples inconvénients qui peuvent être préjudiciables aux pays africains. Nous allons lister quelques-uns ici pour permettre à ceux qui considèrent les DTS comme une panacée de pouvoir faire preuve de bon sens et relativiser en bon adulte responsable. Car tous ceux qui manifestent la volonté d’affirmer un tel propos, savent qu’il est foncièrement faux et totalement injustifié.

          2. Les DTS comme panier de monnaie

Les DTS sont un panier de monnaies constitué du dollar (41.73%), de l’euro (30.93%), du Yuan (10.92%), du yen (8.33%) et de la livre sterling (8.09%). De ce fait, s’il y a inflation, le panier (DTS) se déprécie inexorablement, suivant ainsi la dynamique de dépréciation des monnaies, qui constituent le panier. Sa chute peut être plus ou moins brutale par rapport à certaines de ses composantes.

          3. L’encours mondial des DTS

Le FMI souhaite faire une émission globale de DTS de 650 milliards de dollars dans laquelle la part qui reviendra aux pays africains se chiffre à un peu moins de 34 milliards de dollars. Il serait illusoire de penser qu’une somme pareille pourrait résoudre les problèmes de déficit des pays africains. La France, munie d’un agenda caché (qui en soi est un secret de polichinelle), s'érige en Robin de Bois auprès de pays africains, avec l'idée de convaincre certains pays développés à allouer une partie de leurs DTS aux pays africains. Ce que la France oublie, c’est qu’elle a par le passé fait preuve de tromperie et de malhonnêteté vis-à-vis de pays africains, en l'occurrence ceux de la zone CFA. Aujourd’hui, l'hypothèse d’un énième forfait est quasiment certaine.

          4. Les DTS est une Fiat Money

Être une Fiat Money, veut tout simplement dire que c’est une monnaie qui ne naît pas du crédit. Le problème ici est que le FMI ne pourra exercer aucune pression sur les pays déficitaires afin qu’ils prennent des mesures de rééquilibrage de leurs comptes. Il n’y a aucun dispositif à cet effet dans le système des DTS. Cette situation est propice pour un Robin de Bois, compte tenu de ses accointances avec plusieurs régimes via ses multinationales, son influence coloniale, la corruption grandissante et toute l'obscurité qui règne autour de la gestion économique, financière et monétaire dans ces pays. Cette fois, les forfaits pourront être commis sans crainte, car le dispositif des DTS ne prévoit pas que l’organisation émettrice, effectue une quelconque pression ou qu’elle pose les questions qui fâchent.

La conférence sur le financement des économies africaines, incitée à Paris le mois dernier, par le Président Emmanuel Macron. Au cours de laquelle, les DTS ont été évoqués, ressemble malheureusement au piège de tout un continent en plein 21ème siècle.

Les DTS n'offrent pas les mêmes flexibilités qu’une monnaie fondée sur le crédit. En effet, lorsque la monnaie est fondée sur le crédit, si on se rend compte que l'émission du crédit est excessive.  Il est totalement possible de faire un rétropédalage en toute discrétion afin de réduire l’encours total du crédit émis. Ce qui n’est pas le cas dans le système DTS.

L'émission des DTS requiert que l’organisme concerné, ici le FMI, puisse apprécier au préalable le besoin en liquidité internationale dans l'économie mondiale. Cette prédiction n’est pas chose aisée, dans la mesure où le fonctionnement du système des DTS ne dépend pas de la politique de crédit du FMI.

          5. Conclusion

En dépit des points évoqués ci-dessus, il  est plausible de voir cette proposition comme un piège plutôt qu’un outil de financement du développement, dans le même temps, il est loisible de se poser multiples questions parmi lesquelles :

Toutes les allégations que plusieurs ministres de l'économie ou de finances et hauts fonctionnaires des pays africains essayent de nous ressasser, en ce qui concerne le système des DTS par la voie des médias, surtout français, constituent-elles la vérité vraie ?

Quelles seraient, en toute transparence, les contreparties imposées au pays africains par les pays développés qui accepteraient d’allouer une partie de leurs DTS à ces derniers ?

Quelle serait en toute transparence, la prime du Robin de Bois ?

Il faut toujours se rappeler du principe de causalité promu par Descartes et selon lequel, dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ne nous laissons pas surprendre par des événements certains. La conférence sur le financement des économies africaines, incitée à Paris le mois dernier, par le Président Emmanuel Macron. Au cours de laquelle, les DTS ont été évoqués en toute pompe, ressemble malheureusement au piège de tout un continent en plein 21ème siècle. Pour les incrédules comme saint Thomas, nous ferons le bilan dans cinq(5) années.

          6. Référence

[1] Cyrille Chaptchet, 2019, « La dette souveraine : Dette : Oui, Souveraine ?», Les Éditions Chaptchet.

[2] W. M. Corden, Inflation, Exchange Rates and the World Economy, 2e ed., Clarendon Press, Oxford, 1981, p. 90.

[3] Jean Marchal, Le système monétaire international, Cujas, Paris, 1979, p. 90.

[4] Jean Rioust de Largentaye, De la liquidité internationale, Revue Tiers Monde  Année 1966  27  pp. 463-480.

[5] Jacques L’Huillier, La liquidité internationale, Fonctions, Formes et Réforme, Nouvelle Editions Internationale.

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