Faites confiance à l’Homme, pas en sa névrose

Trahisons, jugements erronés, stéréotypes, xénophobies, nombre de maux d’Hommes ont une seule et même source, sa névrose, c’est-à-dire son rapport au monde biaisé par ses problématiques intérieures. Si l’on peut avoir confiance en l’homme, on ne peut avoir confiance en sa névrose.

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Qu’est-ce que la névrose ? De manière simplifiée, il s’agit de problématiques intérieures se projetant sur le monde extérieur. D’un point de vue psychologique, tout peut s’expliquer par ce rapport au monde biaisé qui définit le plus petit des regards que l’homme pose sur le monde. Freud disait lui-même : «  Nous sommes tous névrosés », mais nos névroses n’ont pas toutes le même degré de destruction, pour soi comme pour autrui.

 

Névrose et confiance en autrui

 Il est donc important d’identifier sa névrose comme celles de ceux que vous côtoyez. On se trompe souvent dans l’analyse de soi, de la vie et des autres si on ne les prend pas en compte. Les êtres humains passent leur temps à penser le monde à travers leurs souffrances, leurs traumas, leurs manquements. De la même façon, les ruptures amoureuses, les incompréhensions entre personnes qui s’aiment, comme les altercations entre personnes qui se côtoient sont souvent issues de cette compréhension biaisée du monde. L’autre qui nous fait face n’est plus lui, mais un miroir projectif de vieux démons : « Il ne m’a pas respecté lorsqu’il m’a dit ou cela », « J’ai senti qu’il allait me quitter », « J’ai bien vu qu’il ne voulait pas recevoir… »Toutes ces sensations, ces interprétations du monde sont des sensations bien souvent erronées qui ont à voir avec la  névrose de celui qui observe le monde. Celui qui a, par exemple, constamment l’impression qu’on lui manque de respect, qu’il n’est pas intéressant quand il parle a peut-être occupé une place dans sa fratrie où il ne s’est jamais senti être vu, être entendu. Ou encore, il a peut-être dans son histoire un père qui aurait vécu un chômage difficile et qui aurait perdu estime de lui. Globalement tout évènement vécu comme douloureux crée une souffrance psychique, et potentiellement un rapport névrotique au monde. Là ou vous avez mal, quelque chose c’est passé. Là où vous répétez encore et encore les mêmes scénarios, quelque chose de cette souffrance se dit.

 Identifiez la névrose de l’autre pour savoir où vous pouvez lui faire confiance et là ou vous ne pouvez pas. En face de vous aussi, les problématiques intérieures de l’autre jouent. Qu’est-ce qu’il transfère sur vous ? Au moment où quelque chose de désagréable se passe entre vous et lui, vous voit-il tel(le) que vous êtes ou voit-il un miroir de ses anciens traumas ? Celui qui semble avoir du mal à se réjouir pour vous, est-il égoïste, ou perdu dans sa névrose d’avoir constamment l’impression que lui n’y arrive pas ? Celle ou celui qui semble ne jamais vous répondre à temps, est-il indifférent ? Sa distance le protège-t-il d’éventuelles souffrances ?  Fonctionne-t-elle comme un mécanisme de défense ? Demandez-vous toujours, au sujet de celui qui vous fait face et que vous ne comprenez pas, ce qu’il dirait de la situation à son psychologue.

 

Névrose et société

 Les effets d’une névrose sont aussi à l’œuvre dans les discours publics, les décisions institutionnelles, les tribunaux qu’ils soient judiciaires, publiques ou médiatiques. Là où vous trouverez les émotions, vous avez de forte chance de trouver de la névrose et donc des biais de jugements, de pensées. S’il ne se connait pas, là où l’homme est homme, vous trouverez dans la construction de son monde, ses propres problématiques de vie. On parle souvent d’agenda politique concernant les médias, mais qu’est ce qui fait qu’un journaliste accepte de couvrir un fait, et ceci  sans aucune neutralité ? Souvent parce qu’il croit en ce qu’il fait, et pas forcément en ce qu’il dit. Et parfois, ce en quoi il croit a à voir avec ce qu’il fantasme, ce qui l’angoisse ou qu’il ne connait pas. Il y a un monde entre la réalité de terrain et une réalité ‘théorique’. La première confronte à la réalité, la deuxième à de l’imaginaire. En effet tant qui y a un manque d’information et que l’imaginaire complète ce qui est su, vous avez de grandes chances de rencontrer de la névrose et non pas des faits, rien que des faits.  Là où vous trouvez l’excès, vous trouverez la névrose et ses dérives sociales.

 De même du côté de la justice, lorsque nous lisons certains dossiers, on peut être interloqué par la décision des juges. À partir de quoi jugent-ils ? A partir de la réalité du dossier ? A partir de leurs émotions, les représentations ? À partir d’un rapport au monde façonné par des représentations idéologiques parfois névrotiques de ce même monde ? On condamne en connaissance d’un dossier, du moins en apparence, mais parfois, en non-connaissance des émotions et des problématiques intérieures qui peuvent sous-tendre une décision. Un récent sondage souligne que de nombreux citoyens français croient en une justice faite par des robots plus que par des hommes. L’homme et sa justice étant vécus comme peu fiable. Notre société s’est donc habituée à composer avec le partial, comme on compose avec la vue qui baisse. Sauf que dans ce dernier cas de figure, il faut mettre des lunettes pour distinguer le monde. Dans le cas de la névrose et de ses dérives, il faudrait que chacun soit à même de retirer, comme Jung l’a dit un jour, « ses lunettes névrotiques », pour voir le monde tel qui est et non pas tel qu’il le « souffre ».

 Soyez garant de votre perception et garant du pouvoir que vous donnez à autrui. Vérifiez toujours, d’où celui qui vous parle s’exprime. De ses failles ou de la réalité ? De sa peur ou des faits ? De son ignorance ou du savoir ? L’Homme est de confiance, c’est sa névrose qui le détourne de lui-même.

 

Dr Fanny Bauer-Motti

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