Analyse independante du traitement Hydroxychloroquine COVID19

Veuillez retrouver une analyse independante d'un chercheur (moi meme), concernant le traitement des masses a l'hydroxychloroquine mis en place par le Dr Raoult pour lutter contre le COVID19

Roquebrune Sur Argens, le 23/03/2020


Dr Messadi Ahmed 241.95.a.messadi@gmail.com

Bonjour. Je me présente, Docteur Messadi Ahmed, spécialiste en chimie organique et développement de substances actives.
Suite aux décisions prises conjointement par le gouvernement et les différentes autorités sanitaires, de mettre en place des essais cliniques à grande échelle, voire même dans certains cas, d’autoriser, voire de cautionner l’utilisation de traitements à base d’hydroxychloroquine afin de tenter d’enrayer la pandémie actuelle due au COVID19, je tiens à vous faire part de mes inquiétudes et réserves quant à l’utilisation de ce composé.


En effet, je suis pleinement conscient de la situation actuelle vis-à-vis de cette menace inconnue que nous devons affronter tous ensemble, sans distinctions aucunes. Je comprends, aussi bien les enjeux économiques que sanitaires, de cette lutte, ainsi que l’engouement suscité par le fait de trouver un traitement efficace face à ce virus et l’urgence relative de notre situation. Cependant, autant nous pouvons réduire les barrières administratives afin d’atteindre ce but, autant nous ne devons pas agir de manière inconsidérée face à l’inconnu. Oui, car il s’agit bien de cela ; une menace méconnue face à laquelle nous devons lutter, mais nous ne devons pas céder à la panique et raison garder, afin de ne pas voir surgir une catastrophe sanitaire encore plus grande encore.


Rappelons un fait : l’OMS, avec à l’appui des relevés au cœur de l’épidémie, estime le taux de mortalité dû au COVID19 de l’ordre de 3%.
Le traitement mis en place par le Dr Raoult (à savoir hydroxychloroquine et azithromycine), offre, d’après ses propres études publiées, un taux de mortalité (et de co-morbidité) de l’ordre de 40% !


Certes, il vante les mérites de son traitement avec des taux de guérison de 100% mais il tronque ses résultats en excluant les échecs et en optant pour les méthodes les plus critiquables de la médecine moderne !

(https://www.mediterranee-infection.com/wpcontent/uploads/2020/03/Hydroxychloroquine_final_DOI_IJAA.pdf)


Alors oui, je comprends le mécontentement général vis-à-vis du confinement et des décisions politiques, l’envie de mettre un terme à la situation de pandémie, l’envie de trouver rapidement un médicament « miracle », l’envie de voir des héros se dresser contre les gouvernements, et même l’écho des complotistes de tous bords. Cependant, face a une menace qui n’a que peu de chances de vous tuer, voulez vous jouer à pile ou face avec votre vie et servir de cobaye docile ?


Par ailleurs, concernant le dépistage « maison » mis en place : (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1477893920301009)
La version rapide de ce test mise en place n’a qu’une très faible sélectivité vis-à-vis du COVID19. C'est-à-dire qu’en l’état actuel des dispositifs mis en place, vous risquez de subir un double traitement lourd pour une simple infection virale exempte de tout lien avec le coronavirus ; ce qui est inutile et dangereux pour vous.


De plus, je rappelle que l’hydroxychloroquine a été classée, par le directeur général de la santé, sur la liste II des substances vénéneuses (arrêté du 13 janvier). Cela signifie que, malgré ses effets positifs sur la santé dans la lutte contre le paludisme, les effets secondaires de cette molécule sont suffisamment nombreux et dangereux pour la considérer à présent comme un poison.


https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000574825&categorieLien=id


Ces arguments n’ont vocation qu’à sauvegarder votre santé individuelle, mais les conséquences d’un tel traitement à grande échelle peuvent aussi être plus collectives.


Ainsi, depuis l’annonce de ce « traitement miracle », une panique collective a envahit le continent africain induisant une course à la chloroquine dans différents états afin d’en obtenir le monopole ou, voire pire, s’auto médicamenter.

(https://www.lefigaro.fr/international/coronavirus-les-africains-seruent-sur-la-chloroquine-20200322)


Ainsi donc, avec la création d’une pénurie fictive de médicament, combien de cas réels de paludisme ne pourront être traites ? Pour rappel, le paludisme, c’est 500 millions de cas cliniques par an d’après l’institut Pasteur.


De plus, concernant l’aspect virologique de la pandémie, le fait de s’attaquer massivement au COVID19 avec un traitement non spécifique et peu efficace, et sans études sur les capacités de mutation de ce virus, c’est lui offrir l’opportunité de s’adapter et de voir apparaitre dans l’avenir des souches multi résistantes, à la manière des staphylocoques dorés. Augurant une impossibilité pour nous à les combattre efficacement dans l’avenir.

https://www.hpci.ch/prevention/basestheoriques/microorganismes-et-pathologies/staphylocoque-do%C3%A9-r%C3%A9sistant-%C3%A0-la


En conclusion, les résultats publiés par le Dr Raoult, afin de décider de cette stratégie de traitement massif à base d’hydroxychloroquine et d’azithromycine, ne peuvent pas être soutenus avec un minimum de crédibilité sur tous les points (méthodes choisies, mesures effectuées, échantillonnage). Par ailleurs, la mise en perspective, par rapport aux risques encourus suite à l’utilisation seule ou combinée des molécules proposées, aussi bien sur les plans de la santé individuelle que collective, nous incite à la prudence.


Enfin, et ce parce que nous disposons du temps nécessaire face a ce virus « faible », selon même le Dr Raoult, nous devrions nous concentrer sur l’étude et le développement de traitements raisonnés suivant les principes de précaution en vigueur, plutôt que de nous ruer vers la première intuition venue. Aussi, et cela malgré l’état actuel de la pandémie due au COVID19, je vous demande, au nom de la moralité, du serment d’Hippocrate et de tout le bon sens scientifique légué par nos Lumières, de reconsidérer attentivement l’utilisation massive des traitements mis en avant par le Dr Raoult Didier, afin de ne pas vous rendre complices d’une catastrophe sanitaire encore plus grande.


Je reste à votre disposition afin de vous fournir de plus amples informations et participer activement à notre lutte commune.


Cordialement


Dr Messadi Ahmed


NB : Les 2 pages suivantes correspondent a mon analyse des études du Dr Raoult.


Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, voici une analyse de la publication du Dr Raoult :


Laissez-moi vous présenter brièvement les zones d’ombres qui me font douter vis-à-vis de ce choix d’action.


Suite à la lecture attentive de la publication concernant les traitements potentiels du COVID19 suivante par l’ hydroxychloriquine (seule ou associée), émise par le Dr Raoult Didier (Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an openlabel nonrandomized clinical trial, 18/03/2020), je souhaiterais mettre en avant quelques zones d’ombres concernant cette étude.


Tout d’abord, je voudrais revenir sur les patients exclus de l’essai clinique ;


En effet, je constate une non apparition des mesures PCR (ne serait ce que positive ou négative), sur ces patients exclus. Parmi les 3 placés en soins intensifs, sont cités un dont la PCR a été classifiée positive aux J1 et J3, mais qu’en est-il du J2 ?
Pour le patient décédé, une PCR négative en J2 est montrée, mais qu’en est-il en J1 ? A-t-on par ailleurs plus d’informations sur les causes de son décès ? (effet secondaire du traitement ?) Pour le patient ayant quitté l’étude en J3, a-t-on sa mesure PCR en J3 ? Quels étaient les traitements de l’ensemble de ces patients (Hydroxychloriquine seule ? Associée à l’azithromycine ? Aucun traitement ?) Et les doses associées ? (En toute logique numérique suivant la répartition présentée, ceux-ci devraient tous appartenir au groupe bénéficiant du double traitement…)

Ensuite, analysons la méthodologie PCR utilisée. D’après la publication, une méthode « maison », publiée précédemment (Rapid viral diagnosis and ambulatory management of suspected COVID-19 cases presenting at the infectious diseases referral hospital in Marseille, France, - January 31st to March 1st, 2020: A respiratory virus snapshot, 14/03/2020) est utilisée.


Or, après lecture dudit article, l’aspect spécifique de ce test face au COVID19 est critiquable. En effet, il s’avère que les souches disponibles à l’analyse se révèlent être un mélange de différents facteurs viraux et la séquence référence présentée n’est pas spécifique uniquement au COVID19. Aussi quel degré de fiabilité dans la détection du COVID19 spécifique à la pandémie actuelle cela nous donne t il? Des tests d’identification supplémentaires afin d’affirmer ou d’infirmer la présence dudit virus seraient nécessaires ? Si oui, lesquels ?
Par ailleurs, toujours concernant la méthodologie PCR, à partir de quel dosage considère t on la mesure positive ou négative ? Le critère retenu semble mal choisi étant donné les fluctuations de cas positifs et négatifs.


De plus, je voudrais revenir sur les résultats présentés en annexe de la publication du 18 mars.


Concernant le tableau 1 :


Au jour 1, suivant les critères retenus, seuls 8 patients du groupe témoin possèdent une PCR positive. Les autres (sur les différents groupes) n’en ayant pas de négative. Est-ce par conséquent un échantillonnage correct ?
Toujours concernant le groupe témoin, sur les 8 patients à PCR positive en J1, seuls 5 le sont encore en J6… Soit une diminution de 40% environ. Comment l’interpréter ? Peut on extrapoler cela à plus long terme (i.e. J12 80% de diminution, etc.) ?
Concernant les patients 2, 22, 23, 27 et 31, comment interpréter les variations de mesure PCR, tantôt négative, tantôt plus négative ? Notamment pour le patient 31 ayant reçu le traitement hydroxychloroquine + azithromycine ? Peut-on y voir un choix de méthode de mesure inadapté ou des erreurs de mesures potentielles? (peut être un stagiaire était il en charge du dossier ?)
Concernant les patients 17 à 36, pourquoi de telles variations dans le dosage de l’hydroxychloroquine ? Avec un différentiel maximal de 0.8 µg/ml (soit un facteur 5 environ), jouons nous aux apprentis sorciers avec les patients ?


Concernant les graphiques 2 et 3 :


Le fait de déclarer tous les patients avec une PCR positive au J0, ne va-t-il pas à l’encontre du tableau 1 et plus précisément des critères d’exclusion retenus? Si oui, les graphiques devraient être corrigés avec les valeurs correctes de pourcentages.
Par ailleurs, concernant le groupe bénéficiant du traitement à l’hydroxychloriquine seule, pourquoi une variation entre les graphiques 2 et 3 est elle constatée, puisque les données recueillies sont les mêmes ?


Enfin, la formule de calcul des pourcentages affichés est hautement fantaisiste, car ils ne tiennent pas correctement compte de tous les cas étudiés.

NB : à ce jour, depuis la publication de ces résultats, aucune explication n’a été fournie par le Dr Raoult concernant l’ensemble de ces zones d’ombres.

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