Garde à vue du 12 octobre des lycéens de Fontainebleau : les réponses d'une élue socialiste.

La garde à vue traumatisante des 6 lycéens de Fontainebleau, suite à la manifestation du 12 octobre, a suscité de nombreuses interrogations et inquiétudes parmi la population de la ville, plus particulièrement chez des parents d'élèves. La Ligue des Droits de l'Homme tente de soutenir les familles, inquiètes pour la plupart et préférant ne pas faire de vagues. Roseline Sarkissian (Parti Socialiste), conseillère municipale à Fontainebleau (opposition) et conseillère régionale Ile de France (majoritaire) revient sur cette affaire à laquelle elle prête la plus grande attention depuis que ce blog Mediapart s'en est fait l'écho.

 

Pascal Hérard : Sur les conditions d'encadrement de la manifestation du 12 octobre par les forces de l'ordre, que pouvez-vous dire ?

 

Roseline Sarkissian : Un encadrement par la police municipale, la police nationale et les jeunes avait été planifié, à ma connaissance, il a été assuré dans les conditions prévues jusqu’à ce qu’une délégation de jeunes soit reçue en mairie. Ensuite, je m’étonne de la violence de la charge policière. Le mouvement avait été « bon enfant » jusqu’alors, pourquoi a-t-il dégénéré ? Si des fauteurs de trouble sont intervenus, on peut se demander pourquoi ils n’ont pas été neutralisés autrement que par une riposte brutale contre tout un mouvement, d’autant plus que le périmètre n’avait pas été sécurisé. Familles, personnes âgées circulaient dans cette zone à deux pas du marché, ils ont été gravement exposés.

 

P.H : Sur l'arrestation et la garde à vue des six lycéens ?

 

R.S : J'en appelle à ceux qui ont subi ça, les jeunes et leurs familles. S'il n'y a pas eu de condamnation en comparution immédiate c'est que les choses n’étaient pas si claires que ça d’ailleurs, non ? Je fais l'hypothèse que la justice va pouvoir demander des éclaircissements quant aux conditions de la charge policière et quant aux conditions de garde à vue. Vous comprendrez qu’on ne puisse pas passer outre ce qui a été rapporté par les familles : menaces et intimidations verbales, physiques, et plus grave : violence à l’endroit d’un jeune homme noir. Je n'ai pas à condamner une partie ou l'autre, mais j'attends que les autorités de justice lèvent le trouble sur les conditions de détention qui ont été décrites dans la presse. Il ne faut pas laisser filer les choses. J’ai le plus grand respect pour la police, et c’est lui faire honneur que de s’assurer qu’elle est respectueuse des droits !

 

P.H : Si des parents portent plainte ?

 

R.S : Il faut lever un doute sur ces pratiques policières. Je les incite à saisir la commission nationale de la déontologie et de la sécurité par le biais de la défenseure des enfants. J'ai vraiment des doutes sur la façon dont les arrestations ont été conduites. Quant aux conditions de la garde à vue, je suis vraiment très inquiète : au-delà des pratiques professionnelles que j’ai précédemment évoquées, il y a aussi les conditions matérielles. Les conditions de détentions sont dramatiques au commissariat de Fontainebleau. Conditions qui son aussi, soit dit au passage, les conditions de travail quotidiennes des policiers. Quand j’entends le discours sécuritaire du gouvernement et qu’on maintient le service public de la police dans de tels locaux, ça m’interroge quand même grandement sur sa conception de la sécurité ! quand on veut donner soi-disant une très bonne image des services publics de la police, il faut peut-être des locaux qui aient une autre tenue. Autant sur la bâti on peut être transparent, c'est un fait établi, autant sur les pratiques professionnelles j'aimerais bien qu'on puisse lever des doutes, qu'il n'y ait pas les écarts, en termes d'intimidation, par exemple qui ont été évoqués.

 

P.H : L'un des jeunes (celui de la poussette) a été contrôlé il y a quelques jours dans le centre de Fontainebleau (fouille au corps en pleine rue), qu'est-ce que vous en pensez ?

 

R.S : J'en appelle à ce que ces pratiques n'aient évidemment pas lieu. La jeunesse, en se mobilisant sur les retraites, a fait valoir son opposition. Elle a inquiété, elle inquiète encore les dirigeants. On a voulu la brider et on veut la vacciner contre toute envie de recommencer.

 

P.H : Une condamnation lourde (des jeunes) au tribunal de Melun vous inspirerait quel sentiment ?

 

R.S : J'espère qu'on ne condamnera pas une jeunesse qu'on ne voulait pas voir dans la rue, discours renvoyé par une certaine classe politique. J'espère qu'il y aura une justice équilibrée à la hauteur des faits reprochés : qu'on condamne des jets de tomate par exemple, on verra bien ce que pèsent des jets de tomate. A mon sens ça ne pèsera pas grand chose. Je l'espère en tout cas.

 

Propos recueillis le samedi 13 novembre 2010.

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