Si Jésus revenait parmi nous, serait-il Président de la République?

François Hollande et Nicolas Sarkozy nous l'ont souvent affirmé lors d'allocutions. Ils connaissent bien les Français. Cette assertion n'est-elle pas étonnante, alors même que le suffrage universel direct impose avant tout que l'électeur connaisse l'élu de manière à voter en son âme et conscience et de manière éclairée et raisonnée et non le contraire: nous sommes sensés les avoir enfantés, souverainement....  

Ce mode d'expression nous en dit long sur leur statut particulier et l'inversion de sens qui en résulte. Ils ne font pas parties de la majorité silencieuse. Ils s'en sont extrait. Le nous n'est pas. Nous sentons poindre de manière prégnante la distance intériorisée...

Se pose alors la question de l'extraction de ces personnes du commun des mortels? Non, ils ne sont plus français ou du moins, ils semblent avoir trouvé par je ne sais quelle transsubstantation sublime un état divin et second qui leur donne accès à une vérité supérieure, dont ils sont les porteurs et dont ils ont la nécessité de la charrier vers la base, pour nous en inonder, afin que nous les suivions ( si nous le pouvons) dans leur chemins consacrés. Ils espèrent que nous les remercierons. Nous sommes le troupeau, des agneaux de dieu, heureux d'être ainsi protégés.

Mais, bien que athé, je m'interroge et confronte la vérité révélé de nos présidents à celle de l'illustre Jésus Christ dont mon analyse ne peut se départir tant sa popularité drainait les masses avec lui. Il était un animal politique aussi qui vivait parmi les obscurs. Quand Jésus quitte le monde pour rejoindre le Royaume des Cieux, il n'a de cesse de vouloir revenir et prouver ainsi sa vérité, sa présence et sa vérité divine. Q'on le croit ou pas, c'est le récit qui en est fait. J'attends ainsi que notre président nous revienne, eu égard à sa position supérieure. Il n'en est rien pour l'instant. Sarkozy, lui, se fait régler des conférences privés. Sa vérité est confiné à des cercles supérieurs. Hollande est loin et seul sa jovialité paternaliste nous rappelle son humanité mais, j'ai tendance, béotien que je suis, à trouver cela un peu court. 

En vérité, je vous le dis: les sacrifices constants immposés par notre sacré Présidence a plus de liens avec les religions païennes  et cruel d'un temps révolu, qu'avec les actes d'amours révolutionnaires que Jésus Christ encourageait. L'assertion de la dette dans le langage contemporain est une dévoreuse de temps. Si instances divines il y a dans cette Cinquième République en 2014, elle évoque Cronos qui dévore ses enfants. Aujourd'hui, Cronos, selon Hésiode, vit dans les tréfonds de la terre, enchainé après avoir recraché ses enfants.

Notre président nous connait bien, dit-il. C'est très urbain de sa part  mais pourquoi est-il besoin de dire l'évidence à nous qui l'avons élu?  Connaissons-nous  nos présidents mais avant cela, nous connaissons-nous même pour avoir l'illusion de croire qu'un Président puisse décider de tout à notre place?  Si Jésus, un prophète s'il en est quelqu'il soit, revenait parmi nous, il ne serait pas Président de la République, il serait dans l'immanence de la masse pour ne faire qu'un avec et cette dualité n'aurait pas lieu d'être. Ce serait l'avènement du Nous, de la transsubstantation du Nous en un Je divin et non celle du Nous en Moi. Seulement, une politique éclairée impose une humilité à la mesure des conditions matérielles à l'échelle humaine. Un Homme si brillant soit-il, reste un homme.

Nos présidents ne dérogent pas à cette évidence, et, heureusement pour eux comme pour nous. Cependant, ils semblent se satisfaire de cette illusion. Ce jeu s'inscrit dans un Je présidentiel à notre plus grand désarroi, et notre servitude volontaire à l'image de cet amalgame.

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