Mary Wollstonecraft, 1759 – 1787, britannique, philosophe et femme de lettres
Chère Mary,
Ton nom ne parle pas à grand monde en France, peut-être plus chez nos voisins Britanniques puisque c’est là-bas, dans le Grand Londres, que tu nais le 27 avril 1759. Pourtant, en découvrant ton histoire, je ne peux m’empêcher de penser que ton héritage mérite d’être mieux connu, car tu as été une pionnière, une femme en avance sur son temps, une voix forte dans un monde qui ne laissait que peu de place aux femmes.
Tu nais dans une famille plutôt aisée, grâce à la fortune de ton grand-père, fabricant de foulards. Mais ton père te donne le parfait exemple d’une mauvaise gestion d’héritage, en le dilapidant dans des spéculations hasardeuses. C’est aussi un homme violent et alcoolique, qui privilégie largement l’éducation et le futur de ton grand frère, Ned, au tien. Tu parviens néanmoins à t’éduquer de manière autodidacte, dévorant les livres des familles chez qui tu travailles en tant que gouvernante.
Tu quittes ton foyer à 19 ans pour t’éloigner de ton père et assouvir ton inépuisable envie d’apprendre, à travers la littérature et la musique classique. C’est sans doute dans cette enfance difficile que s’est forgée ta détermination, ce refus d’accepter les injustices et cette volonté de te battre pour un monde meilleur. Très tôt, tu as compris que l’éducation était la clé de l’émancipation, et tu as décidé de t’instruire par toi-même, malgré les obstacles. A cette époque, le monde est marqué par l’effervescence des Lumières et la guerre d’Indépendance Américaine, qui donnera naissance à la Constitution Américaine dans laquelle sont retranscrites les idées des Lumières.
Pour la plupart, cet épisode suscite un élan d’espoir, mais tu constates bien vite que les femmes sont exclues de ces avancées. Tu as donc l’idée de créer, avec ton amie Fanny Blood, une école pour filles. Malheureusement, cette aventure prendra fin à la mort de Fanny en 1785.
Quelques années plus tard, en 1787, tu publies ton premier ouvrage, Thoughts on the Education of Daughters, où tu défends l’idée que les femmes, tout comme les hommes, méritent une éducation complète et rigoureuse. À une époque où l’on considère que les femmes doivent se contenter d’apprendre à être de bonnes épouses et mères, tes idées sont révolutionnaires. Mais ce n’est que le début d’un très long combat.
Après une première nouvelle inspirée par ton amie Fanny, Mary : A Fiction, tu écris, en 1792, ton œuvre la plus célèbre, A Vindication of the Rights of Woman. Comme le fait Olympe de Gouges en France, tu y dénonces avec force les inégalités entre les sexes, et tu réclames pour les femmes les mêmes droits que ceux accordés aux hommes, notamment en matière d’éducation et de participation à la vie publique. Tu y affirmes que les femmes ne sont pas inférieures par nature, mais qu’elles le deviennent faute d’opportunités. Tu oses même y critiquer les philosophes masculins de ton époque, qui prônent pour la plupart une éducation différenciée pour les filles et les garçons. On pense notamment à notre cher Jean-Jacques Rousseau avec son célèbre Emile, ou De l’éducation. Dans cet ouvrage un brin misogyne, le rôle de Sophie, la femme d’Emile, se résume à être une bonne mère de famille et une bonne épouse. Ce plaidoyer, audacieux et visionnaire, fait de toi l’une des toutes premières féministes de l’histoire.
Mais ton engagement est loin de se limiter à la plume. Tu voyages, tu observes, tu t’impliques. En 1792 encore, alors que beaucoup essaient de t’en dissuader, tu te rends en France. Tu assistes à la Révolution et espères que ce bouleversement apportera aussi des changements pour les femmes. Tu crois en un monde plus juste, où chacun·e, quelle que soit sa naissance ou son sexe, pourra s’épanouir pleinement. Ton idéal est noble, mais il te vaut aussi des critiques et des attaques. On te reproche ton indépendance, tes idées, et même ta vie personnelle, car tu refuses de te conformer aux normes de l’époque.
Ta vie, chère Mary, n’a pas été facile. Tu as connu des moments de solitude, des épreuves, et même de violentes désillusions. Mais tu as aussi connu l’amour, notamment avec William Godwin, un philosophe avec qui tu partages tes idées progressistes. Ensemble, le 30 août 1797, vous avez une fille, Mary Shelley, qui deviendra une figure marquante de la littérature en écrivant Frankenstein. Elle mériterait elle aussi largement son portrait dans la galerie des chères oubliées… Malheureusement, tu ne verras pas grandir ta fille, car tu meurs tragiquement le 10 septembre 1797, à seulement 38 ans, des suites de complications liées à l’accouchement.
Aujourd’hui, en découvrant tes écrits et ton parcours, je ne peux qu’admirer ton courage, ta vision et ta lucidité. Tu as osé défier les conventions, revendiquer l’égalité et rêver d’un avenir où les femmes auraient les mêmes droits que les hommes. Ton combat n’a pas été vain, car il a inspiré des générations de féministes après toi. Et même si ton nom reste parfois méconnu, ton héritage, lui, est bien vivant.
Je ne te connaissais pas, Mary Wollstonecraft. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.
Portrait rédigé par Grégoire Muratyan