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Billet de blog 24 décembre 2025

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Chères oubliées: Judith Love Cohen, deux miracles pour le prix d'un

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Judith Love Cohen, 1933-2016, américaine, – Ingénieure Aérospatiale

Chère Judith,

J’ai découvert ton nom tardivement et comme souvent avec les Oubliées, dans l’ombre de celui d’un homme. Cependant et à la différence de beaucoup d’autres, cet homme ne cache pas sa relation avec toi, bien au contraire il en est fier. Fier d’être le fils d’une femme qui a accompli deux miracles le même jour : ramener sur Terre les astronautes de la tristement célèbre mission Apollo 13, tout en mettant au monde le grand Jack Black. 

Pas de quoi pavoiser sur le taux de femmes dans nos écoles d’ingenieur.es d’aujourd’hui, mais à ton époque les étudiantes ingénieures étaient aussi rares que les cheveux sur la tête à Mathieu.   Tu projettes de devenir professeur de mathématiques, alors tu acceptes de faire les devoirs de tes camarades contre rémunération,  autant joindre l’utile à l’agréable.

Mais c’est l’obtention d’une bourse pour étudier au Brooklyn College qui marque le début de ton orientation vers l’ingénierie.  Tu poursuis cette voie sans croiser aucune autre femme ingénieure. Tu finis diplômée dans 3 matières différente s, là ou une seule aurait suffi pour exercer ton futur métier.

Tu fais toute ta carrière dans l’aéronautique, en commençant en tant qu’apprentie ingénieure chez la North American Aviation. C’est par la suite, au sein de la Space Technology Laboratories, que tu contribues à tes plus grands projets. Le plus connu d’entre eux : le système de guidage d’abandon du module lunaire (AGS – Abort Guidance System). C’est ce même système qui, lors de catastrophique mission Apollo 13, a servi de moyen de secours d’urgence aux astronautes.

Mais le cœur du miracle, c’est que le module ne pouvait pas fonctionner tel quel pour les ramener sur Terre. Il fallait y apporter des corrections en urgence. Et c’est toi qui les as effectuées. Mais tu n’étais pas physiquement là, à Houston. Tu étais déjà occupée à produire un autre miracle, mettre au monde ton deuxième enfant, le futur Jack Black. Portée par ton sens du devoir, tu emmènes avec toi  à l’hôpital tous les éléments nécessaires pour résoudre le problème épineux de faire fonctionner le système de guidage avec le peu de ressources à disposition. Avec un flegme exceptionnel, tu appelles ton chef pour l’informer que le problème est résolu, et ce avant d’avoir mis au monde l’enfant. Mission accomplie ! Quelle incroyable capacité à gérer deux urgences de front.  

Tu continueras toute ta vie à montrer l’exemple, même après la fin de ta carrière en 1990. Tu écris deux séries de livres, « You can be a woman » et « Green », pour encourager et promouvoir l‘égalité femme-homme et la protection de l’environnement  auprès des enfants.

En 2006, tu publies un dernier livre intitulé « The Women of Apollo », pour mettre en avant les biographies de quatre femmes ayant contribué à envoyer l’homme sur la lune. 

Tu as grandi et vécu dans une époque et un monde où les gens pensaient que les femmes n’avaient rien à faire dans les milieux techniques tels que l’aérospatiale. Tu t’es battue toute ta carrière pour prouver le contraire. Et si la prouesse d’avoir sauvé la vie des astronautes d’Apollo 13 tout en la donnant à ton fils est évidemment admirable, j’y vois aussi le triste constat que tu ne pouvais pas risquer ta carrière en t’arrêtant pour accoucher. Ce n’est que beaucoup plus tard, en 1993, que les femmes américaines bénéficieront enfin d’un congé maternité de 12 semaines, encore très souvent sans rémunération. 

Tu continueras à te battre jusqu’à tes derniers jours pour que les femmes intègrent le domaine de l’ingénierie, pour l’égalité entre les hommes et les femmes et pour la protection de l’environnement.

Je connaissais Jack Black, mais je ne te connaissais pas, Judith Love Cohen. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.

Portrait rédigé par Tristan Fleury

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