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Billet de blog 19 mars 2011

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Témoins de Jéhovah : Présentation du pénomène des dérives sectaires et comment protéger les mineurs ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Petite introduction aux Témoins de Jéhovah :

Les témoins de Jéhovah sont une mouvance issue du christianisme fondée en 1873 par Charles Russel, un prédicateur américain. Le groupuscule est géré depuis 1881 par une société, WatchTower : celle-ci est chargée de diffuser la doctrine Jéhovah à travers le monde. Cette société est aujourd'hui dirigée par ce qu'ils appellent "le Collège central".

Ils revendiquent plus de 7 millions de fidèles à travers le monde, dans plus de 200 pays.

Les témoins de Jéhovah sont un mouvement millénariste (croit à la venue du messie, rattachés au mouvement chrétien. Ils présentent une interprétation de la Bible différente des grandes religions (catholicisme, protestantisme, orthodoxisme).

Ils exercent leur culte dans des "Salles du Royaume", où les plus fervents d'entre eux se rassemblent chaque jour. Ils entament leurs cérémonies par des cantiques et des prières, et la majorité du temps est consacré à l'étude de la bible. On peut donc établir des ressemblances jusque là avec les autres religions chrétiennes.

Les différences avec ces dernières sont pourtant nombreuses : leur interprétation de la Bible est considérée comme vraie dans son intégralité, et dictée par la Société Watchtower et son "Collège Central".

Ils ne croient pas en la Trinité ( Père, Fils et Esprit Saint), et ne reconnaissent que Dieu, qu'ils appellent Jéhovah. Ils ne croient pas en l'immortalité pour tous, donc ne croient pas à la résurrection pour tous.

Ils croient par contre à un retour du Royaume de Dieu sur Terre, après l'Harmaguédon, à l'issue duquel 144 000 personnes seront choisies pour régner sur le Royaume de Dieu au côté de Jésus-Christ. Les autres personnes, jugées méchantes, ne seront pas ressuscitées. Selon eux, après cette période, qui durera 1000 ans, Satan essaiera une dernière fois de tenter les humains, comme il l'avait fait pour Adam et Eve. Ceux qui sauront résister à la tentation gagneront alors leur place dans un Paradis restauré et la vie éternelle.

La doctrine considère toujours l'Harmaguédon comme très proche, et tente de préparer les fidèles à cette échéance.

Ils tentent aussi de préparer le reste de l'humanité, ils utilisent la prédication au porte à porte pour celà, considéré comme une "oeuvre de salut", par amour de leurs prochains.

Selon les chiffres de la Watchtower, il y auraient plus de 7 millions de pratiquants réguliers, et plus de 18 millions de Témoins de Jehovah et de sympathisants. Ceux-ci sont principalement issus du continent Américain (USA, Brésil, Mexique).

En France, 200 000 personnes se réunissent régulièrement dans les lieux de cultes, en métropole et dans les DOM-TOM.

La Société Watchtower vit des dons des fidèles, et sa fortune s'éleverait à 951 millions de dollars.

Ils sont pourtant controversés, souvent accusés d'être une organisation sectaire, parfois interdits (En Egypte par exemple). Dans d'autres pays, comme la France, ils sont considérés comme une association culturelle mais souvent taxés de dérives sectaires par les rapports officiels.

Enfin, ils sont acceptés comme religion à part entière, au même titre que les grandes religions dans certaines régions du monde.

Ces éventuelles dérives sectaires peuvent toucher les mineurs, facilement influençables qui peuvent devenir totalement convaincus par la doctrine Jéhovah, et ses différentes interprétations (des "purs et durs" au plus "softs" ).

Il peut donc y avoir des dangers, pour la moralité, la santé et même la vie des mineurs.

Comment protéger ces mineurs, influencés et convaincus par la doctrine des Témoins de Jéhovah ?

Dans cette étude, à l'échelle nationale (de la France), nous présenterons d'abord le phénomène avant de montrer comment pallier à ces problèmes avec les différents moyens mis en place par la loi.

I) Présentation du phénomène

Les principes moraux des témoins de Jéhovah sont en totalité dictés par leur interprétation de la Bible.

Manquer à ses règles et ne pas s'en repentir officiellement pendant les réunions est passible d'une excommunication.

Ils ne célèbrent aucune fête liée à la culture chrétienne (et par conséquent entrée dans les moeurs françaises), comme Noël ou le jour de l'an; Mais aussi les anniversaires ou les fêtes jugées païennes comme Halloween.

Ils rejettent les relations sexuelles avant le mariage, mais aussi les infidélités (qui sont les seules raisons valables des divorces chez les Témoins de Jéhovah où le divorce est un acte très grave). L'homosexualité est également proscrite, toujours en vertu des interprétations bibliques.

Outre celà, toute activité pouvant attenter à sa vie où à celle d'une autre personne est interdite : violence, alcoolisme, tabagisme, usage de drogue et même sports violents (comme le football américain ou la boxe).

Comme le catholicisme, ils condamnent aussi l'avortement, considéré comme les actes cités dans le dernier paragraphe comme une atteinte à la vie.

Il est également demandé aux Témoins de Jéhovah d'avoir le moins de contact possible avec les personnes qui n'appartiennent pas au mouvement, excepté lors de la prédication.

Les principes moraux que nous avons énoncés peuvent entraîner de nombreuses dérives sectaires, ces dernières ont constamment été dénoncées par les autorités (qui classent souvent les Témoins de Jéhovah comme une organisation sectaire), mais aussi les anciens membres de l'organisation.

Certains de ces excès peuvent rentrer dans un cadre illégal: le refus de transfusion sanguine en est le plus flagrant exemple, dans le cas de maladies graves nécessitant ce type de traitement par transfusion, certains des adeptes Jéhovistes préfèrent risquer la mort plutôt que de transgresser leurs règles. Lorsque il est question d'enfants de Témoins de Jéhovah, le problème est encore plus sujet à polémiques.

On estime aujourd'hui que chaque année, environ un millier de Témoins de Jéhovah meurent suite au refus de transfusion sanguine.

En outre, La préparation des réunions, les prédications, mais aussi le refus de participer aux fêtes ancrées dans la culture Française (comme Noël), les empêchent au maximum de nouer des contacts avec des non-jéhovistes en dehors de leur travail.

Les fidèles les plus fervents vont jusqu'à refuser d'assister à de grands évènements familiaux ( les enterrements par exemple) lorsque leurs familles n'ont pas les même convictions religieuses qu'eux, ou que ceux-ci ont été excommuniés ou ont abandonné le groupe.

L'endoctrinement des plus jeunes vivant dans le monde "Jéhoviste" parce que leurs parents en sont membres, où parce qu'ils y entrent jeune de leur plein gré est aussi à noter. Ces enfants sont souvent élevés en décalage complet avec la société et subissent un isolement social important. Une fois qu'ils y sont entrés, ils subissent des méthodes d'enseignements jéhovistes qui ne font que renforcer leur endoctrinement.

Celles ci sont semblables aux méthodes utilisées par la majorité des organisations sectaires, comme la Scientologie ou les Mormons.

Ces méthodes ne sont pas dûes au hasard, elles sont calculées, rôdées, répétées par des spécialistes de la psychologie. Elles sont donc très efficaces pour manipuler les individus, et surtout les plus fragiles, comme les mineurs.

Comme expliqué précédemment, la plupart des mineurs du mouvement viennent de familles appartenant déjà aux Témoins de Jéhovah, mais ce ne sont pas les seuls.

Les témoins de Jéhovah sont reconnus comme des "experts" du prosélytisme par porte-à-porte, ils sont reconnaissables puisqu'ils fonctionnent par paires, contactant d'éventuels futurs "jéhovistes" à leurs domiciles. En France, contrairement aux USA, ils n'ont en théorie pas le droit de racoller des gens sur la voie publique.

La "richesse" de la Watchtower leur permet, par exemple en France, de publier deux magazines "Réveillez-vous" et "La Tour de Garde", outils de propagande montrant l'organisation sous ses meilleurs aspects, proposant des articles s'adressant directement aux problèmes des jeunes d'aujourd'hui.

Ces démarches apparaissent à une personne avisée comme "hypocrites" puisque il y a des faits avérés et identifiables d'endoctrinement et de dangerosité, et en particulier des mineurs.

Contre ces dérives, diverses associations mais aussi le gouvernement français se sont mobilisés.

II) Moyens pour pallier aux problèmes

Il est difficile de prouver la culpabilité des Témoins de Jéhovah, puisqu'il faut prouver les atteintes à la personne. Cela est encore complexifié, dans la mesure où l'organisation est puissante économiquement et en terme de relations, ce qui lui permet de s'allouer les services des meilleurs avocats, voire de profiter de certaines failles juridiques pour faire échouer les procès.

Enfin, dans un pays où la liberté religieuse est très présente, il est plus facile pour ce genre d'organisation de défendre leurs intérêts.

Cependant, depuis quelques années (et en particulier depuis 1996 : Création de l'Observatoire Interministériel sur les sectes), le gouvernement a mis en place un certains nombres d'outils facilitant la prévention et destinés à contrer l'ultra-prosélytisme des organisations comme les Témoins de Jéhovah, et toutes les organisations portant atteintes aux droits de l'homme et aux libertés individuelles.

Par exemple la MIVILUDES (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) en 2002 et plus récemment la C.A.I.M.A.D.E.S (Cellule d'Assistance et d'Intervention en Matière de Dérives Sectaires). En outre certaines associations, comme l'UNADFI (crée en 1974) permettent, en collaboration avec le gouvernement, de servir de relais avec le Justice dans des cas d'atteintes aux libertés individuelles et aux liens familiaux.

Deux possibilités pour alerter les autorités: lorsqu'il est question d'atteintes physiques, et lorsqu'il s'agit d'atteintes morales.

Il est à noter que les atteintes physiques sur les mineurs ne sont pas monnaies courantes chez les Témoins de Jéhovah, même si elles arrivent : violences, viols, agressions sexuelles ont déjà été constatés dans l'organisation, et même parfois, cachés par les membres de la secte, comme on peut le constater parfois à l'intérieur des grandes religions. Il n'est cependant pas possible de faire un lien entre Témoins de Jéhovah et pédophilie, mais plutôt considérer le phénomène comme marginal(D'ailleurs ces agissements sont condamnés et passibles d'excommunications dans la secte), mais aussi provoqué par l'isolement social subit par les membres de la secte.

Lorsque ces agissements sont prouvés, des dispositifs classiques de protection de l'enfance sont enclenchés : à savoir la saisie de l'affaire par le procureur de la République ou le juge des enfants, qui s'appuie sur des textes de loi (Article 375 du Code Civil). Si les parents ne peuvent pas assurer leur devoir de parents (c'est à dire la garde, la responsabilité, l'entretien, l'assistance, l'éducation et la surveillance), et ce dans des cas relativement exceptionnels, on a recours à l'article 378 "Lorsque le ou les parents mettent manifestement en danger la sécurité, la santé ou la moralité de l'enfant, par leur comportement : la déchéance de l’autorité parentale peut être envisagée. Il s’agit d’une mesure exceptionnelle ( articles 378-1 à 381 du code civil)". Celà peut arriver en particulier pour les exemples suivants:

  • délaissement de mineur de quinze ans en un lieu quelconque articles 227-1 et 227-2 du code pénal,
  • l'abandon de famille articles 227-3 à 227-4 du code pénal ,
  • atteintes à l'exercice de l'autorité parentale. Ex non représentation de l’enfant articles227-5 à 227-11 du code pénal,
  • atteintes à la filiation articles 227-12 à 227-14 du code pénal,
  • mise en péril des mineurs.articles 227-15 à 227-28-3 du code pénal
  • inceste sur mineur : articles 222-31-1 et 222-31-2 du code pénal
  • agressions sexuelles, violences, etc…

Les organisations de protection de l'enfance (comme la DDASS) peuvent alors intervenir pour prendre en charge les mineurs.

Les atteintes morales sont les plus difficiles à gérer dans ce cadre pour plusieurs raisons, d'abord parce qu'elles sont difficiles à déterminer et à prouver et ensuite parce que les conditions de vie Jéhovistes font que ces délits sont souvent perpétrés à l'intérieur des cercles de l'organisation. Donc la justice fait face à l'impossibilité de trouver des témoins objectifs (Seulement des membres de l'organisation, influencés et soucieux de ne pas "balancer" leurs compagnons de culte).

De plus, le personnel des Tribunaux ne sait pas toujours l'étendue des dérives sectaires dans ce genre d'organisations, et ne voie que ce que les Témoins de Jéhovah veulent bien montrer, c'est à dire la façade de l'organisation "sécuritaire et pouvant répondre aux questions que la société se pose".

Le rôle des associations luttant contre les sectes est donc tout d'abord d'informer les professionnels de la Justice sur ces organisations.

Les principales atteintes morales perpétrées par les Témoins de Jéhovah sur un fidèle mineurs sont des atteintes à son intégration, donc son isolement et le "bourrage de crâne" qui se traduit par une "atteinte d'ordre psychologique" sur un individu fragile

Une peine d'emprisonnement et d'amende peut être prononcée notamment :

  • en cas d'abandon de famille ( Lorsque le père de famille délaisse son enfant qui aurait par exemple été excommunié de l'organisation)
  • menace ou abus d'autorité, les parents ou l'un d'entre eux a abandonné

un enfant né ou à naître. (Abandon d'un enfant lorsque le conjoint refuse d'initier celui-ci à la culture Jéhoviste).

Comme pour les atteintes physiques, les organisations de protection de l'enfance s'occupent des enfants dont les parents ne sont pas capables d'assurer l'éducation. Une aide psychologique peut par exemple être apportée à un enfant dont les parents ont perdu la garde et qui subit donc un choc psychologique, accentué au bourrage de crâne qu'il subit depuis sa petite enfance.

BILAN

Il est donc vrai que des outils sont mis en place par le gouvernement pour lutter contre le phénomène sectaire des Témoins de Jéhovah, et de toutes les religions/associations à dérives sectaires. Ces outils ne sont cependant pas suffisants, et c'est pour celà que les différentes associations de protection des mineurs, et celles qui luttent contre les dérives sectaires doivent agir. En prévenant les autorités contre ces dangers, elles sont déjà parvenu à des résultats, comme on peut le voir avec la création de la MIVILUDES et de la CAMAIDES, qui agissent pour faire appliquer les textes de loi (l'article 375 du code civil par exemple).

Pourtant cela reste insuffisant, puisque en 2006, on dénombrait 45 000 enfants de Témoins de Jéhovah en France, qui potentiellement, pourraient subir des atteintes psychologiques.

Par ailleurs, les Témoins de Jéhovah ne sont pas les seules organisations à dérives sectaires en France puisque :

"Entre 50.000 et 60.000 enfants sont victimes de dérives sectaires en France" qui se traduisent par des "maltraitances physiques ou morales", prévient Georges Fenech, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre
les dérives sectaires (Miviludes).

Il faut donc continuer à agir, et celà en prévenant la population des risques que comportent l'entrée dans ce genre d'organisation.

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