David Cormand: "Pour ce gouvernement, l'écologie est une variable d'ajustement"

Etre ou ne pas être dans le gouvernement. Telle est la question qui taraude EELV depuis le départ de Cécile Duflot et Pascal Canfin en mars 2014, à la suite de la nomination de Manuel Valls à Matigon.

Etre ou ne pas être dans le gouvernement. Telle est la question qui taraude EELV depuis le départ de Cécile Duflot et Pascal Canfin en mars 2014, à la suite de la nomination de Manuel Valls à Matigon.

Depuis, les Verts se déchirent sur la stratégie à adopter. Des parlementaires, comme les députés François de Rugy et Denis Baupin ou le sénateur Jean-Vincent Placé, plaident ouvertement pour une entrée au gouvernement. Alors que d'autres, comme Cécile Duflot, fustigent la politique gouvernementale et appelent de leurs voeux une alliance alliant des frondeurs du PS jusqu'au Front de Gauche.

David Cormand, numéro 2 du parti et proche de Cécile Duflot, juge sévèrement le bilan environnemental de François Hollande, à l'Elysée depuis trois ans. De cette présidence jonchée d'une litanie de renoncements, il ne souhaite pas une participation au gouvernement "à tout prix" et plaide pour une candidature EELV à la présidentielle de 2017.

Etes vous en faveur du retour des Verts au gouvernement?

Bien entendu. Les écologistes ont vocation à participer au gouvernement. Mais à une condition toutefois: que les politiques menées par le gouvernement soient compatibles avec les enjeux écologistes et conformes au mandat confié par le peuple au Président de la République en 2012. Participer au gouvernement pour agir: oui. Participer à tout prix: non.

Ne craignez vous pas une scission au sein du parti avec une base et des élus qui tirent à hue et à dia?

Il n’y a pas de clivage entre les élus et la base du Parti sur le fond. Nous pensons qu’il faut plus écologie, plus de solidarité et plus de démocratie pour répondre aux enjeux du XXI e siècle. Il n’y aura pas de scission à EE-LV. Dans le pire des cas, il y aura quelques démissions.

Comment jugez vous les résultats d'EELV aux dernières départementales?

Les résultats sont globalement bons, compte-tenu d’un contexte de recul de la gauche. EE-LV maintient ses scores par rapport aux dernières élections européennes. Il y a une attente vis à vis de l’écologie. A nous d’être à la hauteur de ces attentes.

Comment jugez vous le bilan sur le front environnemental du gouvernement?

Il est très largement à nuancer. Ségolène Royal accumule les renoncements sur les enjeux majeurs: investissements écolos, fiscalité sur les pollutions, lois biodiversité et loi sur la transition énergétique. La politique agricole qui était partie sur de bonnes bases au début de quinquennat est en train de céder face aux lobbys de l’agriculture industrielle et productiviste. L’illustration de ce recul est la déclaration du Premier Ministre entre les deux tours des départementales lors de l'Assemblée générale de la FNSEA: « Vous êtes les premiers écologistes de France », ce qui est encore pire que la déclaration de Nicolas Sarkozy lorsqu’il était Président de la République indiquant que « l'écologie, ça commence à bien faire ». 


La recherche d’une croissance aveugle sans remise en question de nos modes de production est une impasse. La politique de l’offre non ciblée, avec le pacte de responsabilité qui aide les entreprises sans conditions ni contrepartie est une faute qui nuit à l’emploi et à l’environnement.
Pour ce gouvernement, pour l’instant, l’écologie est une variable d’ajustement, un supplément d’âme dans la communication. Rien de plus.

Etes vous en faveur d'une candidature EELV à la présidentielle de 2017?

L’écologie politique constitue un projet à part entière qui répond aux crises que rencontre notre civilisation. A tord ou à raison, dans la Ve République, l’élection présidentielle constitue le rendez vous démocratique majeur. Je ne vois pas comment les écologistes pouraient envisager de renoncer à une candidature à la présidentielle pour la première fois depuis 1974 dans ce contexte institutionnel. Le projet écologiste mérite d’être porté et défendu à toutes les élections.

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