Vers la fin des "banlieues rouges"?

C'est un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Le temps du communisme municipal triomphant. Après les élections municipales de 1977, le PCF peut s'enorgueillir du titre de premier parti dans la banlieue parisienne, la "banlieue rouge". Mais depuis le PCF a connu une déclin qui connaîtra son acmé en 2008, avec la perte du conseil général de Seine-Saint-Denis, au profit du PS. 

C'est un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Le temps du communisme municipal triomphant. Après les élections municipales de 1977, le PCF peut s'enorgueillir du titre de premier parti dans la banlieue parisienne, la "banlieue rouge". Mais depuis le PCF a connu une déclin qui connaîtra son acmé en 2008, avec la perte du conseil général de Seine-Saint-Denis, au profit du PS. 

Quid des prochaines élections départementales? Le PCF risque de perdre son dernier bastion parisien, le Val-de-Marne, du fait de la division des listes de gauche et d'une lente érosion de son électorat traditionnel.

David Gouart, chercheur en sociologie politique à l'université de Nanterre et spécialiste de la "banlieue rouge", revient sur l'histoire du communisme municipal en Ile-de-France et les possibles conséquences d'un basculement du Val de Marne.

De quand date l'expression "banlieue rouge" et qu'englobe t'elle?

L’expression est ancienne puisqu’elle apparaît pour la première fois dans un article du député communiste Paul-Vaillant Couturier publié en 1924 dans le journal l’Humanité. À l’époque on emploie plus communément le terme de « ceinture rouge ». L’implantation du PCF en banlieue parisienne n’en est alors qu’à ses débuts. Elle se porte sur deux pôles au nord-est et au sud-est de Paris où se concentrent des populations ouvrières qui affluent régulièrement d’abord du bassin parisien, puis des régions rurales (Bretagne, Limousin) et enfin des pays latins (Italie, Espagne, Portugal).

Par vagues successives, ces deux pôles d’implantation originelle vont rapidement faire tâche d’huile grâce au développement de l’écosystème industriel sur une large espace de la banlieue parisienne.  

A son apogée, quel fut le poids du PCF en Ile de France?

C’est à la fin des années 1970 que l’implantation du PCF atteint son apogée en Ile-de-France. Ainsi, au sortir des élections municipales de 1977, plus d’une cinquantaine de communes de la petite couronne est alors dirigée par un maire communiste. Le PCF est alors la principale force politique en banlieue parisienne. A l’issue des élections législatives de 1978, les huit députés du département de la Seine-Saint-Denis sont tous communistes. Le déclin s’amorce avec les élections municipales de 1983.

Depuis, à chaque nouvelle échéance électorale, le PCF perd plus de mairies qu’il n’en gagne, et ce aussi bien en banlieue parisienne que sur l’ensemble du territoire national. Il en va de même pour l’échelle départementale. Depuis la perte retentissante de la Seine-Saint-Denis au profit du Parti Socialiste à l’issue des élections cantonales de 2008, le Val-de-Marne est le dernier département francilien à être dirigé par un président communiste.

Le PCF dirige actuellement le département du Val de Marne et de l'Allier. Le basculement du Val de Marne signifierait t'il le glas des "banlieues rouges"?

Depuis le début des années 1980, sur la base d’un vieillissement régulier de son électorat et d’une perte d’influence au niveau national, les commentateurs ont souvent été tentés de prédire l’extinction du PCF. Or, force est de reconnaître qu’en dépit de ces prémonitions, le PCF est toujours parvenu à se maintenir. Si son influence sur le plan national s’est considérablement réduite, le PCF conserve des positions de pouvoir importantes à l’échelle locale. Il reste d’ailleurs aujourd’hui la troisième force politique en termes de nombre d’élus.

En région parisienne, c’est paradoxalement dans le Val-de-Marne, un département plus hétérogène politiquement et sociologiquement que la Seine-Saint-Denis, que le PCF maintient la plus forte influence. Le conseil général y est dirigé par une majorité communiste depuis près de quarante ans. Force est de reconnaître qu’une éventuelle perte de ce département au profit de la droite fragiliserait en retour les autres positions de pouvoir que détient toujours le PCF au niveau municipales. Celles-ci ont d’ailleurs nettement reculé dans ce département à l’issue des dernières élections municipales de mars 2014. En effet, trois villes ont été perdues au profit de la droite : Limeil-Brévannes, la Queue-en-Brie et surtout Villejuif, ville dont Georges Marchais avait été député et qui avait jusque-là été dirigée par le PCF sans interruption depuis 1925.

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