Pouria Amirshahi: "J'assume la confrontation démocratique"

Les députés frondeurs sont-ils les derniers "hollandais"?Ces derniers appelent de leurs voeux un retour à l'esprit du discours du Bourget et critiquent la politique sociale démocrate du gouvernement.

La loi Macron, passée en force avec l'utilisation de l'article 49-3,  apparaît selon eux comme le symbole de l'entêtement de l'exécutif.

Pouria Amirshahi, député PS des Français de l'étranger, villipende une politique économique qui mène à vau l'eau d'un point de vue économique, mais également démocratique.

Quelles sont les différences économiques structurelles entre l'actuelle majorité et la précédente ?

On a globalement une même approche depuis 15 ans, qui consiste à dire que le coût du travail est trop élevé, que les charges doivent être baissées, qu'il y a trop d'impôts... Voilà le discours général qui est tenu.

En conséquence, on assiste à une baisse des charges des entreprises au nom de la compétitivité. Avec une amplification de la part de l'actuel gouvernement qui a fait passer le pacte de responsabilité ou bien encore le CICE. Cela fait beaucoup d'argent public mis au profit des entreprises, pour soulager leur trésorerie plus que pour réorganiser ou moderniser leur appareil de production ou leurs outils de recherche. 

Le gouvernement socialiste va donc plus loin dans la logique libérale ?

Il y a une constante et une philosophie qui a imprégné une grande partie des corps dirigeants de ce pays. L'argent public n'est pas là pour soulager la trésorerie des entreprises. C'est le rôle que devraient jouer les banques. C'est pour cela que je suis en faveur d'une loi bancaire. L'Etat ne doit pas être subordonné à des intérêts privés.

Il y a un aveuglement général qui consiste à croire que la « bonne fée de la croissance » reviendra par la bienveillance à l'égard des puissants et l'allègement du coût du travail. Par cette politique, très concrètement, l'Etat se prive de ressources et ne peut donc pas mener des grandes politiques d'investissement ni de stratégie industrielle forte. C'est également une trappe à bas salaires, exonérés de cotisations sociales.

On perd donc en compétitivité, en solidarité et même en morale puisque l'argent public est versé sans contrepartie, au moment même où, pourtant, on vante les vertus du contrat...c'est à-dire du principe de réciprocité. Nous devons réorienter la politique vers l'industrie et l'écologie, avec les milliers d'emplois qui en découlent, les formations et des métiers nouveaux. 

En octobre 2012, vous aviez voté contre le TSCG. Dès lors, pourquoi vous être seulement abstenu lors du texte sur le pacte de responsabilité ?

Vous faites erreur car je me suis opposé lors du débat sur la loi relative à l'enseignement supérieur sur l'enseignement tout en anglais à l'université ou bien encore la loi sur les régions...J'ai également annoncé mon vote contre la Loi Macron. Je reste libre, d'approuver ou de désapprouver des projets de l'exécutif.

Mais quid des textes plus structurant d'un point de vue économique ?

Je n'ai pas à me prononcer uniquement sur des textes économiques. Quand nous avons appris la décision du chef de l'Etat sur le pacte de responsabilité, il y a eut un effet de sidération. Puis, une opposition, des demandes de rectification, des exigences de contreparties... Le Président ne peut pas décider tout seul d'un revirement de la politique économique et s'étonner ensuite que cela provoque des remous et des désaccords. Il le sait.

Il fallait donc débattre et essayer de convaincre pour que le gouvernement revienne sur sa politique. Il y a donc eut un premier avertissement. Puis d'autres. On a prévenu et nous avons toujours privilégié le dialogue quand on nous opposait des méthodes procédurières brutales (du vote bloqué au 49-3). J'assume la confrontation démocratique. Je continuerai dans ce sens et assumerai mes votes.

Lorsque François Hollande déclare dans Challenges « Je ne changerai pas de politique », comment le percevez vous ?

Je pense que c'est une erreur. C'est le choix de perpétuer un système économique injuste et à bout de souffle. De plus, cela nourrit une crise démocratique profonde car cela fait fi des débats qui traversent l'espace public. Comment dès lors s'étonner du désarroi démocratique dans ce pays ?

Un homme seul ne peut pas tout décider. Cela est très dangereux, surtout quand les tentations autoritaires sont fortes. 

Vous êtes donc en faveur de la VIe République ?

Il faut une vraie réforme constitutionnelle, un vrai changement de régime. Mais cela ne se décrète pas. Cela se promeut pas le débat démocratique. Je défends depuis 1993 la VIe République, avec d'autres et notamment Jean Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg. Il faut donner plus de pouvoirs à l'Assemblée nationale et rendre plus fréquent le recours au référendum sur des grandes questions, avec une séparation plus stricte des pouvoirs.

Il faut poser la question démocratique car les temps sont fragiles. La démocratie est fragile. Quand il y a une résignation électorale, que les corps intermédiaires sont usés, on va vous suggérer une réponse autoritaire. Et la pire des réponses autoritaires qui existe en France aujourd'hui, c'est le FN. C'est pourquoi le renforcement de la démocratie est un enjeu politique majeur, pas un slogan creux.

Vous vous étiez déclaré en faveur d'un référendum local à propos du barrage de Sivens. Que pensez vous de la décision prise par le conseil général du Tarn ?

Reformater en plus petit est déjà plus intelligent. Personne ne comprenait ce gigantisme. Je maintiens que sur des thématiques aussi essentielles qui impactent la vie quotidienne, le référendum est légitime.

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