Gérard Filoche: "Un gouvernement Cambadélis, Laurent, Cosse, Mélenchon, vite !"

Gérard Filoche est un homme en colère. Membre du bureau national du PS, il critique durement l'orientation économique du gouvernement, incarné selon lui par le premier ministre, Manuel Valls. Souhaitant revenir à l'élan insufflé par le discours du Bourget, cet infatigable militant qui se considère toujours comme "socialiste", appelle de ses voeux un nouveau temps du quinquennat.

Gérard Filoche est un homme en colère. Membre du bureau national du PS, il critique durement l'orientation économique du gouvernement, incarné selon lui par le premier ministre, Manuel Valls. Souhaitant revenir à l'élan insufflé par le discours du Bourget, cet infatigable militant qui se considère toujours comme "socialiste", appelle de ses voeux un nouveau temps du quinquennat. Marqué à gauche, bien sûr, avec la présence des écologistes et des communistes.

Quelles sont les différences économiques entre l'actuelle majorité et la précédente?

Là ou Manuel Valls veut donner 41 milliards aux salariés, l'UMP veut en donner 110. Tout serait pire avec la droite. Là ou Valls veut 50 milliards d'économies sur les besoins publics, l'UMP promet le double. Là ou Emmanuel Macron propose 12 dimanches travaillés, l'UMP en propose le double ; pareil pour le travail de nuit, les licenciements, etc. Disons que l'UMP défend tout ce que veut le Medef et le gouvernement Valls ne lui cède que la moitié de ce qu'il veut. Quant à l'austérité, aux déficits et à la dette, c'est pareil, sauf que la droite prétend qu'elle en fera plus, plus vite et mieux : mais jamais, jamais, jamais la « dette » ne sera remboursée, ni par la gauche, ni par la droite, elle sert pour les deux comme instrument de chantage pour faire passer des mesures anti sociales impopulaires.

Avec l' Europe, la politique serait la même, dominée par celle de Mme Merkel, modèle de l'UMP, sauf le Smic imposé par le SPD. En matière de fiscalité, la droite ferait encore plus de cadeaux aux riches et aux 1 % de l'oligarchie. 

Pensez vous qu'il est possible de constituer une majorité alternative à l'assemblée?

Bien sur, elle existe et elle est la seule solution à la crise pour éviter une fin catastrophique du quinquennat. Le gouvernement Valls repose sur une minorité, une tête dépingle et ne tient que par la force et la menace de la Ve République : il est imposé par le haut, il exclue la majorité des socialistes et la majorité de la gauche. Il a fallu que François Hollande menace de « dissolution » l'assemblée et Cambadélis menace « d'exclusion » les députés pour contenir les « frondeurs ». Mais la « dissolution » est impossible, elle ramènerait 90 % de députés UMP et FN, et le Président qui ferait ça serait haï aussi bien de la droite que massivement de la gauche. Quand à l'exclusion, Cambadélis, a annoncé à la « Haute autorité » qu'elle aurait sans doute à s'occuper des « députés frondeurs » : mais pourra t il casser le parti pour le soumettre au coup de force de Valls ? Je n'en suis pas sûr.

Contre les mauvaises lois et mauvais budgets de Valls, un travail d'amendements a commencé entre les Verts EELV, le FdG et la gauche des députés PS. C'est la solution. Mais il faut se dépêcher, chaque jour compte. Car si on veut sauver le quinquennat, il vaut mieux ne pas connaître d'autres déroutes aux territoriales et aux régionales. Et pour cela, il faut un tournant, un changement de cap.

Quels sont les points de convergence entre Vive la gauche  (en faveur d'une politique de la demande) et le Pôle des réformateurs (politique de l'offre), dont les membres font partie du PS?

Il n'y en a pas d'évidents. Nous voulons augmenter les salaires et baisser les dividendes, ils veulent augmenter les dividendes et baisser les salaires. Ils veulent enrichir les actionnaires pour qu'ils nous sortent de la crise ce quils ne feront jamais vu que la finance dirige et que le spéculation rapporte plus que l'investissement dans l'industrie. Ils font laustérité prétendument pour relancer la machine, mais en fait cette austérité conduit à la récession, et a la déflation.

Nous voulons prendre l'argent aux 1% de l'oligarchie, et partager les richesses qui existent pour relancer léconomie. Ils ont cédé à la finance et nous voulons faire plier la finance. Depuis mai juin 2012, les inégalités, la misère, le chômage de masse s'accroissent, nous voulons le contraire de cette politique droitière. 

Le PS est il en voie de "Pasokification" (sur le modèle du Pasok grec)?

Oui. Le PS avait une majorité écrasante partout, sans précédent  : il dirigeait 2 villes sur 3, 20 régions sur 22, 61 départements sur 100, le Sénat, l'Assemblée, et la présidence, avec cette politique contraire a lattente de ses électeurs, il est en train de tout perdre.

Elections partielles, municipales, européennes, sénatoriales. Une énumération à la Prévert des défaites du PS. Est-il déjà trop tard pour réagir?

Non, il n'est pas trop tard. mais chaque jour de plus du gouvernement Valls est un jour néfaste pour sauver le quinquennat. Cest une course de vitesse entre la marche au suicide et un tournant cap à gauche. Il faut une majorité rose-rouge-verte. Un gouvernement Cambadélis, Laurent, Cosse, Mélenchon, vite ! 

Quelles seraient les mesures d'urgence à prendre?

Nous les avons décrites de façon précise et concise dans un « quatre pages » de la revue D&S de novembre 2014: une vraie reforme fiscale, une vraie loi bancaire, baisser le cout du capital, augmenter les salaires et les minimas sociaux de 10 %, encadrer les loyers, reconvertir les sources d'énergie, revenir a la retraite à 60 ans sans décote et renforcer la protection sociale, développer l'investissement public et les emplois publics, reconstruire le code du travail, contrôler les licenciements, réduire massivement le temps de travail légal et maxima. Marcher ainsi vers une remobilisation pour une VIe république .

Que pensez vous des déclarations de Gérard Collomb pour instituer une période d'essai du CDI?

Villepin avait déjà tenté, CNE et CPE ont déjà été balayés, et le Medef veut maintenant licencier sans motif et sans limite de durée. Rien à voir ni avec la crise, ni avec la productivité ni avec la compétitivité, seulement avec la menace de mort permanente sur les droits liés au contrat de travail, avec la soumission des salariés. Gérard Collomb ne doit pas savoir qu'il faut pour cela dénoncer la convention de l'OIT n°158 signée par 40 autres pays. 

Envisagez vous de quitter le PS ou bien considérez vous que la stratégie de l'entrisme fonctionne? 

Je suis socialiste. Nous sommes fiers et nous aimons notre parti et ses militants. Mes amis sont socialistes. Nous sommes la gauche socialiste depuis plus de 20 ans. Nous voulons ancrer notre parti a gauche, dans lunité de la gauche, nous voulons un grand parti de gauche majoritaire et en aucun  cas une scission, une division, ni un régression minoritaire. Sans unité de toute la gauche, sans unité syndicale, il n'existe aucune issue et il n'y aura pas de transformation socialiste de la société.

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