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Billet de blog 7 mai 2022

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L’accumulation des crises peut-elle rendre raisonnable ?

À partir d’une situation concrète telle que le risque de pénurie de bouteilles de verre, peut-on envisager une solution pérenne pour contourner la pénurie avec une avancée économique et environnementale significative ?

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Introduction :

L’idée de cet article m’est venue en regardant le bulletin d’infos télévisé de 20h du 4 mai. Dans ce bulletin il a été question des difficultés de la filière vinicole liées à un risque de pénurie de bouteilles de verre au moment de l’embouteillage. Plusieurs causes sont évoquées comme l’augmentation exorbitante du coût de l’énergie et des difficultés d’approvisionnement liées en partie à la guerre en Ukraine. Cette information a été l’occasion d’apprendre que la France, 3ème producteur mondial1 de vin est aussi le deuxième importateur mondial de verre2. Nous importons du verre d’Allemagne, d’Italie, de Pologne et… d’Ukraine. La première question qu’on pourrait se poser est celle de la raison pour laquelle nous ne produisons pas localement davantage de verre dont on a pourtant tant besoin, c'est d'autant plus important que la filière, dans un contexte de limitation des matières plastiques, est considérée comme une filière d'avenir.  Ceci dit dans le contexte actuel il faut composer avec la situation qui se présente.

Si on analyse les causes de cette pénurie, l’une est liée comme on vient de le dire à l’absence ou du moins l’insuffisance de production sur le plan national et l’autre est liée à l’augmentation durable du coût de l’énergie alors que la production de verre et la fabrication de bouteilles est extrêmement gourmande sur ce plan. Si jusque là les conditions autorisaient ce gaspillage, la crise actuelle devrait nous amener à imaginer d’autres solutions pour éviter la pénurie qui se profile. Il est en effet surprenant qu’une filière de réutilisation de ces bouteilles n’aie pas été envisagée, elle s’accompagnerait pourtant d’une économie conséquente d’énergie d’une part, mais devrait aussi réduire la dépendance au niveau de l’approvisionnement d'autre part dans la mesure où les opérations de lavage pourraient se traduire par une activité locale et sans doute de préférence à proximité géographique des lieux de production vinicoles.

Pourquoi cette solution n’a-t-elle pas été envisagée plus tôt ?

D’abord, il est important de constater qu’on y a déjà pensé, ceci dit dans une période prospère où tout est possible, y compris le gaspillage, les solutions d’économie ont parfois du mal à s’imposer car elles viennent souvent percuter les intérêts du système productiviste. À titre d’exemple on peut citer l’initiative de Zerowaste France qui en 2019 avait déjà clairement mis le sujet sur la table dans le cadre de la loi anti-gaspillage3. La crise d’approvisionnement qui se profile actuellement pourrait peut-être devenir un accélérateur à la mise en place d’une nouvelle filière plus vertueuse sur le plan environnemental.

Ceci étant, pour traiter cette question il est important aussi de bien prendre en compte les arguments qui ont été évoqués pour maintenir une filière basée principalement sur l’utilisation de bouteilles neuves, des raisons ont parfois été évoquées comme les difficultés de récupération des bouteilles vides, la trop grande diversité des formes et couleurs de bouteilles, la consommation d’eau importante pour le nettoyage… etc. Dans le contexte actuel, la question mérite quand même d’être posée à nouveau car c’est une solution qui pourrait se montrer intéressante dans le contexte de pénurie prévisible et les arguments évoqués pour ne pas développer la filière de la réutilisation ne semblent pas insurmontables, d’autant plus que certains ne sont d’ailleurs pas vraiment fondés ou plus d'actualité.

La difficulté de récupération des bouteilles vides :

Il ne paraît pas insurmontable d’envisager un système de consigne qui favoriserait le retour et un premier tri des bouteilles. L’argument de la diversité des formes et de couleurs de verre assorties aux marques ne semble pas tenir non plus car des producteurs acceptent déjà dans ce contexte de pénurie possible d’alléger ces contraintes pour palier au manque de bouteilles. On pourrait même envisager à terme une standardisation des contenants qui rendrait cette contrainte caduque.

La consommation d’eau nécessaire pour le lavage :

Certes elle est à prendre en compte, mais à priori, le lavage des bouteilles demande une quantité d’eau moindre que le recyclage ou la production de nouvelles bouteilles4. Par ailleurs, il existe aujourd’hui des procédés de recyclage de l’eau de lavage5 qui permet de diminuer la quantité d’eau utilisée de façon drastique (on parle de 96 % d’économie possible d’eau).

La consommation d’énergie :

Sur ce plan d'importantes économies peuvent être faites. On les trouve à plusieurs niveau, d’une part au niveau de la fonte du verre très chronophage en énergie qui n’est plus nécessaire quand on réutilise les mêmes bouteilles plusieurs fois et d’autre part dans le transport dans la mesure où cela permet de relocaliser les activités de lavage qui évite des importations de l’étranger avec des distances de transport parfois importantes.

Le gain en indépendance d’approvisionnement :

La solution de réutilisation des bouteilles offre une totale indépendance par rapport à l’extérieur et n’est donc plus soumis aux risques de conflits. Elle assure un approvisionnement de qualité en bouteilles tout en générant une activité locale, c’est donc une stratégie gagnante à plusieurs niveaux. On peut aussi considérer que ce choix est très prometteur dans la mesure où le verre est un matériau d'avenir dans un contexte où il faut réduire de façon drastique l'utilisation des plastiques dans les emballages, d'autant plus qu'il offre une qualité indéniable par le fait que les emballages en verre sont réutilisables si la filière est adaptée en conséquence.

Limites de cette solution de récupération en vue de la réutilisation :

Si cette stratégie devrait bien fonctionner en interne, le problème des bouteilles exportées peut effectivement être plus problématique pour la récupération, ce n’est pas impossible, mais cela peut néanmoins se concrétiser par une nécessité de productions de nouvelles bouteilles, d’une part pour compenser celles de l’exportation qu’il pourraient être difficile de récupérer, celles qui pourraient être nécessaires pour compenser une éventuelle augmentation de la production d'une part et d’autre part, celles qui seraient nécessaires pour remplacer les bouteilles mises au rebus. Ceci dit, sur l’ensemble du dispositif on devrait malgré tout limiter très largement la production de nouvelles bouteilles et éviter ainsi tout risque de pénurie.

Des expériences prometteuses :

La récupération en vue de la réutilisation des bouteilles de verre existe déjà et apporte la preuve que cette piste est tout à fait pertinente à développer. On peut donc s’appuyer sur ces exemples pour envisager une développement de cette filière et profiter de l’expérience acquise pour accélérer sa mise en place. À titre d'exemple, l’association « Bout’à bout » dans la région Nantaise est une pionnière dans le domaine et son expérience peut servir de base pour d'autres initiatives. De même, dans la sud de la France Oc'consigne donne l'exemple d'une organisation locale qui fonctionne très bien semble-t-il, exemple qui pourrait aussi faire école dans le domaine des circuits courts.

En résumé :

À travers cet exemple on constate qu’une impasse créée par une combinaison de facteurs (conflits, crise sanitaire, augmentation du prix de l’énergie, problème environnemental…) peut donner l’occasion de repenser toute une filière de façon à traiter le problème en rendant possible des choix pourtant évidents mais précédemment écartés. Ces initiatives montrent leur pertinence tant au niveau de la logique économique, que sociale et environnementale. Ce qui est possible pour le verre peut aussi s'appliquer à bien d'autres domaines.


Complément sur le sujet :

Les investissements dans la production de verre à usage alimentaire en France : https://www.processalimentaire.com/emballage/verre-d-emballage-l-industrie-francaise-continue-a-investir-26358

1Source : https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/11/04/la-france-retrogradee-au-troisieme-rang-mondial-des-producteurs-de-vin_6100944_3234.html

2Source : https://www.francetvinfo.fr/economie/industrie/industrie-du-verre-les-professionnels-craignent-une-penurie-de-flacons-et-de-bouteilles_5116969.html

3Consulter le dossier de « Zerowaste » France : https://www.zerowastefrance.org/projet/consigne-verre/

4Selon l’ADEME : https://www.oc-consigne.fr/

5Exemple : déjà selon cet article de 2005 on avance le chiffre de 96 % d’économie d’eau grâce au recyclage de l’eau de lavage dans les usines d’embouteillage.

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