Concernant les sondages, au lieu de considérer qu'ils représentent l'évaluation de l'évolution des opinions, ne serait-il pas plus honnête aujourd'hui de les considérer comme un outil d'évaluation de l'efficacité de l'influence des médias sur l'opinion et de l'impact de leur exploitation sur son orientation ? Si tel est le cas, l'axe de travail principal n'est-il pas d'intervenir sur les causes en questionnant la concentration des médias au service des nantis. Que devient la liberté dans un pays où une convergence des médias vers les idées de droite et d'extrême droite façonne massivement les esprits au mépris du respect de la personne dans ce qu'elle a de plus cher : sa liberté de penser ? Que devient la liberté dans un pays où la recherche d'émancipation se transforme chaque jour un peu plus en asservissement à un discours proclamé ?
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Il est paradoxal de constater qu'un gouvernement soit capable de s'offusquer d'un niveau scolaire qui baisse quand il s'accoutume très bien avec l'inculture qui rend les gens dociles et manipulables. La situation est d'autant plus paradoxale que les mesures annoncées pour l'éducation, au vu des expériences du passé et malgré l'avis critique d'experts éclairés, conduiront plus vers le tri nécessaire pour l'élite au service du système qu'elle défend, laissant de côté ceux qui n'en possèdent pas les codes et qui seront plus facilement sensibles au discours ambiant faute d'avoir les clés de décodage permettant la liberté critique nécessaire à l'émancipation libératrice fondamentale pour le développement de la personne.
Ce n'est pas un hasard si le débat politique actuel s'est dégradé au point de plomber l'ambiance avec des illustrations de bagarres stériles permanentes sans issue positive perceptible pour les citoyens. Dans une démocratie, non seulement il est logique qu'une opposition puisse exister et s'exprimer, mais elle est même indispensable et elle doit être respectée et valorisée. La logique sereine voudrait que chaque camp défende sa position et soit valorisé par ce qu'il propose de singulier en fonction de ce qu'en attendent les citoyens. Sur le terrain que constate-t-on concrètement à par un dialogue de sourds dans lequel la principale activité, surtout sur le flanc droit, consiste à dénigrer, décrédibiliser, tenter de ridiculiser l'adversaire, allant même jusqu'à la basse critique de la tenue vestimentaire ou morphologique de son opposant ? Quelle crédibilité peuvent en attendre les acteurs quand ils parlent de cohésion alors qu'ils passent leur temps à fracturer ? Quel impact a ce climat sur le résultat des élections où on constate que le recours au vote par défaut est devenu une règle qui se répète, que cette règle alimente un désintérêt des électeurs qui attendent autre chose de leur droit fondamental de citoyen éclairé ? Mesure-t-on les failles que ce système politique offre aux possibilités d'influence extérieures sur notre société ? ...
En résumé, n'est-il pas temps de prendre conscience qu'il y a bien une convergence de plusieurs facteurs au service d'un projet sournois non formalisé pour ne pas dire volontairement caché ? Quand le débat n'attire plus les électeurs, n'a-t-on pas créé une situation où il devient salutaire de forcer l'adhésion, ce qui légitime la dégradation de la qualité de l'information visible, ce qui légitime la récupération des idées populistes du voisin comme le font si bien la droite et Renaissance aujourd'hui en se positionnant sur le terrain privilégié de l'extrême droite ? Ce qui légitime le fait que faute de pouvoir proposer un projet satisfaisant pour les citoyens on passe son temps à décrédibiliser l'adversaire pour lui nuire au maximum et décourager son électorat à défaut de pouvoir le conquérir ; ce qui entraîne une déviance dans l'usage des sondages qui servent moins à mesurer les opinions qu'à les influencer. Ce qui à gauche de l'échiquier entraîne de la discorde au moment ou au contraire il faut rassembler, cette gauche forcément écologiste, solidaire et humaniste, qui sous le feu des critiques de la droite et de l'extrême droite ne perçoit pas suffisamment que cela les conduit trop souvent à se déchirer alors que leur union est la porte de sortie obligatoire de ce système. N'oublions pas que la division de la gauche recherchée par la droite et l'extrême droite a des effets suffisamment dévastateurs pour inviter la gauche à ne pas tomber dans ce piège.
L'heure est arrivée de mettre la priorité là où elle doit être pour sortir de la crise, c'est l'heure de se réunir autour de ce qui fait sens commun et qui répond aux attentes d'une majorité de citoyens en reprogrammant pour plus tard le travail à faire pour avancer ensemble sur les divergences au lieu de vouloir les traiter aujourd'hui en compromettant les chances d'union. Le flanc droit a bien compris, quand il attaque la gauche écologiste, solidaire et humaniste, ce n'est tant sur le projet de société qu'elle peut proposer que se focalisent les attaques car il serait sans doute trop risqué pour lui de porter les débats sur ce sujet, pourtant fondamental, au risque de le rendre attractif et séduisant pour les électeurs. Les attaques subies par la gauche se font trop souvent sur les thématiques du terrain de la droite dure et de l'extrême droite, ces attaques évitent souvent le projet et visent davantage les personnalités clivantes sachant que cela permettra de forcer la division et d'éviter ainsi un rassemblement démocratique crédible qui serait pourtant une belle porte de sortie.
Pour conclure :
L'enjeu actuel est bien de choisir entre une société autoritaire et répressive au service d'une élite privilégiée et une société écologiste, solidaire et humaniste. C'est à ce niveau-là qu'on devrait porter les débats et c'est sur ce terrain-là qu'on aimerait voir les médias s'investir. En clair... et si on se recentrait sur les sens des mots LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ pour se projeter dans un espoir de société qui fait sens et qui mobilise ?