Les oubliés italiens

Bien que récemment touchée par un séisme ayant fait plus de 290 morts, l'Italie reste une destination privilégiée des français pouvant encore se permettre des vacances. Plusieurs ont en tête une image d’Épinal de ce pays, liée à son histoire, à sa culture et à la richesse du nord industrialisé de l'Italie. Pourtant, cela n'est pas la norme à travers tout le pays.

Si je vous demande quel est la région la plus pauvre d'Italie, beaucoup me répondraient la Campanie où se trouve la ville de Naples mais en réalité la région la plus pauvre est la Calabre. Et si maintenant je vous demandais la région la plus pauvre d'Europe occidentale ? Toujours la Calabre ! En effet, la région la plus au sud de la péninsule italienne possède le plus haut taux de pauvreté ainsi que le plus haut taux de chômage d'Italie. Cela est d'autant plus étonnant que son patrimoine historique et naturel est exceptionnel avec plusieurs centaines de sites archéologiques et de parcs naturels protégés.

En juillet 2016, selon l'Institut national de statistique italien, 28,2% des calabrais (habitant de la région de Calabre) soit plus d'¼ de la population vit dans un état de pauvreté absolue. Cela signifie qu'ils n'ont peu ou pas accès aux ressources primaires comme l'eau, la nourriture ou le logement et c'est donc presque autant qu'en Inde ou dans la plupart des pays du Tiers-Monde. Au niveau européen, la Calabre n'est dépassée que par certaines régions d'Europe de l'Ouest (notamment les régions pauvres de la Roumanie et de la Bulgarie).

L'étude de ce phénomène social porte un nom : la Question méridionale. Ce terme est utilisé dès 1873 ce qui montre l'ancienneté du problème et le retard économique des régions du sud de l'Italie par rapport au nord du pays. Aujourd'hui le problème reste encore une des difficultés majeures auxquelles doivent faire face les hommes politiques italiens.

Au niveau du chômage, la situation est encore pire. Ainsi, 65,1% des jeunes calabrais âgés de 15 à 24 ans étaient au chômage ce qui en fait la troisième région avec le plus haut taux de chômage des jeunes de l'Union européenne (seulement après les enclaves espagnoles au Maroc de Ceuta et de Melilla) et donc la première de toute l'Europe continentale. Il est à noter que la moyenne européenne, toujours pour les jeunes, est de 17% soit près de 48 points d'écart. En 2015, la Calabre avait un taux de chômage général qui s'élevait quant à lui à 23,4% de la population, c'est-à-dire le plus haut d'Italie et deux fois plus que celui français.

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