Etat de l'e-réputation en mars 2016

Après plusieurs mois de batailles légales entre UE et Google, le dernier arrangement en date étend le droit à l'oubli à Google.com pour les internautes européens.

Alors que le premier trimestre 2016 touche à sa fin, la situation du droit à l'oubli semble s'être stabilisée après plusieurs années de remous et d'incertitudes.

La dernière nouvelle en date, qui n'a pas tant fait parler d'elle, demeure toutefois importante. Ainsi, le 11 février, selon une source - anonyme, ironie du sort - citée dans le New York Times, Google a en effet confirmé que les internautes situés en Europe ne verraient plus les liens supprimés suite à une demande de droit à l'oubli sur la version internationale de Google, soit Google.com, et ce dès mars 2016. Le nouveau filtrage est donc actif à l'heure où nous écrivons ces lignes.

Pour rappel, jusqu'à présent, un internaute invoquant le droit à l'oubli et obtenant gain de cause voyait le résultat incriminé disparaître des versions européennes du moteur de recherche (Google.fr pour la France) pour tous les internautes. Ce dernier était toutefois toujours visible sur Google.com. La différence de cette dernière mise à jour est plus subtile qu'il n'y paraît: Google n'a pas effectivement supprimé les liens de Google.com de la même manière que pour les autres versions du moteur, mais uniquement pour les internautes situés en Europe. Il s'agit donc de l'ajout d'une couche de géolocalisation dans le filtrage du droit à l'oubli, ce qui représente une nouveauté dans la gestion de cette problématique par Google. Son implémentation exacte reste très floue, Google ayant encore à communiquer plus précisément à ce sujet. Des tests sont en cours pour vérifier l'avancement de cette nouvelle mesure.

Cette demi-mesure pourrait satisfaire temporairement ses partenaires européens. Toujours est-il que ce blocage géolocalisé ajoute encore un niveau de personnalisation aux résultats de recherche de Google, qui n'en finit plus de brouiller les cartes pour les utilisateurs, pour lesquels il devient de plus en plus difficile d'obtenir des résultats "objectifs" entre plusieurs postes (desktop ou mobile), personnes (personnalisation selon données personnelles ou recherche précédentes) et localisations (version du moteur, localisation de l'internaute).

Google a en effet tout intérêt à devenir un tel casse-tête pour les "manipulateurs" de l'information en tout genre, qu'il s'agisse des agences de communication ou de référencement. Reste que la pertinence de l'information n'est pas forcément au rendez-vous, en emprisonnant les internautes dans une sorte de "feedback loop" qui ne bouscule jamais leurs convictions, en ne leur proposant jamais des résultats allant à l'encontre de leurs idées ou habitudes. En dehors de résultats strictement publicitaires, cela va sans dire - mais c'est un autre débat...

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