Deux ou trois choses que je sais de l'Inspection du Travail (3/5) La règlementation est tr

La règlementation est trop contraignante, (et je vais vous le prouver avec quelques contre-exemples... )

à 32'24, F. Asselin se lance dans un monologue un peu illuminé : "un exemple, aujourd'hui, de la façon de laquelle nous sommes enfermés dans un carcan, aujourd'hui, quand un charpentier qui a son CAP, qui a son Brevet Professionnel vient postuler à la porte de l'entreprise, il est inemployable à cause de la règlementation, c'est à dire que, avant que je puisse le mettre en activité sur un chantier, il faut que je lui fasse une formation de travaux en hauteur; si jamais il touche un tube d'échafaudage, il faut que je lui fasse une formation pour monter l'échafaudage... il travaille dans un milieu empoussiéré, donc je lui fais une formation sur le travail dans un milieu empoussiéré ; maintenant, il y a l'habilitation amiante, si jamais il travaille à moins d'un mètre d'une prise électrique, y'a l'habilitation électrique, donc, il faudrait, si vous voulez, que j'arrête la personne, sinon toute l'entreprise pendant quinze jours ou trois semaines..."

(Intervention pertinente de la journaliste : "c'est trop lourd..." Raaah, encore ce satané Dalloz!)

F. Asselin : "je ne suis pas contre le fait de protéger nos salariés, mais est-ce qu'on ne pourrait pas avoir des actions cohérentes, s'il vous plaît?"

Un peu de cohérence ? Volontiers ! Reprenons :

…avant que je puisse le mettre en activité sur un chantier, il faut que je lui fasse une formation de travaux en hauteur;

Ben oui… s’il travaille à proximité constante d’un risque de chute de hauteur, il doit être formé à s’en protéger… C’est si incroyable que ça ?

Ca ne signifie en aucun cas recevoir une formation de cordiste, mais au minimum se voir expliquer les règles (pas forcément par un organisme extérieur, la formation, ou information peut être faite par des salariés de l’entreprise) : ne pas intervenir s’il n’y a pas de protection, comment doit se présenter une protection efficace (non, un filet en guirlande posé sur quelques potelets branlants ne constitue pas une protection fixe, rigide pouvant arrêter la chute d’un corps !). Et s’il doit utiliser un harnais pour se protéger, eh bien il faut le former, non seulement à le mettre correctement, mais surtout où et comment l’ancrer en sécurité, et pour ça, il doit recevoir une information.

Qu’est-ce que ça a d’extraordinaire ? En fait, la loi impose ça pour une raison très simple : les gens tombent. Et ils se blessent gravement. Parfois, même, ils meurent.

Il y a eu 144 morts et 8056 incapacités (c'est-à-dire handicap plus ou moins lourd) dans le secteur du bâtiment en 2011, dont trois morts et 662 incapacités permanentes dans une activité liée à la menuiserie :

(http://www.risquesprofessionnels.ameli.fr/fileadmin/user_upload/document_PDF_a_telecharger/etudes_statistiques/AT2011/AT%20Tableau%20sinistralit%C3%A9%202011%20par%20CTN%20et%20code%20%28n-2012-133%29.pdf

Ca ne justifie-t-il pas une obligation de formation et d’information sur les risques? Serait-ce la preuve que tout va bien et que les moyens sont mis ? Il vous suffit d’aller jeter un œil sur un petit chantier pour voir que non : on trouve encore souvent une paire de bastaings jetés en travers d’une structure métallique branlante, posée sur des amas de n’importe quoi et ancrée à la paroi avec des bouts de cordes hors d’âge…

C’est d’ailleurs l’objet de la suite : «  si jamais il touche un tube d'échafaudage, il faut que je lui fasse une formation pour monter l'échafaudage... »

Foutaise, pure foutaise : il faut une formation de monteur en échafaudage pour… monter un échafaudage, et ce pour les raisons exposées à l’instant : c’est pas des légo©, il s’agit de plateformes de travail sur lesquelles des gens vont… travailler, c'est-à-dire faire des efforts, porter des charges, manipuler des objets encombrants, et lourds, et dangereux… celui qui construit la structure doit savoir ce qu’il fait.

 Pour monter à l’échafaudage, en revanche, pas besoin d’une formation de monteur d’échafaudage, la formation (ou l’information, puis que c’est suffisant) travaux en hauteur suffit.

«  il travaille dans un milieu empoussiéré, donc je lui fais une formation sur le travail dans un milieu empoussiéré »

C’est faux. Il n’existe pas de formation particulière pour le travail en milieu empoussiéré (excepté pour l’amiante, on verra ça plus bas).

La question des poussières de bois est pourtant très sensible, ce sont des CMR (Cancérogènes, mutagènes et repro-toxiques), l’inhalation de poussières fines de bois provoque toutes sortes d’affections pas du tout rigolotes (cancer des sinus, de la gorge etc… ), encore aggravés par la présence de toutes sortes de colles et vernis. Ce dont parle monsieur Asselin ici relève en fait de l’obligation générale de formation : le salarié doit porter des EPI (équipements de protection individuelle : masques, lunettes, gants etc…) et il y a une information obligatoire à donner sur l’entretien, le stockage, et le port des EPI : non, le masque ne protège pas lorsqu’il est porté sur le front, il faut le ranger ailleurs que dans un local pollué par l’élément dont il est censé protéger (si, si, j’insiste, vous n’imaginez pas le nombre de masques bien rangés dans les armoires à produits chimiques, avec plein de produit ou de poussière à l’intérieur du masque…), il faut savoir utiliser les différents types de cartouches etc…

 «  maintenant, il y a l'habilitation amiante, »

Ben oui… ça peut paraître bizarre de vouloir que les salariés soient protégés de ce fléau qui tuera 100 000 travailleurs d’ici 2030, mais c’est comme ça… Les métiers les plus exposés aujourd’hui ? Les plombiers et les électriciens, carreleurs etc…  tous ceux qui interviennent en rénovation, qui viennent percer le carrelage de votre salle de bain sans savoir (par exemple) que celui-ci est collé avec une colle à très forte teneur en amiante, alors il y va avec sa perceuse, s’en colle plus dans le pif qu’il n’y a de coke dans celui d’Al Pacino et en met plus dans votre appart qu’il ne reste de neige sur le Mont-Blanc… Eh oui, c’est comme ça que ça se passe.

Dans le cas de monsieur Asselin, oui, ses salariés doivent être formés au moins à reconnaître des ardoises ou bardages amiantés, ses chefs de chantier doivent savoir ce qu’est un DTA (diagnostic technique amiante) et savoir quand il faut demander des tests, afin de ne pas provoquer des expositions très importantes (jusqu’à des niveaux supérieurs à 25000 fibres par litre dans certains cas !). Il ne s’agit en aucun cas d’une (longue et complexe) formation de désamianteur, juste de les former à savoir quels documents ils doivent avoir avant de commencer, et surtout, quand ne pas commencer.

« si jamais il travaille à moins d'un mètre d'une prise électrique, y'a l'habilitation électrique, »

Foutaise encore une fois ! L’habilitation électrique, c’est pour intervenir sur les circuits et tableaux électriques, personne ne demande d’habilitation pour utiliser (et encore moins s’approcher !) d’une prise électrique, jamais !

 « donc, il faudrait, si vous voulez, que j'arrête la personne, sinon toute l'entreprise pendant quinze jours ou trois semaines..."

Ben non. Quelques heures d’info sur les chutes de hauteur, les EPI, l’amiante pour un nouveau salarié qui arrive, ça ne fait pas fermer la boite pendant trois semaines, non, jamais. Après une longue suite d’exemples ineptes, on arrive à une conclusion tout simplement mensongère.

 

 

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