Je me dis chrétien et je ne mens pas. Je suis ultra-libéral, et de surcroît je suis puritain. Ou presbytérien comme oncle Reagan, ou méthodiste comme tante Thatcher, si vous préférez. Alors, bien sûr, je continuerai de me dire catholique, mais nous devons être modernes et efficaces. La Réforme est nécessaire pour que chacun devienne enfin responsable. Soyez productifs et renoncez aux petits traîtements de vos petits bobos, ou payez-les vous mêmes. C'est plus valorisant.
Acceptez-le : si la fin du mois est dure, c’est de votre faute. Vous devez comprendre que le salut ne viendra que par un sacrifice incessant, que chaque heure non productive est un pêché, voire un suicide. N’attendez rien de l’État sinon l’ascèse. Purifié de ses dépenses, il sera beau, léger, sublimé, et pourra enfin se consacrer à la seule tâche qu’on lui réclame : vous surveiller et taper sur ceux qui viendraient troubler cette harmonie délicieuse.
Selon Mélenchon, ce serait un coup d'état social. Il se trompe. Le Ciel nous en serait reconnaissant.
Pour ceux auxquels la vie n'offre point d'autre chance, travailler loyalement, fût-ce pour de bas salaires, plait infiniment à Dieu. (…) Le puritain voulait être un homme besogneux - et nous sommes forcés de l'être. Car lorsque l'ascétisme se trouva transféré de la cellule des moines dans la vie professionnelle et qu'il commença à dominer la moralité séculière, ce fut pour participer à l'édification du cosmos prodigieux de l'ordre économique moderne. Ordre lié aux conditions techniques et économiques de la production mécanique et machiniste qui détermine, avec une force irrésistible, le style de vie de l'ensemble des individus nés dans ce mécanisme. Peut-être le déterminera-t-il jusqu'à ce que la dernière tonne de carburant fossile ait achevé de se consumer.
Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1904-1905.