Pouvoir toute chose sur soi ? L’idée est presque une provocation. Allez dire à un passant qu’il est maître de soi dans ce monde globalisé, abruti par l’industrie culturelle et médiatique, ravagé par le travail précaire, les haines raciales, le culte de la consommation. Vous serez bien reçu(e).
Pour ne pas tous devenir fous, ou du moins vivre notre époque avec relativisme, nous pourrions nous résigner et accepter de ne jamais être libres. C’est d’ailleurs ce que nous faisons chaque jour. Mais voilà, ça ne marche pas. On est de plus en plus fous, pauvres, humiliés, racistes, paranoïaques, incultes, frustrés et dangereux.
On se répand dans des débats stupides pendant que nos contrats de travail sont transformés en coupons. Nos enfants sont éduqués par des enseignants prolétarisés, nos anciens restent cloîtrés chez eux de peur d’entamer leurs minuscules retraites et nos chômeurs se disent chaque jour que c’est impossible, que le temps passe, que c’est trop tard.
La France déprime et attend la catastrophe. Qu’elle soit bancaire, martiale, climatique ou sanitaire ne changera pas grand chose le moment venu.
S’il nous reste un soupçon d’instinct de survie, il faut essayer de changer de cap, refuser d’être des esclaves modernes et reprendre le pouvoir sur nous-mêmes. Chacun aura ses sympathies et ses opinions, mais personne ne veut se voir privé d’éducation, de soins médicaux, de travail, d’espoir et de dignité.
Aucun citoyen ne s’en sortira sans revendiquer ses droits, et la république elle-même ne sera plus qu’un souvenir si elle ne s’adresse pas au reste du monde pour proposer une autre voie. Et il ne suffira pas de vouloir “autre chose” sans en détailler la composition.
C’est pourquoi nous sommes nombreux à soutenir La France Insoumise et son porte-parole Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas une démarche de groupies en pâmoison devant un gourou, mais un choix raisonné : la clarté programmatique est aujourd’hui indispensable face aux alternatives ambiguës. Reprendre le pouvoir sur soi, c’est refuser le libéralisme en proposant un plan. C’est aussi refuser la social-démocratie, la gauche dite de gouvernement, celle qui a tant trahi et qui s’est soumise dès le début aux happy few qui nous pillent.
La France sera-t-elle insoumise la prochaine fois que l’Union Européenne lui imposera de détruire ce qu’il lui reste de libre, d’égalitaire et de fraternel ? Chaque citoyen a le droit de l’espérer, et d’utiliser la présidentielle pour exiger une constituante. Autrement, nous voterons tous les cinq ans pour que rien ne change en attendant la catastrophe.
Montaigne poursuit : En un temps ordinaire et tranquille, on se prepare à des accidens moderez et communs ; mais en cette confusion où nous sommes dépuis trente ans, tout homme françois, soit en particulier soit en general, se voit à chaque heure sur le point de l’entier renversement de sa fortune. D’autant faut-il tenir son courage fourny de provisions plus fortes et vigoureuses.