Réforme des retraites: un combat pour une autre société!

Le mouvement social de lutte contre la réforme des retraites défend le projet d’une autre société, une société solidaire qui s’oppose à l’individualisme néolibéral. Il s’agit aujourd’hui d’inventer des formes d’émancipation par l’agir collectif, condition indispensable pour briser l’atomisation de nos vies et de nos engagements: l’urgence est de faire société!

Le mouvement social de lutte contre l’actuel projet de réforme des retraites défend un projet de société. C’est la projection pour l’avenir d’une autre société, une société solidaire qui s’oppose à l’antisociété individualiste programmée par l’idéologie et les politiques néolibérales qui dominent le monde globalisé en soumettant cultures et sociétés aux diktats des marchés, des bourses et des fonds de pension.

Dans le sillage de la révolte populaire des Gilets jaunes, cette lutte de l’hiver 2019-2020 dépasse en durée et en intensité les luttes précédentes, en radicalisant leur modalité d’action : la grève reconductible est décidée en assemblée générale par une base autonome remontée contre les calculs et les réticences de nombreuses directions syndicales. L’âpreté de la lutte conduite jour après jour par les salariés de la SNCF et de la RATP et suivie par de nombreuses catégories socioprofessionnelles lors des journées de mobilisation interprofessionnelles manifeste non seulement la réalité de la souffrance au travail, souvent liée à des conditions de travail dégradées, mais encore l’appréhension fondée de la précarité pendant la retraite.

C’est ce que semblent ignorer politiciens, journalistes et commentateurs de la vie publique qui dénoncent à tout bout de champ la grève des transports. Comme si une grève n’avait pas pour fonction de bloquer l’économie par une cessation du travail ! Comme si le courage n’était pas du côté des grévistes déterminés qui font le sacrifice d’une part significative de leur salaire ! Au lieu de fustiger un des derniers bastions de résistance sociale en y voyant le refus de l’incontournable modernisation de ce pays arriéré que serait la France, ils feraient mieux de regarder de l’autre côté du Rhin, en Allemagne où le départ à la retraite se fait à 67 ans (sans taux plein) : dans ce pays présenté comme un modèle à suivre, le système de la retraite à points a produit une précarisation des retraités modestes qui les condamne à vivre au-dessous du seuil de pauvreté. C’est cette injustice criante que programme le projet prétendument juste et solidaire d’un système de calcul des retraites dont le point d’indice serait désormais soumis à l’arbitrage de Bercy, sous couvert d’être décidé au Parlement aux dépens du paritarisme.

Le gouvernement se targue d’un mandat impératif que les urnes auraient donné en 2017 à un président, pourtant très mal élu avec un quart des votants au premier tour, alors même qu’aucun engagement de campagne ne portait sur la mise en place d’un âge pivot. Oubliant par ailleurs toutes ses obligations, comme s’attaquer au problème majeur de la crise écologique et de la catastrophe climatique, le gouvernement porte seul la responsabilité du blocage du pays, qui a pour effet d’accroître la pollution atmosphérique due aux transports routiers. Son intransigeance divise la société française dans l’objectif d’en finir avec tout mouvement social. En refusant aux grévistes ce qu’il accorde aux autres (policiers, personnels de l’aviation civile, routiers, etc.), le gouvernement cherche à les désespérer pour mieux les dissuader de continuer la lutte à présent et de la reprendre à l’avenir. Tout en reconnaissant, en toute contradiction, le leurre d’un régime général universel face à la diversité des conditions de travail, il table sur l’essoufflement de la mobilisation et annonce le passage en force au Parlement au lieu d’entamer de véritables négociations avec les partenaires sociaux.

Une autre réforme est possible qui rende justice à cette exigence sociale élémentaire du monde du travail : non pas simplement gagner sa vie de manière décente, mais, en échange du travail fourni, profiter de la vie, avant et pendant la retraite. Comme les syndicats de travailleurs le soutiennent, il est possible d’améliorer le système actuel de répartition en revenant sur les anciennes réformes et en renouvelant le paritarisme au lieu de le détruire au profit d’un parlement aux ordres du gouvernement du président. En ce sens, l’École critique de Strasbourg pour l’émancipation appelle à participer aux journées nationales de grève et de mobilisation des 9, 10 et 11 janvier et à amplifier le mouvement aussi longtemps que le projet de réforme des retraites ne sera pas retiré ! Mais il faut aller plus loin et s’engager dans le sens d’autres réformes, bien plus profondes (écologie, salariat, propriété…), pour fonder une nouvelle société. Il s’agit d’inventer des formes d’émancipation et de luttes par l’agir collectif, condition indispensable pour briser l’isolement et l’atomisation de nos vies et de nos engagements : non seulement occuper, mais sur-occuper nos lieux de travail, déplacer les lignes... L’urgence est de faire société !

Blog de l'ECSE : http://ecsemancipation.com

Manifestation du 10-12-19 à Strasbourg © ECSE Manifestation du 10-12-19 à Strasbourg © ECSE

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