Workshop / Livre d’artiste proposé par Myriam Barchechat

Qu’est ce qu’un livre ? Et encore plus : qu’est ce qu’un livre d’artiste ? Pourquoi et comment fait-on un livre d’artiste ?

Qu’est ce qu’un livre ? Et encore plus : qu’est ce qu’un livre d’artiste ? Pourquoi et comment fait-on un livre d’artiste ?

Ce sont ces questions qui ont été soulevées dans le cadre de l'atelier mené avec les étudiants de 3e année de l'Esa – Dunkerque.

Il s'est agi, d’une part de les faire s’interroger sur les implications du support «livre», d’autre part de les confronter directement à ce qui jalonnera très certainement leur parcours d’artiste : la fabrication du catalogue d’exposition.

Tout «livre» est un contenant, le «livre d'artiste» est une œuvre, un objet qui se contient lui-même.`

 

Le graphiste dessine, met en page, donne forme à un propos qui n’est pas le sien. Il réalise une lecture de l’œuvre d’un autre. Lorsque l’artiste «fait» un livre, il ne met pas en page l’œuvre d’autrui, ni même la sienne, il produit une pièce. Les deux approches peuvent se croiser, notamment lors d’une collaboration entre un artiste et un graphiste pour la production d’un catalogue qui aurait pour ambition de faire sens autrement que par le simple agencement de reproductions, de textes descriptifs ou critiques. Parfois artiste et graphiste produisent à quatre mains un objet particulier, qui prend la forme du livre, et devient ce qu'on appelle «livre d’artiste». Le parti pris qu'ils affirment par le choix de la collaboration, c'est l'indissociabilité du design (donc de la forme) et de l'objet lui-même.

 

 © Christelle Poupé © Christelle Poupé

En préalable à ce workshop, j'ai demandé aux étudiants de constituer un corpus d’images, de textes, relatif au travail qu’ils mènent dans le cadre de leur formation à Dunkerque. Pour la plupart, ces étudiants abordaient le livre et ses problématiques pour la première fois : un des principaux enjeux a été de les disposer à porter un regard renouvelé sur les pièces du corpus qu’ils avaient constitué, afin qu’ils se détachent de leur simple représentation, qu’ils la dépassent afin de proposer une lecture révélant leur démarche artistique.

Il leur a fallu réfléchir à la nature de ces matériaux et à la possibilité de leur donner une intention et une signification qu'ils n'avaient pas au départ, pour penser un objet éditorial qui soit une œuvre en soit.

Plusieurs axes étaient possibles pour la conception des livres :

 

 © Laura Dannoot © Laura Dannoot

— À partir des photographies de leurs travaux, en ne considérant que leur réalité immédiate – les images photographiques qu'elles constituent –, ils pouvaient soit les mettre en relation avec d'autres matériaux, soit les retravailler par la découpe ou le collage pour en proposer une nouvelle interprétation. Dans les deux cas, c'est bien l'articulation et l'agencement de ces matériaux qui permettait de construire un propos.

 

— La deuxième option était de se servir uniquement de matériaux dont ils n'étaient pas l'auteur, et de les structurer de façon à donner à voir les sources et le processus de leur travail d'artiste, l'objet éditorial devenant une clef pour appréhender leur démarche.

 

— Enfin, il leur était également proposé d'envisager l'objet comme un nouveau support : il s'est agi alors de s'emparer des codes et attributs du livre (format, reproductibilité, succession de pages, typographie, etc.) pour y développer des problématiques déjà abordées sur d'autres supports et de produire une pièce reproductible – un «multiple» – pouvant s'intégrer à leur travail, au même titre que les «pièces uniques» qu'ils réalisaient jusqu'ici.

 © Quentin Bariseau © Quentin Bariseau
 

Pendant ces trois jours de workshop, les étudiants se sont confrontés à la question de la représentation de l’œuvre d’art, et à la notion d’auteur.

Ils ont pensé a priori réaliser un portfolio, ils ont finalement réalisé ce qui s’avère être une véritable extension de leur travail.

Le processus amorcé pendant l'atelier mérite évidemment d'être développé. Les étudiants seront également amenés à s'interroger, au-delà de la forme du livre d'artiste, aux questions que celui-ci soulève en terme de support et de diffusion.

En dehors du circuit habituel de l'art, les œuvres-médias (livres d'artistes, mail-art, tracts, fanzines, disques, etc...) s'infiltrent dans la société au même titre qu'elles s'emparent de ses modes de diffusion, de fabrication, de coopérations. Par la reproduction, l'auteur livre son projet à autant d'interprétations que d'exemplaires distribués, outrepassant le schéma traditionnel  – exposition / médiation / public – et fait de chacun d'entre nous un collectionneur potentiel.

 

 © Thomas Vinck © Thomas Vinck

 

 

 

 

 

 Myriam Barchechat

Designer graphique, diplômée de l'École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris.

 

Invitation d’Albert Clermont et Nicolas Cabos

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