«Les cannibales n’ont pas de cimetière» *

Et si, au lieu de parler des écoles d’art, on revenait à ce qui les fonde: l’art lui-même. Pour celà, parlons de ce qui lui est extérieur et dont il se nourrit. Je n’ai jamais cru à l’autonomie de l’oeuvre d’art, sauf comme  l’un des grands mythes modernistes. Un exemple particulièrement actuel: les relations Art et Science, semble aujourd’hui occuper une place importante dans  les réfléxions sur l’art (et dans les écoles d’art).

Et si, au lieu de parler des écoles d’art, on revenait à ce qui les fonde: l’art lui-même. Pour celà, parlons de ce qui lui est extérieur et dont il se nourrit. Je n’ai jamais cru à l’autonomie de l’oeuvre d’art, sauf comme  l’un des grands mythes modernistes. Un exemple particulièrement actuel: les relations Art et Science, semble aujourd’hui occuper une place importante dans  les réfléxions sur l’art (et dans les écoles d’art).

On pense souvent ces relations dans un seul sens: en quoi l’art se référe-t-il ou empreinte-t-il des modes de pensée et des modes de production à la science? Mais qu’en est-il du mouvement inverse?

Certes l’art a beaucoup utilisé la métaphore du laboratoire et de l’expérience, mais les sciences n’ont-elles pas aussi voulu eriger leurs découvertes en oeuvre d’art et n’ont-elles pas désiré , à maintes reprises, esthétiser leur pensée?

Un petit texte d’Erwin Panofsky, intitulé “Galilée, critique d’art”, nous apprend beaucoup sur cette question. Il montre, en effet, comment Galilée, pour des raisons esthétiques et symboliques, a laissé de coté les découvertes de Kepler sur les orbites éliptiques des planetes. Pensant profondément que le cercle constituait la forme parfaite, il ne put admettre que ce dernier ne soit qu’un cas particulier du modèle de l’élipse.

Galilée, Dialogus de systemate mundi, Galilée, Dialogus de systemate mundi,

 











Que pourrions nous penser aujourd’hui de cette relation Art-Science?

Il est certain, que la remise en cause des categories disciplinaires déplacent quelque peu la question.

D’une part, la domination accélérée des technologies amène souvent les scientifiques à faire fusionner les deux domaines, d’autre part, et surtout, l’art, qui dans les années 70, s’aventurait hors de “son domaine de competence” (Rosalind Krauss), tend aujourd’hui à se fondre dans la notion quelque peu vague de “produit culturel”.

En effet, les emprunts d’un champ artistique a un autre, qui ont pu, dans le passé, etre un vecteur pour l’analyse critique, ne correspondent plus aux mêmes interrogations. On assiste à une sorte de porosité des pratiques (art/design/mode/litterature…) qui les définit désormais plutôt comme des “motifs” d’une production généralisée orientée vers “ce qui fait événement”. Le dit “événement” devenant le produit de base de l’activité artistique quel que soit son domaine.

 

Première et deuxième loi de Kepler Première et deuxième loi de Kepler




Ce dernier point ne me gène pas vraiment (toujours parce que je ne crois pas à l’autonomie de l’art) et parce que je pense, avec beaucoup d’autres, qu’en matière de culture, il est bien plus creatif de laisser passer le flux que de “faire masse”. Cette métaphore électrique, en forme de credo eccléctique fait directement allusion à mon goût pour l’ailleurs, les autres cultures, dont le peu que j’ai pu connaitre aujourd’hui, m’a beaucoup derangée, certes, mais surtout beaucoup enrichie.

 

Pas de tour d’ivoire donc, ni pour l’art, ni pour la science, mais quelle forme celà prend-il?

 

Passerait-on de l’usage de l’outil à celle de l’arme de jet (Gilles Deleuze, Mille Plateaux, traité de nomadologie) ?

Questions de territoire.

 

 


Catherine Delvigne

Enseignante en Histoire de l'art

Ecole supérieure d'art du Nord Pas de Calais Dunkerque-Tourcoing

 

*citation de Marcel Mariën

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