Villes entre image et icône dans la photographie de Mimmo Jodice*

 […] Je marchais au hasard, et la solitude de mon errance était pleine d'attention […][1] dit Duane Michals, qui, pour Michel Foucault, avait entrepris d'annuler la fonction oculaire de la photographie. Mimmo Jodice - artiste photographe - réalise, sous le même signe, des portraits du paysage, urbain, humain, de la nature, lui aussi en solitude et avec sa capacité attentive de créer des visions bien au-delà de l'image photographique. Jodice crée des icônes, écrans du sensible, narrations "silencieuses" et fulgurantes  à la manière des poètes épiques de l'antiquité classique. Ses villes dénoncent leur perte d'identité tout en affirmant leur existence comme point de fragilité et de faiblesse d'une culture défaillante. Au fond, ses portraits sont des "ouvertures" sur un monde onirique violent et plein d'effroi mais atteignant la beauté chthonienne des divinités païennes. Une "Beauté qui atteint à la splendeur, en éveille l'écho en nous… car les dieux ont permis à l'homme de connaître la beauté […][2]

Mimmo Jodice est l’un des artistes photographes les plus éminents de notre époque, il est né à Naples en 1934 et il commence son parcours en photographie dans les années soixante. Artiste conceptuel, il travaille avec les artistes de l’Arte Povera et de l’avant-garde internationale. Durant les années 1980, son registre change, l’artiste expérimente d’autres solutions plastiques. Son regard s’intériorise, les simulacres de l’antiquité classique reprennent vie sous l’œil chamanique de sa caméra. Naples devient le terrain privilégié de ses spéculations. Cette ville problématique, mystérieuse et « antique » offre à l’artiste l’occasion pour composer son Livre des Passages : d’une culture à l’autre, d’un temps révolu au temps de vie. A la recherche de l’identité narrative dont parlait Paul Ricoeur, Mimmo Jodice dialogue avec les Nymphes de Warburg, voile la réalité de présences diaphanes, explore l’invisible, met en discussion l’icône pour donner au visible la sacralité de l’image.

Mimmo Jodice, entre autres, a exposé en 2011 au Louvre avec la série de portraits Les yeux du Louvre

 


[1] Duane Michals, ce que j'ai écrit=what i wrote, Delpire, 2008, p. 14.

[2] Idem, p.72

 

Maria G. Vitali-Volant

Bibliothécaire ESA / site de Dunkerque,

Italianiste. Chercheur Université du Littoral Côte d’Opale

 

* Article paru sur Archistorm N° 55 juillet-août 2012

Villes entre image et icône dans la photographie de Mimmo Jodice

 

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