Pourquoi j'ai décidé de parrainer une école d'art, par Sapho

J'ai décidé de parrainer une école d'art. Je veux dire ici pourquoi.

J'ai décidé de parrainer une école d'art. Je veux dire ici pourquoi.

J'ai toujours cru en cette idée que l'intelligence n'est rien si elle n'engendre pas des formes. J'ai toujours cru en cette idée qu'une forme n'est rien quand elle n'est pas recours à l'autre, recours pour l'autre.

Ma vie, c'est des formes pour l'autre.

Les formes que j'ai engendrées, je les ai toujours voulues fondées en l'autre, pour l'autre.

Je suis fille de la rencontre, d'une curieuse intelligence curieuse qui fait forme pour la rencontre.

Et cette époque-ci où j'engendre mes formes, mes petites formes pour la rencontre avant, après la mer, je n'y rencontre guère que des frères errants.

Ils trottinent d'île en île, d’isolat en isolat.

Cette époque-ci a tiré les tapis sous leurs pieds. Il y manque la révérence du temps à l'intelligence, aux formes, à ceux qui les chargent comme on charge un fétiche, le goût public de cet usage éperdu de la rencontre qui, sans doute, est la vraie vie.

Je vivrais mieux, moi qui engendre des formes par la rencontre, si le temps réaffirmait la primauté de l'apprentissage de cette belle aliénation du sujet dans des formes qui est la condition d'un commerce d'amour obstiné, d'un commerce qui passe la vie comme il passe le temps.

Je vivrais mieux, moi, la passeuse de forme entre les mers, à travers terre, s'ils croissaient et se multipliaient, ces refuges de l'enseignement du goût de la forme offerte, de l'enseignement d'un don de vie qui passe la vie dans la terrible beauté des formes, s'ils croissaient et se multipliaient, ces générateurs d'une dignité forcément révoltée, forcément amoureuse, forcément poétique, forcément promise au prochain, ces refuges, ces générateurs que sont les écoles d'art.

J'ai décidé, avec l'accord du sénateur Ivan Renar qui a tant fait en France pour la culture, à la demande de mon ami Ronan Prigent dit Tugny, de devenir marraine de l'école supérieure d'art du Nord-Pas-de-Calais Dunkerque-Tourcoing dont m’a séduit le goût du lien, le goût du large –et pas seulement oriental-, le goût du prochain.

C'est pour moi un geste politique, un geste de vie, un geste d'amour.

Et puis, comme en art, c'est un geste et c'est tout.

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