Entretien avec le Collectif Ekphrasis

Le COLLECTIF EKPHRASIS est un duo d’artistes récemment diplômés de l’ESÄ site de Dunkerque et lauréats de la résidence de création initiée par l’École d’Art du Calaisis. Une exposition de leur travaux, intitulée "De l'embryon à l'idéel" est présentée à l'École d'art du Calaisis - Le Concept du 25 janvier au 4 mars 2016.

 

Collectif Ekphrasis en résidence à l'École d'art du Calaisis - Le Concept © Le Concept Collectif Ekphrasis en résidence à l'École d'art du Calaisis - Le Concept © Le Concept

Interview réalisée par Frédérique Joly, chargée du suivi de la résidence.

 

F.J : La résidence est terminée. L’exposition de vos travaux approche. Que ressentez-vous aujourd’hui ?

 C.E : Nous sommes assez sereins, même si nous devons faire face à des imprévus pour l’exposition. Par le passé, nous avons déjà eu l’opportunité de nous adapter à notre environnement, qu’il soit structurel ou social. Ce n’est pas un problème pour nous mais plutôt un nouveau défi à relever.

 F.J : Une des choses qui m’a le plus impressionnée dans votre travail, c’est cette façon très naturelle de faire des allers-retours constant entre les images appartenant à l’histoire de l’art et vos images qui sont résolument contemporaines. Comment réalisez-vous cela ?

 C.E : Les images de l’histoire de l’art sont en réalité très actuelles. Elles nous parlent directement même si les contextes ont changé. Elles ne nous semblent pas si dépassées. Les émotions restent les mêmes, seuls les sujets à l’origine de ces émotions ont changé. Le cloisonnement ne nous intéresse pas. De même, on ne fait pas de peinture mais de la figure. Notre travail est fait de gestes très expressifs.

Puis quand nous avons une idée, nous lisons ce qui a pu être dit sur le sujet. Nous faisons sans cesse des liens, très naturellement entre nos idées, les lectures, les images dites plus anciennes et nos créations plastiques. Il existe un effet rhizomatique dans notre travail qui nous permet ensuite d’en détacher plusieurs branches.

 F.J : Vous êtes arrivés dans cette résidence avec un projet sur les migrants qui passent par Calais. Quels sont vos sentiments aujourd’hui quant à ce projet ? Votre regard sur Calais a-t-il changé à l’issu de cette résidence ?

 C.E : Nous avions en effet une vision particulière sur le sujet en arrivant. Puis nous nous sommes rendus au cimetière sud et là ce fut le choc ! Nous avions peur du mimétisme médiatique. Après ce que nous nommons le traumatisme du cimetière, il n’était plus question de réaliser des œuvres frontales, de faire « un safari macabre dans la jungle ». Nous avons préféré en parler autrement. De façon plus subtile ou détournée. Faire image implique toujours une certaine responsabilité. Cela peut être violent. Il nous fallait trouver les bonnes voies pour en parler à notre façon. Nous essayons de créer d’autres images. Sur la jungle, il en existe des milliers. Il nous semblait plus qu’évident de devoir en écrire d’autres, de donner à montrer aux regardeurs des images différentes.

 F.J : Cette résidence a-t-elle modifié votre façon de travailler ?

 C.E : Ici nous avons fait des choses vraiment nouvelles pour nous. Ces travaux vont encore évoluer. Même dans nos anciens travaux, il y a encore des choses qui seront modifiées. Pour nous, l’exposition ne représente par une finalité. Les choses bougent. Nous n’avons aucun problème à revenir sur nos vidéos, nos peintures, nos dessins. Le jour où l’on vendra une pièce, nous serons alors obligés d’accepter de ne plus revenir dessus. Cette résidence nous a permis aussi de nous affranchir de ce que nous avions appris en école d’art. Pour la première fois, nous étions complètement libres de travailler, sans recommandation particulière, avec juste à l’esprit cette idée de la recherche, qu’il faut creuser son idée pour ensuite produire une pièce intéressante. Puis cette résidence nous a permis de rencontrer des gens différents, de prendre connaissance de la réalité des contrats quand on est jeune artiste, de rencontrer des enseignants, des élèves. C’est très riche comme expérience.

 F.J : Avez-vous des projets suite à cette résidence création à l’école d’art du Calaisis ?

 C.E : Nous avons plusieurs projets en cours. Tout d’abord, nous aimerions réaliser une exposition dans une maison témoin afin de montrer et de travailler sur ces lieux complètement artificiels. Cette idée nous est venue à l’époque où nous travaillions sur le fait divers criminel. Nous sommes en train de prendre des contacts en espérant que cela puisse un jour se réaliser. Nous avons aussi répondu à un CLEA (Contrat Local d’Éducation Artistique) en Flandre intérieure et aussi du côté de Béthune. Nous avons également un projet avec la galerie Robespierre de Grande-Synthe.

 F.J : Qu’aimeriez-vous ajouter à propos de vos travaux plastiques ?

 C.E : Nous aimerions préciser la notion de lien qui existe dans notre travail entre l’écrit et l’image. En école d’art, durant nos études, les enseignants nous conseillaient d’éviter d’illustrer nos propos. Mais nous, cet aspect de notre travail nous le revendiquons. Chronologiquement, dans notre processus artistique, nous commençons le plus souvent par écrire. Nous écrivons avant de faire. Puis, ensuite, nous venons illustrer notre propos à travers des vidéos, des photographies, des dessins, etc. Ce qui est écrit noir sur blanc se retrouve en réalité ensuite en volume ou en dessin. Le terme d’illustration ne nous gène pas du tout alors qu’en école d’art, nous avions vraiment l’impression qu’il s’agissait d’un gros mot.

Par ailleurs, depuis quelques temps, nous nous rendons compte que c’est de plus en plus compliqué de réaliser plastiquement ce que l’on vient d’écrire. Peut-être que notre propos est mal circonscrit, ça nous amène alors à faire d’autres recherches, à aller plus loin jusqu’au moment où, à nouveau, nous pouvons réaliser un travail plastique.

La résidence permet aussi cela, d’aller plus loin dans notre travail artistique, de le faire évoluer dans de nouvelles directions.

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