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Billet de blog 12 janv. 2015

UNE FATWA POUR CHARLIE-HEBDO

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Sur demande et pour mémoire en ces temps de " déferlements démographiques " de Charlie...

Pour les 20 ans de sa formule, Charlie-Hebdo sort un album récapitulatif et une “pétition de soutien”. A Marseille, dédicaces et débat sur la presse satirique où son directeur est rattrapé par la polémique.
Officiellement ce samedi 6 octobre, l'Alcazar (Bibliothèque de Marseille) abrite une table ronde pour fêter la centième parution du Ravi, satirique local. Mais le responsable, Christian Laget, tient à excuser la venue de Charb, directeur de Charlie-Hebdo : “ceci n'est pas un débat sur les caricatures de Mahomet ou Charlie-Hebdo”.
On paie pour travailler
Pour fonder la bienvenue préventive de son hôte, l'animateur improvise un exorde dialectique dans le vif du sujet : “ à la fin d'un débat de l'association Anticor qui est très informée sur la vie de la cité, le constat fut sans appel : les journalistes ne font pas leur boulot et la profession est détestée par les Français”. Salariée de l'exsangue Marseillaise et membre de Presse Papier(collectif de pigistes), Marjolaine Dihl renchérit : “ Nous subissons trop de pressions psychologiques et économiques pour bien faire notre métier. Les pigistes sont sous-payés et vivent de “ménages” dans la communication”. kiosquière locale, Catherine Pietragala désigne le diffuseur historique dont l'impérium remonte à la libération et les jours se comptent au Tribunal de commerce : “ Presstalis (ex-NMPP) nous encombre de titres. Une fois, j'ai eu le malheur de vendre 8 exemplaires du Magazine Actuel. Depuis j'en reçois le double alors que j'en vends deux. Mon frère a cédé une maison pour sauver le kiosque qui ne le nourrit pas. Moi, j'ai déjà mangé ma trésorerie et je ne me paye pas depuis six mois. On paie pour travailler. Je vais porter plainte”.

Canard enragé
Le rédacteur en chef du Ravi, Michel Gairaud, n'avait plus qu'à déployer les ailes chétives de son canard enragé : “ c'est notre 9ème année dans une société qui communique plus qu'elle n'informe. Sans autre aide de l'état que le même tarif postal que Gala et Voici. On veut bien d'une publicité culturelle mais la publicité ne veut pas de nous. Alors nous nous sous-payons. Notre centième révèle aussi que le Groupe Hersant brade les quotidiens locaux. Même l'audiovisuel public régional subit le chaos général”. Pour signer le glas funèbre de la presse satirique, l'expertise de Charb fut requise : “l'avenir des journaux-papier est compromis. Leurs magnats financiers et industriels s'en foutent. La Une de Libération sur Bernard Arnault lui a coûté 800 000€ de publicité. Charlie appartient à ses salariés. En touchant cinquante centimes par exemplaire vendu, nous payons tout le monde. Sans recours à la publicité, nous sommes à l'équilibre. Mais on disparaîtra comme les autres. Soit : payés ou pas, on continuera à s'exprimer”. Verdict unanime : l'unique valeur sûre, c'est le lecteur !

Spectacle vivant
Charb eut juste le temps d'évoquer la pétition de soutien à son journal. Une paire d'indignés lui arrache la parole pour tempêter contre les caricatures de Mohamed. A tartufferie préméditée, échanges abscons : “je ne suis pas musulman, je suis pédé. Je trouve honteux que vous vous attaquiez aux pauvres minorités musulmanes”. Le dessinateur répondit sur le mode éditorial de son intraitable rédaction: “Moi, je n'ai rien contre les musulmans. Ils ne m'ont fait qu'un procès. Les Cathos et les fachos, quatre. Donc, je ne te dis pas d'aller te faire enc...ça va te faire plaisir”. La brigade du noble prophète fut d'une prouesse ésotérique : “chiche que tu m'enc...devant tout le monde pour faire de la vraie provocation”. A l'arrivée, cet autre djihad phallique n'aura pas ébranlé la table ronde. Le râle des plumes satiriques put pénétrer la salle réceptive. Pâle cliché de l'Alhambra, le palais du livre reprit de sa superbe légendaire. Sous le Roi-Soleil, l'église de la Congrégation du Saint Homme bon l'illuminait de ses “conversions turques”. Devenu auberge à la Révolution, l'Alcazar fut surtout un temple mythique du spectacle vivant...Avant de se réincarner en bibliothèque atypique.

Hirondelle bête et méchante
La séance de dédicaces au Café équitable fut moins lubrique. Croulant sous son cortège de colosses antiterroristes qui ont déjà déjoué deux menaces criminelles, le pacifiste Charb jure qu'il n'a “pas de problème avec les milliers de musulmans sympas qui l'inondent de lectures sur leur prophète”. Dans ce monde sevré d'idéal où la judiciarisation des passions condamne le clown au sérieux, tout muslim sincère lui doit une fatwa sertie de perles coraniques: “si les ignorants leur causent, ils disent : PAIX !”(XXV,63). “Riposte de la meilleure façon et ton ennemi devient un ami intime ”(XLI,34). “Il se peut que vous détestiez une bonne chose pour vous”(II,216). “Dieu fortifie cette religion par l'homme impie” atteste le prophète. Et si le seul crime de Charlie était de soumettre nos démocraties islamistes à “l'exception d'irresponsabilité” qui rend les libertés... responsables et publiques? Un genre d'épouvantail pour les fous de dieu qui volent aux hirondelles leurs printemps. Une hirondelle “bête et méchante”, ça existe ? Seul dieu sait !
Cheikh Touré
Article paru dans"Le Calame" du 24 octobre 2012
http://www.cridem.org/C_Info.php?article=635694 

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