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Billet de blog 24 mars 2015

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Peine de mort pour apostasie : " Nous sommes tous forgerons..."

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Célébrée pour son million de poètes et ses cités-livres érigées en patrimoine de l'humanité, la Mauritanie cumule les barbaries anachroniques : esclavage, purifications ethniques, putschs, ségrégations diverses ...Ultime dérive : la peine de mort pour blasphème et apostasie électroniques. Avant jugement en appel (??), il est urgent de raviver l'intelligence collective qui honore la civilisation humaine dans cet impitoyable désert.
Une nouvelle approche
L'histoire commence par une tribune sur un site électronique à l'intitulé sans équivoque : ''Laïcité, Religion politique et Critique de la Pensée religieuse'' dont la discussion porte sur le calvaire millénaire des forgerons dans la société maure. L’auteur l’introduit par cette sagesse universelle : " honorables forgerons, votre problème n'a aucun rapport avec la religion qui ne connait ni lignées ni castes ni forgerons ni maures qui en seraient chagrinés. Si vous dites vrai, votre problème peut tenir de ce qui s'appelle ''Religiosité''. Voici une nouvelle approche dont j'ai trouvé les défenseurs parmi les forgerons-mêmes...Bien. Revenons à la religion et la religiosité pour sonder la place des lignées et castes dans la religion''. Interrogatif plus que démonstratif, l'internaute remonte les sources canoniques avant de conclure : ''celui qui souffre doit être franc avec lui-même sur la cause de sa souffrance quelle que soit cette cause. Si la religion joue un rôle, disons-le très fort : la religion, ses hommes et ses livres jouent leur rôle dans toutes les affaires sociales : dans les problèmes des esclaves affranchis et des forgerons et des griots qui demeurent silencieux même si la religion affirme que leurs nourriture, boisson et travail sont illicites...'' Traqué par les foules fanatisées, l'auteur échappe au lynchage pour croupir en prison. Sa tête mise à prix, il publie une seconde tribune pour réaffirmer sa foi et son amour pour le prophète en dénonçant ''l'exégèse complotiste prisée par les religieux : judaïsation, excommunication, dédain de tout ce qui est ''forgeron''. En dépit de son repentir abrogatif en droit (Article 306), la justice le condamne à la peine capitale. Isolé dans sa cellule avec la mort pour ange-gardien, ses parents le renient et le divorcent de son épouse.
Tendancieuse collection orthodoxe
Avant d'évoquer les bribes de texte qui servirent de prétexte pour enflammer le contexte, il faut relever que l'auteur anticipe tout malentendu : ''avant de poursuivre, je veux préciser dans notre discussion-ci sur le prophète que nous nous référons à ce qui s'appelle ''le sens commun'': le prophète étant lui-même infaillible''. En effet, il évoque des situations dont la lecture profane peut induire que les contribules du prophète furent favorisés par rapport à leurs acolytes : ''son gendre et ses cousins mieux traités que les juifs de Khaybar ou le tueur de son oncle moins épargné que la commanditaire qui en aurait dévoré le cœur sans vie...'' Mais l'auteur n'incrimine que la tendancieuse exégèse orthodoxe de la geste prophétique : ''ce lionceau maure-ci participe de ce lion-là''. Même si telle phrase figurait dans le texte initial, l'émotion n'est légitime pour des croyants brimés au mépris du message coranique : '' pour Dieu, c'est le plus pieux d'entre vous qui est le plus noble'' (Coran XLIX, 13). S'il avait visé le prophète, l'auteur n'aurait pas omis ses tendres égards pour un oncle prisonnier. Ni le meurtre controversé d'un poète juif dont le mobile n'avait pas bridé la carrière d'un futur gouverneur mecquois... Du reste, il cite nommément les ''religieux et leurs exégèses simplistes dans leurs intérêts et arrière-pensées pathologiques dont ils jouirent historiquement en affublant le prophète de hadiths tels que'' le forgeron est bon à rien fut-il savant !''.
Jurisprudence prophétique
Même en admettant la témérité virtuelle, la jurisprudence prophétique plaide pour l'auteur. Accusé de favoritisme dans le partage du butin et brutalisé par ses auxiliaires médinois après la bataille de Hunayn, le prophète console ses blasphémateurs en choisissant leur ville pour résidence personnelle et capitale éternelle de son empire. Et que dire de sa tendre permissivité pour son épouse jalouse qui le suspectait d'adapter la révélation divine à ses désirs de noces ? Les mollahs du temple seraient-ils plus sacrés que le prophète ? Enfin, ce pauvre forgeron ne serait-il pas un bouc-émissaire de leur secte politico-religieuse -y compris le procureur de la république - qui voulait forcer leurs propres rejetons à fermer leur page islamicide sur Facebook? Quelle urgence collective pour un peuple érudit dont l'islam est le ciment identitaire et national dans une république islamique : sinon en rétablir les finalités spirituelles pour s'éviter une guerre civile et anticiper l'embrasement d'un monde où nous sommes tous les forgerons de la terreur intégriste ?

Paru dans Le Calame N° 970 du 18 mars 2015
http://www.lecalame.info/?q=node/1810
http://www.cridem.org/C_Info.php?article=668742 

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