Face au confinement, adaptons notre ville !

Nous ne sommes pas égaux face au confinement. Dans les grandes villes hyperdenses comme Paris, cette situation nous rappelle de manière plus criante encore que l’espace public, même rare, même encombré, agit comme amortisseur de ces inégalités.

Depuis le début de la crise sanitaire actuelle, de nombreux textes et contributions ont rappelé, à juste titre, que les épidémies creusent encore le fossé des inégalités sociales, touchant plus fortement les plus pauvres, les plus précaires et celles et ceux dans l’impossibilité de délaisser leur poste de travail pour leur résidence, principale ou secondaire. La stratégie d’action contre l’épidémie elle-même, le confinement généralisé, accentue et rend plus aiguës encore ces inégalités sociales. Et pour cause, à l’heure du confinement, plus moyen de sortir, plus moyen de trouver dans les rues et les parcs les lieux et les moments de détente et de ressourcement habituels. Ce manque est criant pour toutes celles et tous ceux qui habitent des logements exigus, mal isolés thermiquement, bruyants, qui rendent pour eux ces jours confinés souvent insupportables.

La terrasse de café où on rencontre ses amis, le parc où on pique-nique en famille, la rue dans laquelle on déambule le dimanche après-midi avec ses enfants… L’espace public constitue un bien commun qui permet de trouver un autre lieu de vie, comme une excroissance partagée d’appartements que l’inflation des prix dans les centres métropolitains a rendu minuscules. Alors que les Français vivent en moyenne dans plus de 90 mètres carrés, à Paris, la surface moyenne d’un logement est de 59 mètres carrés. Dans la capitale, pour de nombreuses personnes, les possibilités de sortir sont autant de moments vitaux à leur bien-être. Cela rend les restrictions liées à la pratique du jogging ou la fermeture des marchés ouverts d’autant plus difficiles et explique en grande partie le mécontentement qu’elles ont généré. Et cela d’autant plus que l'exiguïté de l’espace dédié aux piétons est telle que le respect des gestes barrières et des règles de distanciation sociale est lui-même compliqué. Car l’espace public de la ville de la voiture reine, si on prend en compte les routes et les places de parking, est encore consacré pour moitié à la voiture !

L’enjeu d’un aménagement provisoire - qu’on appelle aussi urbanisme tactique - pendant ces prochaines semaines de confinement est donc essentiel. Nous défendons un principe simple, celui de récupérer des espaces aujourd’hui pas ou peu occupés par l’automobile pour les redonner aux piétons, cyclistes et autres joggeurs. Pour que chacune et chacun puisse faire ses courses, s’aérer dehors et opérer les sorties autorisées en toute sécurité. La piétonnisation éphémère de rues et de quartiers, qui pourrait, pour certaines zones, être uniquement du soir au matin, libérerait complètement ces espaces de la voiture et sécuriserait grandement les sorties. De la même manière, à l’image de ce qu’il s’est fait à Bogota, Berlin ou encore New York, des pistes cyclables temporaires doivent être proposées, devançant les réalisations “en dur” du plan vélo. Nous savons que nous devrons vivre encore longtemps avec un risque pandémique fort. Le vélo constitue un moyen efficace pour se déplacer en limitant les risques de contamination et désaturer les transports en commun, tout en participant à entretenir sa santé et en contribuant à améliorer la qualité de l’air ! D’une manière plus générale, des circuits de logistique alimentaire sur les canaux et la Seine pourraient être expérimentés tandis que, dans le même temps, pour sécuriser les piétons et les cyclistes, limiter la vitesse des véhicules à 30 kilomètres heure dans toute la capitale permettrait d’apaiser l’espace public. 

Ces propositions d’aménagements permettent de répondre aux exigences sanitaires, d’amoindrir les effets du confinement et sont autant d’expérimentations qui pourraient devenir pérennes. Il est en effet très clair que le risque pandémique du Coronavirus vient s’ajouter aux enjeux d’adaptation à la nouvelle donne climatique que notre métropole doit relever. Il nous a aussi rappelé de manière spectaculaire les fragilités extrêmes de nos villes et leur faiblesse structurelle à y faire face. Paris n’échappe pas à ces enjeux, plombée par des inégalités trop grandes, des difficultés d’accès à un logement décent, une précarité en augmentation, son ultra densité, son espace public encore trop monopolisé par la voiture, une nature en ville trop rare, un délitement de ses services publics… 

Cette crise nous rappelle que le changement dans nos manières de penser et vivre la ville est une nécessité vitale pour aujourd’hui et pour demain. 

 

David Belliard

 

 

 

Groupe écologiste de Paris :
David Belliard
, Président du groupe écologiste de Paris, élu du 11e arrondissement. Fatoumata Koné, vice-présidente du groupe écologiste de Paris, élue du 19e arrondissement. Pascal Julien, vice-président du groupe écologiste de Paris, élu du 18e arrondissement. Jacques Boutault, Maire du 2e arrondissement. Galla Bridier, Adjointe à la Maire de Paris chargée des séniors et de l’autonomie, élue du 18e arrondissement. Antoinette Guhl, Adjointe à la Maire de Paris chargée de l’économie sociale et solidaire, de l’innovation sociale et et de l’économie circulaire, élue du 20e arrondissement. Anne Souyris, Adjointe à la Maire de Paris chargée de la santé et des relations avec l’AP-HP, élue du 10e arrondissement. Joëlle Morel, élue du 11e arrondissement. Marie Atallah, élue du 13e arrondissement. Sandrine Mées, élue du 18e arrondissement. Jérôme Gleizes, élu du 20e arrondissement.







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