Sale temps pour les rigolos. L'immense Sim est mort en septembre, son copain Topaloff vient de le rejoindre. Comme Molière, en pleine gloire, presque sur scène, alors qu'il se triomphait encore hier soir à Chalon-sur-Saône, dans Age tendre et tête de bois.
Loin de l'image d'animateur de fête de la saucisse que certains ont voulu lui coller, ce fils d'immigré géorgien était un authentique révolutionnaire, un vrai punk, un Ravachol. Tout le monde se souviendra de cette greasante reprise de You're the one I want. Avant tout le monde, il avait su mesurer l'importance du disco. Mais qui aura pu oublier ses chansons dérangeantes: J'ai bien mangé, j'ai bien bu, cosigné par Claude François. Disque d'or.Ou Quand un gendarme rit d'une brulante actualité avec la contestation actuelle dans les rangs des militaires.
Au cinéma aussi. On a trop vite oublié ses rôles dans les films d'avant-garde des années 60, Erotissimo ou Les Poneyttes. Il faut l'avoir vu dans des oeuvres dont l'ambition politique n'empêchait en rien la portée comique. Dans Le Fuhrer en folie, par exemple, il incarne cette France dressée contre l'opression face à un Henri Tisot qui n'a rien à envier à la poésie de Chaplin dans Le Dictateur. Il faudra peut-être passer sous silence sa période underground érotique, notamment Les Farfelous, où il apparaît aux cotés d'une Alice Sapritch torride comme jamais et préférer le trop obscur Par ici la monnaie de Richard Balducci dans lequel il joue, que dis-je, il transcende le rôle de Wolfgang Amadeus Bozart.
Et puis ce sera la chute. Celle qui l'a vu, bien avant Florence Aubenas, devenir SDF, coucher dans les gares, et même passer un an, en 1995, à Fleury-Merogis. C'est là, paradoxalement, au fond du désespoir, qu'il trouvera l'énergie pour refaire surface et exploser dans toute sa gloire. Pas dupe, il refusera d'ailleurs de s'abaisser à participer à La Ferme célébrités pour se consacrer corps et âme à l'art théâtral, à l'écriture. Il se met à rédiger ses mémoires Les Pleurs du rire, lucidement sous-titrées "de la lumière à l'ombre".
A l'aube d'un grand retour, il meurt donc. Mais réintégré par ses pairs qui l'avaient élu à l'Adami, au collège des artistes de variétés. Bernard Menez émarge lui à celui des auteurs dramatiques. On ne saurait mieux dire.