Ah, Camarde funeste! Ah, Parque cruelle! Ah, Hécate, à jamais honnie! Tu nous as pris Villon, Rimbaud, Léo Ferré! Tu as fauché Vigny, Césaire et du Bellay! Ah, goulue! Ils ne suffisaient pas! Il te fallait René.
René Morizur, l'"intello" des Musclés.
Oui, tu es mort, René, et tu nous manqueras."Il montrait le chemin. C'était un garçon de réflexion, qui s'isolait souvent pour réfléchir et qui lisait beaucoup", pleure aujourd'hui Eric, son ami, son double, son frère. Tu laisses un Framboisier, sec, stérile, sans fruit désormais. Tu laisses un Bernard miné. Et un Rémy brisé.
Car du cuivre marial de ton sax ténor, de la nacre immaculée de ton accordéon, tu as su réconcilier Lester Young et Verchuren, raboutant d'un geste grandiose, primal, sublime, le musette canaille au jazz free, débridé, libre. Comme une bruyère fossile des Monédières dans la poussière nègre de Kansas City.
Et ta musique... Ô ta musique... D'abord, elle nous accompagnait. Ensuite, elle nous suivait. Pour toujours, elle nous porte.
Ils ont beau jeu, les branchés, insidieux et mesquins, de ne voir en ton art qu'une farce populaire, qu'une rengaine à filles. Que savent-ils de tes heures de doute? de tes illuminations? de tes larmes parfois? Quand tu asseyais la beauté sur tes genoux, tu n'étais pas René pour rien. Char un jour, Châteaubriand tantôt. Poète de l'infini! Radical! Hors de toutes limites!