Que devient John McCain ?

“Ce soir, plus que n’importe quel soir, je porte dans mon coeur tout l’amour que j’ai pour ce pays et tous ses citoyens, qu’ils aient voté pour moi ou pour le Sénateur Obama. Je souhaite toute la réussite possible à l’homme qui fut mon adversaire et qui sera mon Président.”

Ce soir, plus que n’importe quel soir, je porte dans mon coeur tout l’amour que j’ai pour ce pays et tous ses citoyens, qu’ils aient voté pour moi ou pour le Sénateur Obama. Je souhaite toute la réussite possible à l’homme qui fut mon adversaire et qui sera mon Président.” C’est dans un discours empreint de dignité et d’émotion que John McCain a concédé la victoire à son adversaire, non sans reconnaître le caractère historique de l’élection pour les afro-américains et les qualités de Barack Obama. Quittant une ultime fois le podium de campagne, claudiquant un peu, il retournait à la fois vers son avenir et son passé de Sénateur de l’Arizona. Mais qu’est devenu ce maverick ?

 

 © Photo : Chris Dunn 2009 © Photo : Chris Dunn 2009
Courtisé par le Président-élu, soucieux de montrer son esprit de bipartisme, les rencontres se sont faites fréquentes puis de plus en plus rares : d’abord une conférence de presse avec Barack Obama dès le mois de novembre, puis des consultations épisodiques avant l’investiture. Il a ensuite vite disparu du radar médiatique. C’est en prenant le leadership de l’opposition contre le plan de relance de l’administration démocrate qu’il est revenu pour un temps sur le devant de la scène. Il a proposé en vain un plan alternatif sorti du bréviaire républicain : baisse des impôts sur les sociétés et des deux derniers déciles de l'échelle des revenus, pour un total de 421 milliards de dollars. Si le plan a été enterré par le Sénat, McCain a su redorer son image auprès de la droite républicaine et des fiscal conservatives.

 

Ce regain de popularité aura été de courte durée, ne lui laissant le temps de capitaliser sur ce leadership éphémère, Barack Obama dictant l’agenda médiatique. En effet, la publication par son administration des rapports sur les techniques de torture a déclenché un véritable ouragan à Washington. Opposant de longue date à la torture et aux méthodes d’interrogation de la CIA, John McCain en paye paradoxalement le prix aujourd’hui où les démocrates cherchent à tourner cette triste page. En effet, la base républicaine la plus conservatrice est galvanisée par Rush Limbaugh et Dick Cheney. Les membres les plus conservateurs du Congrès montent au front médiatique pour défendre le bilan de George W. Bush en la matière. Newt Gingrich, ancien Speaker of the House, a notamment dénoncé “la gauche anti-américaine”. John McCain se trouve isolé dans son parti pour avoir eu raison avant eux.
Cet état de fait est le plus ironiquement illustré dans le New York Times du 27 avril par l’éditorial de Ross Douthat intitulé “Cheney for President”. Le journaliste y regrette la candidature McCain, une candidature Cheney ayant pu faire office de référendum sur la torture et les années Bush, et épargner le débat actuel.

 

A-t-il pour autant trouvé le réconfort dans son home state, l’Arizona ? La quiétude du temps où il organisait des barbecues avec ses vice-présidents potentiels ou donateurs ? Rien n’est moins sûr.
John McCain, après avoir mis en place un comité exploratoire, a officiellement lancé sa campagne de réélection au Sénat pour les élections de mi-mandat de 2010. Il a annoncé ses intentions dans une conférence de presse dès le 25 novembre 2008 et a ouvert son site de campagne attenant. La réélection de celui qui fut élu au Sénat pour la première fois en 1987 est paradoxalement tout sauf jouée d’avance. Les sondeurs donnaient McCain perdant face à la gouverneur sortante de l’État, Janet Napolitano, dont le mandat expirait en 2010. Sa nomination au gouvernement comme Secretary of Homeland Security par Barack Obama semble écarter la menace de celle qui le distançait de 1 à 5 points dans les sondages.
La menace ne vient pas seulement du côté démocrate : plusieurs candidats se déclarent contre lui pour la primaire Républicaine. John McCain n’a remporté l’Arizona qu’avec 8,02 points d’avance sur Barack Obama en 2008. Les primaires en Arizona étant des primaires dites “fermées” c’est à dire où seuls les Républicains enregistrés comme tels peuvent votés, et pas tous les citoyens, les candidats doivent particulièrement répondre aux attentes de la base électorale de leur parti. De plus, la plupart de ses fidèles a été écarté de la direction du Parti Républicain de l’Arizona et plusieurs voix dissidentes se font entendre.
En effet, la célébrité locale Chris Simcox vient notamment de se lancer dans la course. Simcox est le co-fondateur du Minuteman Civil Defense Corps, citoyens armés qui patrouillent le long de la frontière pour débusquer les immigrants clandestins.

 

L’immigration clandestine avait déjà empoisonné la primaire républicaine précédente, John McCain ayant été contraint d’abandonner son propre projet de loi bi-partisan sur le sujet, proposé avec Ted Kennedy. Lui coûtant beaucoup de voix hispaniques lors de l’élection sénatoriale, cette tendance a été confirmée en novembre 2008, où 67% des hispaniques ont voté pour Barack Obama tout États confondus et à 56% dans l’Arizona.
Raison de plus de craindre pour 2010 : la population hispanique, d’après le Census Bureau, a augmenté de 37,3% entre 2000 et 2006 pour atteindre en 2008 un peu plus de 30% de la population de l’État.
Même si Chris Simcox ne compromet pas dangereusement les chances de John McCain de remporter la primaire, il l’obligera à faire campagne sur ces thèmes qui lui porteront préjudice lors de l’élection générale. John McCain est perdant sur les deux tableaux, à gauche comme en droite.
John McCain peut toutefois bénéficier de la faiblesse du parti démocrate local et de l’absence d’opposant prééminent. De surcroît, il est fort peu probable que Barack Obama fasse vrombir Air Force One pour soutenir son adversaire, afin de ne pas apparaître comme revanchard aux yeux de l’opinion publique.

 

L’ancien prisonnier de guerre a d’autres atouts pour revenir et pas des moindres : l’histoire et une approche statistique empirique ne les contredisent pas. Autrement dit, la célébrité et l'argent.

 

Comme le montre l’histogramme ci-dessous, la plupart des Sénateurs sortants sont réélus, ce qui peut s’expliquer par plusieurs éléments structurels. En moyenne un Sénateur sortant cumule 25 à 30 millions de dollars en fonds propres pour sa réélection, accumulés au cour de son mandat, sans compter l’expérience, l’équipe et l’accès aux médias. Pour un ancien candidat à la présidentielle, ces ressources sont décuplées.


En 2006, les Sénateurs sortants ont en moyenne récolté 11,3 millions de dollars contre 1,8 millions de dollars pour leurs challengers. ( Les challengers qui sont arrivés à battre les sénateurs sortants ont dépassé leurs trésoreries sur un ratio de 3 à 2, la moyenne étant de 15,64 millions de dollars pour 9,8 millions de dollars pour les six sénateurs sortants battus. John McCain est à Washington depuis des décennies, il a levé des millions pour sa campagne présidentielle, il n’aura aucune difficulté à inonder l’Arizona de dollars, d’une armée de militants rémunérés ou non, et de prestigieux soutiens de Washington. Ses adversaires seront-ils à la hauteur ?

 

Une chose est certaine, ces élections de mi-mandat seront le premier test de l’Histoire pour Barack Obama et les démocrates. Un scrutin qui façonnera son chemin difficile vers son second mandat. L’élection sénatoriale en Arizona sera un de ces passionnants affrontements dans les urnes à surveiller en 2010. L’esseulé John McCain sera un acteur important de ce nouveau cycle électoral, au risque d’être moins un poids lourd politique qu’un phénomène médiatique. Celui de l’éternel come-back kid.

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