Obama et l'électorat blanc : rien de nouveau depuis un an

À l’heure du bilan de la première année de Barack Obama, Rue89 publie une analysede l'impopularité d'Obama auprès de l'électorat blanc par le politologue Jean-François Lissé. Analyse qui me semble faire fausse route. Loin d'être un fait nouveau, remontant à l'élection même d'Obama, cet écart semble traduire une évolution structurelle du paysage politique américain beaucoup plus inquiétante que le simple avenir politique à court terme d'Obama.  
À l’heure du bilan de la première année de Barack Obama, Rue89 publie une analysede l'impopularité d'Obama auprès de l'électorat blanc par le politologue Jean-François Lissé. Analyse qui me semble faire fausse route. Loin d'être un fait nouveau, remontant à l'élection même d'Obama, cet écart semble traduire une évolution structurelle du paysage politique américain beaucoup plus inquiétante que le simple avenir politique à court terme d'Obama.

 

 

White voters «clinging to guns or religion»

 

Jean-François Lissé parle de «ressac [...] dans l’électorat blanc» dont Obama serait «victime». Il s’appuie sur plusieurs sondages, notamment l’un montrant que 54% des électeurs blanc estiment, aujourd’hui, que la première année de pouvoir d’Obama est un échec. J’ai du mal à voir en quoi cela est éclairant ou un mauvais signe pour Obama.


En effet, si l’on rapporte ces chiffres avec les résultats de l’élection du 4 novembre 2008, Obama ces chiffres sont sans grandes surprises : 54% des blancs ont voté pour John McCain et 43% pour Obama. Il s’est même plutôt maintenu. Ensuite, si on se plonge dans le sondage de Quinnipac cité par J-F Lissé et qu’on le compare avec les précédents, on se rend compte que la baisse de popularité d’Obama est à peu près uniforme dans toutes les catégories et pas particulièrement plus drastique dans l’électorat blanc. Un article du LA Times avait fait une très mauvaise lecture statistique sur le même sujet, en septembre 2009, s'attirant les foudres de plusieurs blogueurs politiques et universitaires comme ici.

 

Des données certes «déprimantes», mais elles le sont depuis novembre 2008.

 

Sweet home Alabama


Mais l’élément qui me perturbe le plus dans cet article est l’utilisation de ce graphique du NYT comparant la popularité des six derniers Présidents auprès de l’électorat blanc, ce qui est, à mon sens, sans intérêt aucun. Comparer Carter et Obama face à l’électorat blanc, c’est faire fi de 30 ans de changements drastiques dans le paysage politique américain, de déplacements radicaux des lignes partisanes.
Contentons nous de comparer les cartes électorales des élections présidentielles de 1977 et 2008 :

500px-ElectoralCollege1976.svg.png

 

500px-ElectoralCollege2008.svg.png


Alabama, Géorgie, Texas, Arkansas, c'est la fin des "dixiecrats" ces démocrates du Sud, ségrégationnistes, blancs et qui rejoindront massivement les rangs républicains. Les dernières décennies de la vie politique américaine ont été marquée par une polarisation partisane (uniformisation des positions et des votes dans les groupes parlementaires) et une polarisation raciale. Plus qu'un établissement politique, c'est toute une culture partisane qui a aussi changée. De de 1996 à 2008 les habitants du Sud se déclarant Démocrates sont passés de 33 % à 22 %. Je vous renvoie à notre article "Racisme et identification partisane".

 

Le paradoxe Obama

 

Ces sondages, qu'ils soient de 2010 ou de 2008, m'inspirent un sentiment d'inquiétude beaucoup moins conjoncturel. La désaffection de l'électorat blanc pour le Parti Démocrate se conjugue -entre autres- avec la désaffection de l'électorat latino pour le Parti Républicain, comme déjà évoqué dans ces colonnes. L'élection du premier africain-américain à la Présidence des États-Unis marque tout sauf l'entrée dans une Amérique post-raciale. Alors qu'à disparités raciales correspondent souvent disparités sociales, allons nous vers un parti des "blancs", les républicains, contre un parti des minorités (noirs, latinos) ? Loin serait alors l'appel d'Obama à une «more perfect union».

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