Après la Santé, l’Education en débat aux Etats-Unis

 En parallèle de sa Réforme de la Santé, Barack Obama a dévoilé lundi 15 mars ses propositions de Réforme de l’Education.

 

En parallèle de sa Réforme de la Santé, Barack Obama a dévoilé lundi 15 mars ses propositions de Réforme de l’Education.

Ce plan ne remet pas fondamentalement en cause les politiques éducatives précédentes et notamment le No Child Left Behind Act de Georges W. Bush voté en 2001, que l’on peut traduire par « Aucun enfant laissé au bord du chemin ». La distinction avec les législations précédentes apparaît au niveau de la volonté d’accentuer les différents moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs de réussite scolaire au sein de l’école publique. Outre que la nouvelle loi portera certainement un nouveau nom, les résultats des élèves deviennent un critère essentiel pour juger de la qualité mais aussi de l’efficacité des différentes écoles publiques. La réforme conservera par exemple les tests annuels de lecture et de mathématiques des élèves.

Le plan Obama entend mettre en place une évaluation des écoles moins « punitive » en offrant des récompenses financières aux meilleurs établissements. Un des reproches les plus communs du No Child Left Behind est sa propension à qualifier les établissements les moins performants de simplement « défaillants » (failling), sans prendre de mesure supplémentaire autre que le blâme. La réforme vise aussi à réduire le décalage entre les taux de réussite des élèves blancs et celui des élèves qui ne le sont pas. La réforme se concentre sur la tranche d’âge K-12, soit les enfants entre le Kindergarten (maternelle) et la classe 12 (16-19 ans). Les enseignants seront aussi évalués en partie sur la réussite scolaire et la progression de leurs étudiants.

Dans leur tribune Making the Grade publiée dans le TIME du 29 mars, le maire de New York Michael Bloomberg et le Schools Chancellor de la ville Joel Klein donnent une note à la réforme de l’éducation telle qu’elle est annoncée aujourd’hui. Selon eux, le plan mérite un « solide B » (selon le système de notation américain), c’est un « bon début » mais le Président doit aller encore plus loin. Il est indispensable de réformer l’éducation aux Etats Unis afin de revenir à la première place des nations en matière éducative. Ils soutiennent la redéfinition de la réussite scolaire par Obama, comme le résultat de la progression d’un étudiant d’une note à l’autre, peu importe son niveau de départ. Le système éducatif américain actuel s’attache plus à la performance absolue de l’élève sans tenir compte des progrès.

Forts de leurs 1.1 millions d’écoliers dans la ville de New York, Bloomberg et Klein se réjouissent que les propositions d’Obama reprennent largement le modèle qu’ils ont eux-mêmes mis en place il y a 3 ans dans cette ville. Les écoles new-yorkaises sont notées sur une échelle de A à F sur la base assez vague de leurs facultés à transmettre des capacités (skills) à leurs étudiants. Dans les écoles les moins biens notées, l’équipe dirigeante est renouvelée et il arrive que certaines ferment. Les premiers résultats sont positifs : le nombre de diplômés du secondaire augmente et le taux d’abandon scolaire a été diminué de moitié sur les quatre dernières années.

 

Source : Département de l’Education de New York City.

Le pourcentage d’étudiants diplômés au bout de 4 ans aux lycées de New York City a augmenté de 2.6 points entre 2008 et 2009.

Le taux d’abandon scolaire a diminué de 1.7 points entre 2008 et 2009.

Au niveau des inégalités, le nouveau système semble bénéficier à toutes les origines géographiques, comme l’atteste ce graphique, issu du Rapport sur les diplômes et sur l’abandon scolaire du Département de l’Education de New York :

 

Source : Département de l’Education de New York City.

Les étudiants diplômés au bout de 4ans de lycée sont classés selon leurs origines ethniques (Asiatiques, Hispaniques, Noirs et Blancs). On distingue nettement les mêmes tendances de progression du nombre de diplômés et de diminution de l’abandon scolaire, quels que soient les groupes.

Les deux auteurs poussent Obama à aller plus loin, en remettant par exemple en cause le statut indéboulonnable de l’enseignant et en s’affranchissant des règles du corps professoral qu’ils jugent « anachroniques ». Ils reprochent la « protection à vie » qu’offre le travail de professeur et les règles d’ancienneté qui régissent cette profession, récompensant la longévité plutôt que l’excellence. C’est par exemple le fameux Teacher Tenure, que les professeurs reçoivent généralement après 2 à 7 ans d’exercice professionnel, qui leur permet de ne pas perdre leurs postes, excepté en cas d’incompétence flagrante ou de très mauvais comportement. Devant les difficultés budgétaire de New York, Bloomberg et Klein déplorent le départ des nouveaux professeurs énergiques pour la simple raison qu’ils sont les derniers à avoir été engagés. La « performance » des enseignants doit peser plus que leurs longévité dans les décisions de maintien ou de promotion.

Pour réussir, Bloomberg et Klein attendent une volonté plus forte de la part d’Obama afin d’affronter les syndicats d’enseignant. Ils sont en effet très puissants. L'Association Nationale d'Education (NEA) est la première organisation professionnelle des Etats Unis, avec 3.2 millions de membres en 2008 et son siège à Washington DC est très influent. La Fédération Américaine des Enseignants (AFT) est le deuxième syndicat le plus important. Elle représentait 856.000 membres en 2008. Ces syndicats ne se contentent pas de défendre les intérêts des seuls enseignants mais aussi ceux de toutes les professions du milieu scolaire, les employés des écoles publiques en générale.

L’annonce du Président mérite des précisions pour les deux auteurs. Que se passera-t-il vraiment pour les écoles constamment évaluées comme « défaillantes » ? L’ambiguïté actuelle d’Obama permet aux Etats de ne pas prendre de décisions importantes à propos de ces établissements.

Ils rappellent qu’ils ont ensembles fermé plus de 90 écoles à New York, décision politiquement très impopulaire, mais que les écoles qui les ont remplacées obtiennent de bien meilleurs résultats.

Comme le faisait remarquer Alex Altman sur le site Internet du Time le 17 mars, cette réforme de l’éducation pourrait être une des rares de l’Administration Obama à pouvoir obtenir un soutien bipartisan.

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