A propos des résultats "mirobolants" de l'économie allemande

Volkswagen s'apprête à verser quelque 7300 € à chacun de ses 100 000 salariés au titre des bénéfices que cette entreprise a réalisés en 2012. Belle somme pour n'importe quel salarié payé aux alentours du smic...

Volkswagen s'apprête à verser quelque 7300 € à chacun de ses 100 000 salariés au titre des bénéfices que cette entreprise a réalisés en 2012. Belle somme pour n'importe quel salarié payé aux alentours du smic... Mais cette générosité digne de l'Abbé Pierre cache, en fait, les méthodes abjectes de la politique allemande qui, pour s'imposer à toute l'Europe, se doit d'afficher des résultats économiques et commerciaux toujours plus alléchants destinés à nous faire croire que c'est bien le modèle allemand qui est le meilleur. Or, ce seul exemple nous permet de comprendre que cette prétendue réussite du modèle allemand n'est qu'une escroquerie qui plonge des millions de Grecs, d'Espagnols, d'Italiens et de Portugais, sans compter nous-mêmes, dans la précarité et la misère.

En droit commercial, la prétendue générosité de Volkswagen à l'égard de ses propres salariés porte un nom : concurrence déloyale. Une concurrence déloyale, soit dit entre parenthèses, pour laquelle Airbus a bien souvent eu à répondre devant les tribunaux aux Etats-Unis et à la demande de Boeing, au prétexte que les appareils d'Airbus ayant été subventionnés par l'Etat, s'avéraient artificiellement moins cher à la fabrication que les appareils de Boeing en dépit d'un coût horaire de la main d'oeuvre équivalent chez les deux constructeurs. Cette parenthèse, une fois refermée, montre que, selon qu'il s'agisse de promouvoir une politique à l'échelle de toute l'Europe, la politique ultra-libérale en l'occurrence, ou selon qu'il s'agisse de défendre ses propres intérêts nationaux sans porter atteinte aux intérêts de l'ensemble des autres pays, les gouvernements et notamment ceux de notre pays, ont tendance à fermer les yeux sur les méthodes commerciales ouvertement déloyales de nos voisins allemands. Un comportement politique d'autant plus suspect que ces méthodes ont déjà été maintes fois dénoncées par nombre d'économistes.

Dans le cas d'Airbus, il est sans doute vrai que les subventions accordées par l'Etat pouvaient fausser la concurrence. Mais cela est tout aussi vrai dans la cas de l'entreprise privée Volkswagen qui a fait en sorte de diminuer le coût horaire de sa main d'oeuvre dans le seul but de remporter les marchés à l'export, quitte à dévaster la concurrence dans toute la zone euro, et du même coup, l'économie de tous les pays du sud de l'Europe. Avec les conséquences que l'on voit.

Dans le cas d'Airbus, on condamne alors même que les conséquences auraient été mineures pour l'économie américaine. Dans le cas de Volkswagen, on laisse faire sans rien dire alors que les conséquences sont incommensurables et dramatiques pour tant de pays européens. Mais le pire, c'est que l'affaire ne s'arrête pas là. Le pire, c'est qu'en plus de conduire une politique délibérément dévastatrice pour l'économie des pays du sud de l'Europe, l'exemple hautement médiatisé de la prétendue générosité de l'entreprise allemande à l'égard de ses ouvriers vise à nous faire croire, à nous tous Français, Italiens, Grecs, etc. que c'est en acceptant des sacrifices, tels ceux que les Allemands seraient "génétiquement" portés à faire, que nous pourrons, nous aussi, toucher des primes de 7300€. Et si elle visait aussi à nous faire croire qu'au fond, les patrons sont encore plus généreux et plus sensibles à la misère que l'Abbé Pierre ?...

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